Apprendre à aimer le Maccarthysme, par de Robert Parry

Beaucoup de libéraux américains qui ont un jour dénoncé le maccarthysme apprennent maintenant à aimer cette sinistre tactique quand elle peut être utilisée pour promouvoir le « scandale » du Russie-gate et faire taire la contestation, rapporte Robert Parry.

13

Déc

2017

Apprendre à aimer le Maccarthysme, par de Robert Parry

par Les-crises.fr dans Géopolitique

13

Déc

2017

Apprendre à aimer le Maccarthysme, par de Robert Parry

 

 

Source : Robert Parry, Consortium News, 06-11-2017

Beaucoup de libéraux américains qui ont un jour dénoncé le maccarthysme apprennent maintenant à aimer cette sinistre tactique quand elle peut être utilisée pour promouvoir le « scandale » du Russie-gate et faire taire la contestation, rapporte Robert Parry.

Le New York Times a finalement détecté une forme de maccarthysme moderne, non dans l’hystérie anti-russe que le journal alimente depuis plusieurs années, tout en traitant les Américains sceptiques « d’idiots utiles » entre autres. Non, les éditeurs du NYT accusent un républicain de Long Island de maccarthysme pour avoir fait le lien entre son rival démocrate et des « groupes d’intérêt spéciaux de New York ». Et le NYT de se lamenter « C’est la vieille ficelle de la culpabilité par amalgame ».

Le sénateur Joseph McCarthy, Républicain du Wisconsin, qui a mené les auditions de la « Terreur rouge » des années 1950.

Oui, le NYT ne voit aucun maccarthysme dans le bashing frénétique de la Russie et la culpabilité par amalgame de tout Américain qui peut être lié même indirectement à n’importe quel Russe qui pourrait avoir des liens mal définis avec le président russe Vladimir Poutine.

Lundi, dans la même édition du NYT qui fait paraître un éditorial scandalisé sur le maccarthysme du spot républicain de Long Island, on trouve deux articles à la Une, sous le titre « des documents complexes qui masquent les liens du Kremlin avec des activités américaines stratégiques ».

Les deux sous-titres indiquent : « Une compagnie maritime assure le lien entre des états-majors commerciaux et des “sbires” de Poutine » et « Des millions d’actions Facebook ont leurs racines dans l’argent russe ». L’histoire qui suit, qui se conforme si bien aux pressions politiques américaines actuelles sur Facebook et Twitter pour finalement entrer en résonance avec la Nouvelle guerre froide contre la Russie, cite des investissements réalisés par le Russe Yuri Milner remontant au début de la décennie.

La reconnaissance que les « entreprises de Milner ont vendu ces propriétés il y a plusieurs années » est enterrée dans le « saut » de l’histoire. Mais telle est la folie anti-Russie qui saisit l’establishment de Washington et New York que tout contact avec un Russe constitue un scandale digne de la une de la couverture. Ce lundi, le Washington Post a publié un article d’une page intitulé « 9 personnes dans l’entourage de Trump avaient des contacts avec les Russes ».

La folie anti-russe a atteint des extrêmes tels que même lorsque vous dites quelque chose qui est évidemment vrai – mais que RT, la chaîne de télévision russe, a également rapporté – vous êtes attaqué pour avoir propagé la « propagande russe ».

Nous l’avons vu lorsque Donna Brazile, l’ancienne présidente du Comité national démocrate, a révélé dans son nouveau livre qu’elle envisageait la possibilité de remplacer Hillary Clinton sur le mandat démocrate après l’évanouissement public de Clinton et les inquiétudes au sujet de sa santé.

Bien qu’il y ait eu une vidéo de la chute de Clinton le 11 septembre 2016, suivie de son départ de la campagne électorale pour combattre la pneumonie – sans parler de sa peur antérieure des caillots sanguins – la réponse d’un groupe de 100 partisans de Clinton a été de remettre en question le patriotisme de Brazile : « Il est particulièrement troublant et déconcertant qu’elle ait semblé croire en une propagande mensongère alimentée par la Russie, répandue à la fois par les Russes et par nos adversaires sur la santé de notre candidate. »

En d’autres termes, l’excuse pour tout, ces jours-ci, c’est de blâmer les Russes et de salir quiconque dit quoi que ce soit – aussi vrai soit-il – si cela a également été rapporté sur RT.

Pression sur les entreprises Tech.

Tout comme le sénateur Joe McCarthy aimait traîner des « communistes » et des « compagnons de route » présumés devant son comité dans les années 1950, le nouveau maccarthysme a ses propres audiences de chasse aux sorcières, comme la semaine dernière au Sénat, où des cadres de Facebook, Twitter et Google ont été cuisinés pour avoir soi-disant permis aux Russes de participer aux réseaux sociaux d’Internet.

Des dirigeants de Facebook, Twitter et Google ont été amenés devant un sous-comité judiciaire du Sénat sur la criminalité et le terrorisme le 31 octobre 2017.

Tentant d’apaiser le Congrès et de repousser les menaces de réglementation gouvernementale, les riches sociétés Tech ont montré leur empressement à éradiquer toute souillure russe.

L’avocat général de Twitter, Sean J. Edgett, a déclaré au sous-comité judiciaire du Sénat sur la criminalité et le terrorisme que Twitter avait adopté une « approche élargie pour définir ce qui est considéré comme un compte lié à la Russie ».

