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Billet de blog 12 sept. 2012

«Ombline»: devenir mère en prison

Ombline est d’une blondeur pâle qui tranche avec la noirceur du monde carcéral. Pour avoir, dans un geste fou, planté un couteau dans la cuisse d’un flic au moment où son dealer de bonhomme saute par la fenêtre pour échapper à l’arrestation, Ombline « prend » trois ans ; après le suicide de son homme, elle découvre, à son arrivée à la centrale, qu’elle est enceinte.

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© DR

Ombline est d’une blondeur pâle qui tranche avec la noirceur du monde carcéral. Pour avoir, dans un geste fou, planté un couteau dans la cuisse d’un flic au moment où son dealer de bonhomme saute par la fenêtre pour échapper à l’arrestation, Ombline « prend » trois ans ; après le suicide de son homme, elle découvre, à son arrivée à la centrale, qu’elle est enceinte.

Au travers d’une mise en scène qui a la force de son minimalisme, on vit au plus près avec Ombline – merveilleusement joué par Mélanie Thierry – sa grossesse, son accouchement, les premiers moments partagés avec Lucas dans l’aile des mères-détenues. Ombline est seule. Et lorsque Rita, la copine qui lui tient lieu de famille, cesse de lui rendre visite, le règlement carcéral exige le placement du petit Lucas en famille d’accueil à l’âge de 18 mois. Il trouve des grands-parents aimants, présents sans être encombrants, et qui donnent sans compter ni juger.

© Filmsactu

Pour récupérer la garde de Lucas à sa sortie, Ombline doit faire un parcours sans faute : il lui faut résister à la violence carcérale, aux provocations de ses co-détenues, aux protocoles fossilisés de l’administration et des services sociaux. Et surtout elle doit lutter contre ses propres démons : avec une mère morte quand elle avait un an et un père incarcéré depuis qu’elle en a treize, ils sont légion à l’assaillir. « Tiens bon sinon ton enfant sera comme toi ! » lui dit une co-détenue à sa sortie. Autour d’elle, on se bagarre, on replonge avec l’énergie du désespoir, on se suicide. La vie compte peu. Seule celle des enfants porte les mères. 

Ce film pourrait être une sorte de fiction documentaire, et pourtant il n’en est rien. Avec des plans minutieusement travaillés et une lumière qui campe aussi bien le sordide des lieux que la force des personnages, Stéphane Cazes suscite, dans un savant dosage, l’empathie du spectateur pour les détenues et la révolte contre la dureté de l’univers carcéral.

Ce film est sombre et pourtant optimiste. Il ne juge pas. Il n’est pas pleurnichard non plus. Sans jamais se perdre dans l’écueil attendu du discours sur le déterminisme social, il nous raconte un parcours fait de coups et de blessures. Et d’amour aussi.

Ombline a la force inattendue qui force notre respect.

On sort du film avec cette envie qui ne trompe pas de vouloir faire encore un bout de route avec Ombline/Mélanie.

Stéphane Cazes, jeune réalisateur, à peine trentenaire, raconte, avec la force des histoires qui jaillissent « de l’intérieur », l’univers de ces femmes incarcérées, et surtout de la maternité en prison.  Lui, si jeune et surtout homme, filme avec une extraordinaire justesse et une immense tendresse la naissance et le lien mère-enfant.

Merveilleux paradoxe que ce jeune homme qui filme avec son ventre, et qui fait un cinéma engagé sans rien perdre de la justesse des images et des sentiments.

Un premier film qui rend impatient…

Sortie en salle le 12 septembre 2012

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