Questions étranges qui m'ont hanté durant toute cette journée passée à l'écoute des nouvelles de Sarkozy, à Moscou et Tbilissi : qu'est-ce que l'OTAN ? A quoi çà sert?
Wikipédia répond simplement : « L'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord - OTAN (NATO - North Atlantic Treaty Organisation en anglais) est une organisation politico-militaire créée à la suite de négociations entre les signataires du traité de Bruxelles (la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays-Bas et le Royaume-Uni), les États-Unis et le Canada ainsi que 5 autres pays d'Europe occidentale invités à participer (le Danemark, l'Italie, l'Islande, la Norvège et le Portugal), pour organiser la défense et la sécurité de l'Europe face à l'Union soviétique après la Seconde Guerre mondiale. ».
Le siège de l'OTAN se trouve depuis 1966 à Bruxelles et son commandement militaire (SHAPE) à Mons (Belgique). Grâce à ses moyens logistiques, l'OTAN a su, durant la Guerre froide, « garder les Américains à l'intérieur, les Russes à l'extérieur et les Allemands sous tutelle. »[1] comme le souhaitait son secrétaire général d'alors, Hastings Lionel Ismay. Son rival côté soviétique fut le Pacte de Varsovie. »
Les Allemands ne sont plus à mettre « sous tutelle ». Le Pacte de Varsovie n'est plus. L'Union soviétique est morte. L'OTAN existe toujours. Agrandie, renforcée, avec des champs d'actions très élargis...
Alors ? L'OTAN en ce XXIème siècle ?
Wikipédia encore : « Le 29 mars 2004, sept nouveaux pays (l'Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Bulgarie, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie) sont entrés dans l'organisation, en portant à 26 le nombre de membres. Ce sont des États militairement peu puissants, mais trois d'entre-eux, les Pays baltes étaient d'anciennes républiques soviétiques à l'époque de la Guerre froide, et les autres des satellites du pouvoir soviétique. Ces États doivent réformer leur organisation militaire en profondeur, accepter les standards OTAN, développer les capacités politico-militaires afin de pouvoir intervenir sur des crises et conflits différents d'une agression armée classique. (Lieutenant-colonel Francisco Stoica)
À la suite des révolutions de couleur survenues en Géorgie (révolution des Roses) puis en Ukraine (révolution orange), ces deux autres anciens États soviétiques ont fait part de leur volonté d'adhérer à l'alliance, également rejoints en ceci par la Moldavie, ce qui a été refusé par l'alliance Atlantique lors du sommet de Bucarest de 2008.
Cependant, une certaine opposition envers l'OTAN demeure au sein des populations concernées (manifestations anti-OTAN en Crimée, par exemple). Les fortes minorités russophones condamnent une volonté présumée essentielle de contrôler la nouvelle puissance russe, dont le taux de croissance économique autorise une certaine modernisation des armées. Dans le cadre de l'enlisement américain en Irak, et des difficultés de l'OTAN en Afghanistan, des évolutions stratégiques semblent se concrétiser. »
Bien. Mais cela ne donne pas de réponse satisfaisante à la vraie question : Pourquoi l'OTAN ? Depuis la chute du Mur et l'implosion de l'URSS, « on » n'a parlé que l'élargissement de l'OTAN. Non, de sa dissolution. C'est un fait. Ou plutôt un processus, un engrenage. Une volonté.
La Russie, dont « on » a peur quand elle a un gouvernement « faible » (ah !les traditions anarchistes et nihilistes...) et qui effraie quand elle a un exécutif « fort » (oh !la tradition impériale tsariste...) est-elle encore un ennemi, réel ou potentiel, de l' « Occident » ?
>>>Si oui, pourquoi l'avoir accueillie dans la « famille » du Conseil de l'Europe ? Pourquoi avoir créer un Conseil OTAN-Russie ? Pourquoi vouloir un « partenariat stratégique Union européenne-Russie » ? Pourquoi chanter cette « coopération » euro-russe tant désirée plus que scellée ?
