J'ai dû aller chercher sur internet l'adresse de mon fils. Je vais souvent chez lui mais ne connaissais même pas le nom de sa rue. Une de ses amies m'avait téléphoné depuis le sud de l'Espagne, voulant lui envoyer une carte postale. J'ai eu beau lui opposer le fait qu'elle serait rentrée avant que la carte n'arrive : rien à faire. C'est comme ça, aujourd'hui, on téléphone avant d'envoyer un courrier. Dans les années soixante, c'était l'inverse : mes parents recevaient un courrier leur signalant que tel jour à telle heure, ils devaient se trouver chez tel voisin fortuné qui avait déjà le téléphone.
Lorsque quelqu'un me demande le chemin pour aller chez le fiston, pas de problème : c'est la deuxième à droite après le rond-point, du côté gauche de la rue, la maison de 4 étages aux volets rouges, avec un vitrail sur la porte d'entrée. Une sorte de retour au Moyen Age, quand les petites gens n'avaient ni nom ni adresse. On indiquait la masure près du pont. D'où le patronyme « Dupont » qui s'installe peu à peu. Mon fils deviendra peut-être Monsieur Hautemaison de Rougevolet-Vitrail, ce qui en jettera un max.
Donc, l'adresse ne sert plus aujourd'hui qu'à envoyer des cartes postales ou des colis.
Sinon, c'est le téléphone qui vous situe dans un ailleurs indéfinissable et mouvant, ce pour quoi les gens commencent immanquablement leurs conversations en définissant leur lieu spatial : métro, voiture, trottoir, chiottes... Il faut se faire une représentation mentale de l'interlocuteur lointain. Représentation mentale j'ai dit, pas olfactive...
L'adresse postale retrouve son utilité avec l'arrivée des systèmes GPS. Vous faites 1500 km de routes pour vous rendre chez l'oncle Günter afin d'assister au mariage de sa fille, cousine que vous connaissez « sur le bout des doigts » et qui en épouse pourtant un autre ; vous avez entendu durant 12 heures les ordres de la machine vous enjoignant de prendre la 2e à gauche après le carrefour, puis tout droit, tout droit, tout droit. Soudain, votre frère assis à côté de vous sort de sa torpeur et demande : « Maintenant, on est en France, en Suisse, au Liechtenstein ou en Autriche ? ». Eh oui, on peut aujourd'hui aller n'importe où, à coup sûr, sans savoir où l'on est.
N'oublions pas l'adresse courriel. Elle est géniale. Vous ne savez même pas si votre correspondant vous répond de la maison d'à côté ou bien de Chine. Avez-vous remarqué que nous sommes presque tous pourvus d'un prénom supplémentaire : Arobase ? Seyant n'est-ce pas ? Et il ne faut pas croire que ce prénom est inutile : il sert de distinction sociale. C'est un peu comme les castes à Bali par exemple. Les gens « de la haute » se reconnaissent à leur nom. C'était la même chose chez nous avec le « de » affirmant la noblesse. Maintenant, tous ceux qui ont « Arobase » dans leur nom sont des branchés modernes.
Il me vient une idée pour simplifier la vie de mes amis qui voudraient m'envoyer une carte postale : si je précisais mon adresse courriel ?
Et je signe :
daniel.wagner.84.chaussée.saint.glinglin.1080.bruxelles@coldmail.be