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Billet de blog 7 janv. 2023

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La réforme des retraites, la mère des batailles

Le projet de réforme des retraites est un défi lancé à toutes les forces de gauche. Il s'agit ou bien de l'arrêt des politiques destructrices conduites par les gouvernements depuis 2017, ou bien du naufrage définitif d'une France progressiste au profit de l'alternative délétère entre une France élitiste et ultra-libérale et une France haineuse et xénophobe.

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Ce futur projet de loi est un défi lancé aux forces de gauche face à l'espérance des femmes et des hommes qui voient en elles leur véritable salut pour trois raisons majeures.

La première raison est tactique.

Les sondages récents soulignent les profondes réserves des Français face à cette réforme ainsi que leur colère face à l'accumulation de coups violents portés par le Président et sa majorité contre les politiques progressistes qu'ont naguère conçues et conduites des femmes et des hommes politiques courageux, sensibles et responsables et que l'on ne peut, malheureusement, retrouver que très loin dans notre histoire. Ces Français plus que mécontents attendent face à cette réforme un élan de contestation que seuls peuvent soutenir et encadrer syndicats et partis politiques de gauche. Car c'est là  la règle du jeu de notre démocratie et la réelle condition de son efficacité. Si, pour des raisons partisanes ou tacticiennes ces forces de gauche mordaient finalement la poussière et que la droite l'emportait, c'en serait fait, et pour longtemps, de toute espérance. La pression même qu'imposent le Président et ses deux ministres, tristes transfuges d'un socialisme pâlichon, pour faire passer ce projet en marque le caractère crucial.

La deuxième raison est économique. 

Personne ou presque, même les plus radicaux des opposants, ne conteste la nécessité d'une réforme d'un système qui doit par nature s'adapter régulièrement à son environnement économique et social. La France d'aujourd'hui et celle de demain, ne sont plus celle de la fin du siècle dernier. Il reste que l'économie est une science sociale que ne peuvent résumer statiques et mathématiques. Les données sont toujours sujettes à l'analyse. Les analyses économiques entre les "orthodoxes" et les "alternatifs" différent sensiblement sur le sujet du déficit du système de retraite. Le défi que doivent relever partis et syndicats de gauche est celui de la pédagogie, c'est à dire faire valoir et expliciter les analyses qui contestent de façon argumentée les postulats mensongers de l'armature argumentaire simpliste du pouvoir. Les conclusions du Conseil d'Orientation des Retraites soulignent, par la diversité des scénarios développés et la complexité de leur construction, tant les variables sont nombreuses, la possibilité d'alternatives aux politiques qui peuvent être conduites pour faire de ce régime un régime pérenne et adaptable.

La troisième raison est politique.

Cette réforme ne peut se résumer, comme tente de nous le faire croire le gouvernement, à quelques questions techniques : le déficit à venir, l'allongement de l'espérance de vie, le rapport entre actifs et retraités... Cette réforme soulève des questions profondément politiques et sociétales. La question centrale est celle de la place du travail dans notre société, ses finalités et ses modalités : pour qui et pour quoi travaille-t-on ? A qui doit profiter le travail ? Comment doit-il être réparti ? Quelle doit-être sa place dans la vie et l'engagement de chacun ? Quels bénéfices collectifs et individuels devons-nous en attendre ? Eluder ces questions fondamentales serait, d'une part, montrer que l'on aurait rien compris au bouleversement des valeurs auquel nous a confrontés la récente pandémie et, d'autre part, contribuer à sacrifier les générations futures, bien plus que ne le ferait la dette publique, par l'adoption d'une réforme injuste condamnant à jamais les plus modestes d'entre nous.

Telles sont trois des raisons qui font de cette bataille des retraites la "mère des batailles" des forces de gauche contre les forces conservatrices et libérales qui auront, n'en doutons pas en cas de victoire, d'autres ambitions destructrices.

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