Union européenne: "Commission, Démission!"


L'éditorial de Daniel RIOT pour Relatio-Europe
Le point faible de l'Union n'est pas à Francfort, mais à Bruxelles:« Santer était tombé sur un vice de forme, Barroso doit s'effacer pour vices de fond ». On ne restaure pas la confiance avec des responsables discrédités!

 

Heureusement, il y a l'euro ! Heureusement, il y a une Banque centrale européenne qui a plus de lucidité, de cohérence et de sang-froid que la plupart des gouvernement ! Ce double constat n'est guère dans l‘air du temps. Mais tant pis. C'est parce que nos responsables politiques et la Commission Barroso n'ont pas suffisamment résister à l'air du temps, à la doxa en mode, aux sirènes d'Outre-Atlantique et d'Outre-Manche que le choc américain se fait sentir si rudement en Europe.
Mais imagine-t-on un instant ce que serait cette crise déferlante sans ce qui a le grand mérité d'exister ? Oh ! Les belles dévaluations ! Oh ! Le joli fonctionnement des planches à billets. Oh ! Les trop beaux remèdes trop faciles qui aggravent les crises.

L'Europe économique souffre de son inexistence politique, mais elle souffrirait davantage encore de cette grande marée, avec effets boule de neige et dominos réunis, si nous en étions restés au morcellement, à la simple zone de libre-échange dont rêvent toujours les Anglais, à la non-Europe.

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Ce n'est pas là consolation, mais encouragement. « A problème global, réponse globale », exhorte DSK. Puisse-t-il être entendu alors que les archéo-souverainistes qui campent à l'Elysée (et font le jeu des « néo-cons » qui y ont aussi planté leurs tentes) et qui veulent jeter le bébé inachevé avec l'eau polluée du bain... Et qui se conduisent avec un seul souci : celui de mettre sur le dos de la « crise » la responsabilité de la récession française tant annoncée et si tardivement et mal reconnue ! Défausse trop facile. Fautes impardonnables.
Heureusement, Sarkozy, en bonne « bête politique », sait se montrer pragmatique. C'est ce qui le sauve, à défaut de pouvoir sauver le pays et l'Europe d'une situation dramatique qui n'a sans doute pas encore atteint son paroxysme.
Bien sûr, il est facile de s'attaquer à la politique des taux menée non par le seul Trichet, mais par les gouverneurs de l'Euroland à l'unanimité. Mais qui peut affirmer que la BCE s'est trompée en annonçant une inflation que personne ne voulait voir venir...et qui est là ?
En l'état, la BCE a mieux géré la crise que la FED et nombre d'Américains compétents commencent à recommander l'application du « modèle européen » aux Etats-Unis... On ne rit pas, svp ! C'est la réalité.
Les taux restent une arme qui va être utilisée. Dans un moment choisi et non subi. Il suffit de décrypter les dernières déclarations de Trichet pour le prédire sans risque de se tromper. Les gouverneurs ont d'abord testé la capacité de réactions des politiques : ils ont sans doute bien fait.
La faiblesse de l'Europe n'est pas à Francfort, mais à Bruxelles. Et dans les capitales des pays membres d'une famille trop mal unie.
Nombre des décisions annoncées pour ce samedi soir auraient dues être politiquement prises avant. Angéla Merkel avait fait une série de propositions très concrètes durant la présidence allemande du Conseil de l'Union en matière de transparence dans les opérations financières, de réformes des agences de notation et de surveillance des fonds d'investissement. Elle n'a pas eu, à l'époque le soutien de Paris qu'elle aurait dû avoir.
L'art politique, c'est d'abord l'art d'être dans le temps opportun, le Kairos des Grecs. Or celui-ci coïncide rarement avec les temps médiatico-politiciens si prisés par nos responsables trop soumis aux sondages fluctuants et aux obsessions électoralistes.
Nous ne sommes pas pris de court par la « crise » : nous sommes victimes d'une insuffisance d'anticipation et de faiblesses structurelles. D'inconscience aussi : le « pacte de stabilité » a perdu en route une partie de son nom (et de son objet). Il s'agissait d'un « pacte de Stabilité ET DE CROISSANCE » La Commission de Bruxelles aurait du, statutairement, le rappeler aux gouvernements. Mais tout s'est passé comme si le « collège Barosso » avait été constitué pour qu'il ne fasse surtout pas ce qu'il avait à faire...
Ce n'est évidemment pas le type de constat que l'on peut faire sur tous les sites ou dans les « thinks thanks » qui, vivant de subventions « communautaires », se coulent dans la stratégie de communication de la Commission. Cette stratégie qui fait office d'action et qui aboutit à ce que l'on sait le mieux : le divorce entre les opinions et l'idéat (comme disait Spinoza) européen ! Mais c'est le constat majeur qui devrait s'imposer aujourd'hui. Au sommet. En en tirant toutes les conséquences.
Ce n'est pas parce que nous sommes déjà en période de pré-campagne d' « Européennes » trop « nationales » que la responsabilité de la Commission ne doit pas être mise directement en cause. Santer (1) était tombé sur des vices de forme, Barroso a trop survécu à des vices de fond.

