Quand la "bulle" explose, les "vents mauvais" se lèvent

Dans une crise financière, les seuls critères qui importent pour juger de réussite ou d'échec de décisions politiques se trouvent sur les marchés. Ces marchés qui se sont trop pris pour des temples!

Dans une crise financière, les seuls critères qui importent pour juger de réussite ou d'échec de décisions politiques se trouvent sur les marchés. Ces marchés qui se sont trop pris pour des temples!

L'éditorial de Daniel RIOT pour Relatio-Europe.

 

Le G4 de Paris et l'adoption du Plan Paulson, malgré l'autosatisfaction affichée de leurs acteurs, n'ont pas réussi à rétablir une once de confiance: c'est le verdict de ce lundi matin.

Toutes les Bourses européennes ont ouvert en forte baisse , dans le sillage du plongeon des places asiatiques, avec des chutes de 4,95% pour le CAC 40 à Paris, de 3,29% pour le Dax à Francfort et de 5,02% pour le Footsie à Londres quelques minutes après le début de la séance. Et les autorités financières européennes et nationales, injectent des milliards en liquidités ou en promesses...

C'est en Allemagne que l'épreuve est particulièrement grave. Mme Merkel a dû elle aussi, malgré ses souhaits, promettre de garantir dépôts, crédits et épargne: un paquet de 568 milliards d'€ dans la "bulle".Vertige... Le précédent irlandais, condamné, devient un exemple... Mauvais. Et les "experts" qui abreuvent les médias de leurs commentaires feraient bien d'affiche plus de modestie. Leurs analyses techniques aussi sont en... crise. En revanche, nul besoin d'être expert en prévision pour voir quelles conséquences politiques et sociales, l'implosion de la "bulle" peut avoir...


L'adoption du plan Paulson vendredi par la chambre des représentants américaine n'a visiblement pas suffi à rassurer les investisseurs, affolés par les nouveaux développements de la crise financière en Europe. Et l'unité de façade affichée à Paris n'a convaincu aucun des "agents". Il est vrai que nous sommes dans une situation pour le moins complexe. ce sont des Etats financièrement mal en point qui tentent de redonner de la santé à un marché malade de folies provoquées par la démission des structures publiques face à un hypercapitalisme idéologiquement criminel et... suicidaire. Pourtant, il faut bien sauver les banques (pas les banquiers!) et éteindre ce gigantesque incendie avant de repartir sur de nouvelles bases.

Dans ce contexte, une question à laquelle personne n'a,à chaud, de bonne réponse: qu'est-ce qui nourrit aujourd'hui le plus la méfiance et la panique des Bourses? La capacité des pompiers d'éteindre le feu ou les perspectives d'un nouvel ordre avec de nouvelles règles du jeu? Le pire , pour les Européens, c'est que cette crise mondiale venue des Etats-Unis risque de faire voler en éclats une Union monétaire fragile de son inachèvement et ne pas le jeu que de ceux qui disposent vraiment de liquidités: les Chinois, les pétro-monarchies, les spéculayeurs des parais fiscaux. En effet, d'où viennent les millirds de dollers et d'euros déversés comme de l'eau sur un feu? Pas des Etats les plus concernés, qui sont dans le rouge pour la plupart, mais d'emprunts sur le marché dit international... Absurde. Mais bien vrai. Et le fait que ce matin, les marchés asiatique connaisent aussi une bien vilaine poussée de fièvre n'est ni consolant, ni rassurant.

L'hypercapitalisme avait fait de l'argent une fin non un moyen. Mais l'argent en manque va avoir des conséquences tragiques sur l'économie réelle, donc sur les conditioons sociales. Déjà, des observaterus politiques lucides mettent en garde contre les conséquences négatives que peut avoir cette situation. Ils ont raison.

Derrière les explosions des bulles financières se lèvent très vite ces "vents mauvais" dont Petain parlait. Les vents mauvais qui balayent les valeurs humanistes. L'implosion des fausses valeurs financières (l'Histoire européenne l'a trop démontré) engendre souvent la négation des vraies valeurs politiques, morales et sociales. C'est aujoud'hui, non demain, (même si 2008 n'est pas 1929) qu'il importe de renforcer la vigilance face aux poussées de protectionnisme, de nationalisme, de sectarisme, d'autoritarisme, de populisme, de tous ces "ismes" qui font des Tragédies bien réelles. Sur ce terrain là aussi, l'Europe a une responsabilité particulière à assumer.

Daniel RIOT

 

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