>>>Si non, pourquoi tenter d' encercler (« contenir ») stratégiquement et militairement la Russie par des hommes (1000 conseillers en Géorgie), par des dollars, par des armements, par des missiles, par un bouclier antimissile, par des menaces en tous genres...tout en la laissant écraser sans une larme la Tchétchénie séparatiste et téléguider d'autres régions autonomistes au nom du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ?
Manque de cohérence. Manque de logique. Manque de lucidité et de courage. Manque de bon sens surtout.
Pendant quinze ans, « on » a assisté avec le sourire en coin à l'humiliation d'un grand peuple. Puis, ces cinq dernières années, « on » n'a pas su voir ce qu'était le « poutinisme », ses soutiens, ses piliers, ses visées...
Maladresses après la chute. Maladresses depuis le « redressement ». C'est la facture d'aujourd'hui ! Une facture alourdie par le cynisme et les mauvais calculs du Pentagone et payée par des Européens qui heureusement, grâce à l'activisme de Sarkozy et (ne l'oublions pas) au réalisme de Merkel, sont plus inspirés, jusqu'à présent, dans le Caucase que dans les Balkans.
Pour rattraper ces erreurs et ces fautes, nous sommes tentés d'avancer une idée qui va faire bondir de colère les Américains et ceux qui ont besoin d'ennemis pour se sentir exister ou étouffer de rire les plus froids de nos fins experts et conseillers en géopolitique. Elargissons l'OTAN à la RUSSIE. Ou du moins, proposons-lui.
Ce serait cela le vrai test des intentions de Poutine et de Medvedev.
Si le Kremlin disait « chiche », ce serait une paix consolidée sur tout l'ensemble paneuropéen... N'est-ce pas aussi le but des Etats-Unis ? Si le Kremlin dit « Niet », nous serons fixés...et nous nous rendrons aux arguments les plus durs des plus méfiants des russophobes qui deviennent aussi atteints « d'infantilisme » que les malades de l'antiaméricaisme...Historiquement, cela n'aurait d'ailleurs rien d'original. Le Plan Marshal avait été proposé à tous les pays d'Europe. C'est le camp du refus qui a construit le Mur ! Et l'OTAN n'a gardé qu'une seule de ses raisons d'être officielles de l'époque de sa création: pallier l'impuissance onusienne pour cause du système de veto ! Mais quel homme (ou femme) d''Etat oserait lancer cette initiative ? Ce serait pourtant un moyen de sortir de cette crise caucasienne « par le haut » et d'éviter d'autres tragédies : Quelques articles du traité de l'atlantique Nord auraient pu être lu hier à Moscou et à Tbilissi par Sarkozy.
Le premier : « Les parties s'engagent, ainsi qu'il est stipulé dans la Charte des Nations Unies, à régler par des moyens pacifiques tous différends internationaux dans lesquels elles pourraient être impliquées, de telle manière que la paix et la sécurité internationales, ainsi que la justice, ne soient pas mises en danger, et à s'abstenir dans leurs relations internationales de recourir à la menace ou à l'emploi de la force de toute manière incompatible avec les buts des Nations Unies. »
Le quatrième : « Les parties se consulteront chaque fois que, de l'avis de l'une d'elles, l'intégrité territoriale, l'indépendance politique ou la sécurité de l'une des parties sera menacée ».
Et le cinquième, bien sûr, qui tranquilliserait les Ukrainiens et quelques autres : « Les parties conviennent qu'une attaque armée contre l'une ou plusieurs d'entre elles survenant en Europe ou en Amérique du Nord sera considérée comme une attaque dirigée contre toutes les parties (...)»
Vous me direz que si tous les pays respectaient simplement la Charte de l'ONU et, en Europe, les engagements du Conseil de l'Europe, ce serait un vrai « partenariat pour la paix mondiale » Le problème, c'est que la patrie de Kant s'appelle aujourd'hui Kaliningrad, ville symbole des tensions universelles...
Daniel RIOT