Sans doute, les euro-parlementaires ont-ils sans doute un sens trop aigu du « consensus ».... Le bouillant Cohn-Bendit, par exemple, s'attache à des faux problèmes de siège alors que l'Union a un vrai problème d'assise. Et de gouvernail.
Une telle mise en cause directe de la Commission n'ajouterait pas une crise politique à la crise financière :l'Europe connaît déjà une crise politique d'une importance considérable. Avec le pire des effets : une défiance accrue de l'opinion dans la construction européenne !
Ces constats sont faits alors que nous sommes de ceux qui s'élèvent depuis longtemps contre les attaques en règle lancées trop souvent , voire systématiquement, par des gouvernements et des responsables politiques contre une « Commission » trop souvent considérée comme un bouc émissaire facile.
Mais c'est précisément parce que nous souhaitons une Commission forte et influente imprégnée des idées de la CECA et de la CEE et non de l'AELE que nous tirons aujourd'hui à boulets rouges contre un « collège » qui usurpe son titre d' « exécutif européen » et qui n'est, actuellement, pas même un « exécutant » acceptable.
Cette Commission avait jadis plus d'autorité que de vrais pouvoirs... Elle a aujourd'hui trop peu de pouvoirs non utilisés et trop peu d'autorité. C'est en cela qu'elle doit assumer ses responsabilités face à une épreuve qu'elle n'a pas voulu voir venir. Et des carences en série qui discrédite cette équipe que vient de lâcher le travailliste « néo-conservateur »
Ce ne sont pas les co-responsables d'une crise qui peuvent soigner la maladie. Donc « Barroso, démission ! ». Sans parachute doré ! Car trop c'est trop. Et trop peu, c'est trop peu.
Trop de laxisme au nom d'un faux libéralisme. Trop peu d'initiatives au nom d'un faux réalisme.
Ce ne sont surtout pas les responsables d'une dilution de l'Union dans les mirages de l'hypercapitalisme à l'anglo-saxonne qui peuvent restaurer le sens qu'a, dans sa lettre et dans son esprit, l'expression « économie sociale de marché ». Et qui peuvent redonner à l'expression « service publics » toute sa signification. L'Union en tant que telle doit être un Service du Public.
C'est la Commission qui a (et c'est un défaut du système) le monopole du droit d'initiative. Ce droit est d'abord un devoir. Qui n'a pas été, ou a mal été, assumé. La crise financière avec ses prolongements dans « l'économie réelle » et ses conséquences politiques dramatiques sert de révélateur !
Et que l'on ne vienne pas agiter les champs de compétences définis par les traités : ce sont les incompétences qui sont en procès. Tant pis si Sarkozy souhaite encore la reconduction de Barroso dans ses fonctions en récompense de son allégeance flatteuse et de son inconstance chronique...
Daniel RIOT
1) Jacques Santer, ancien président de la Commission européenne avait présenté la démission collective du « collège », le 15 mars 1999, à la suite d'une affaire d'emplois fictifs mettant en cause Edith Cresson.

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