Edgett a déclaré que les critères comprenaient « si le compte a été créé en Russie, si l’utilisateur a enregistré le compte avec un opérateur téléphonique russe ou une adresse e-mail russe, si le nom d’affichage de l’utilisateur contient des caractères cyrilliques, si l’utilisateur tweete fréquemment en russe, et si l’utilisateur s’est connecté à partir de toute adresse IP russe, même une seule fois. Nous avons considéré qu’un compte était lié à la Russie s’il avait au moins un des critères pertinents. »

Le problème avec la méthodologie de Twitter était qu’aucun de ces critères ne relierait un compte au gouvernement russe, et encore moins aux services secrets russes ou à une « ferme de trolls » contrôlée par le Kremlin, mais les critères pourraient capturer des Russes individuels sans lien avec le Kremlin ainsi que des personnes qui n’étaient pas du tout russes, y compris, disons, des visiteurs américains ou européens en Russie qui se sont connectés à Twitter par le biais d’un hôtel de Moscou.

Il n’a pas non plus été dit que les Russes ne sont pas le seul groupe national à utiliser l’alphabet cyrillique. Il est considéré comme un alphabet standard pour écrire en Biélorussie, Bulgarie, Macédoine, Serbie-Croatie et Ukraine. Ainsi, par exemple, un Ukrainien utilisant l’alphabet cyrillique pourrait se retrouver dans la catégorie des « liés à la Russie » même si il ou elle détestait Poutine.

L’avocat de Twitter a également déclaré que l’entreprise avait effectué une analyse distincte des informations fournies par des « sources tierces » non identifiées qui pointaient vers des comptes prétendument contrôlés par l’Internet Research Agency (IRA) basée à Saint-Pétersbourg, soit un total de 2 752 comptes. L’IRA est généralement décrite dans la presse américaine comme une « ferme troll » qui emploie des employés au fait de la technologie qui combattent les nouvelles et les opinions hostiles à la Russie et au gouvernement russe. Mais la façon exacte dont ces comptes précis ont été retracés jusqu’à cette organisation n’a pas été précisée.

Et, pour mettre ce nombre dans une certaine perspective, Twitter affirme avoir 330 millions d’utilisateurs mensuels actifs, ce qui met les 2.752 comptes à moins de 0,001% du total.

Le problème du « Trolling »

Alors que l’enquête menée sur le « Russia-gate » a cherché à dépeindre l’effort de l’IRA comme étant exotique et en quelque sorte unique à la Russie, la stratégie est suivie par un certain nombre de gouvernements, de mouvements politiques et d’entreprises – parfois en faisant appel à des volontaires enthousiastes, mais souvent en employant des professionnels qualifiés pour contester des informations critiques ou au moins brouiller les cartes.

Couple marchant le long du Kremlin, 7 décembre 2016. (Photo de Robert Parry)

Ceux d’entre nous qui opèrent sur Internet sont familiers avec le harcèlement de la part des « trolls » qui peuvent utiliser l’accès à des sections de « commentaires » pour injecter de la propagande et de la désinformation pour semer la confusion, causer des perturbations ou discréditer le site en promouvant des opinions ignobles et des théories de conspiration insensées.

Aussi ennuyeux que ce « trolling » soit, il s’agit simplement d’une version moderne de stratégies plus traditionnelles utilisées par des entités puissantes depuis des générations – embaucher des spécialistes des relations publiques, des lobbyistes, des avocats et des « activistes » supposés impartiaux pour polir les images, repousser les nouvelles négatives et intimider les enquêteurs curieux. Dans cette compétition, la Russie moderne est à la fois retardataire et avare.

Le gouvernement américain fait appel à des légions de publicistes, de propagandistes, de journalistes rémunérés, de spécialistes du psy-ops, d’entrepreneurs et d’organisations non gouvernementales pour promouvoir les positions de Washington et saper ses rivaux par la guerre de l’information.

La CIA dispose d’une bureaucratie entièrement vouée à la propagande et à la désinformation, certains de ces efforts ayant été confiés à de nouvelles entités comme la « National Endowment for Democracy » (NED) ou financés par l’Agence des États-Unis pour le développement international (USAID). L’OTAN a un commandement spécial en Lettonie qui entreprend des « communications stratégiques ».

Israël est un autre acteur compétent dans ce domaine, puisant dans ses partisans du monde entier pour harceler les gens qui critiquent le projet sioniste. En effet, depuis les années 1980, Israël a été le pionnier de nombreuses tactiques d’espionnage et de sabotage informatiques adoptées et étendues par l’Agence américaine de sécurité nationale, expliquant pourquoi l’administration Obama s’est associée à Israël dans un plan visant à introduire un code malveillant dans les centrifugeuses iraniennes pour saboter le programme nucléaire iranien.

Il est également ironique de constater que le gouvernement américain a vanté les médias sociaux comme un grand avantage en faisant avancer ce que l’on appelle des « révolutions de couleur » visant à « changer de régime » dans les pays en difficulté. Par exemple, lorsque la « révolution verte » était en cours en Iran en 2009 après la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad, l’administration Obama a demandé à Twitter de reporter la maintenance programmée afin que les manifestants de rue puissent continuer à utiliser la plate-forme pour s’organiser contre Ahmadinejad et à distribuer leur version de l’histoire au monde extérieur.

Lors de ce que l’on a appelé le Printemps arabe de 2011, Facebook, Twitter et Skype ont été salués comme des moyens d’organiser des manifestations de masse pour déstabiliser les gouvernements en Tunisie, en Égypte et en Syrie. À l’époque, le gouvernement américain dénonçait toute tentative d’étouffer ces plateformes de médias sociaux et la libre circulation de l’information qu’ils permettaient comme preuve de la dictature.

Les médias sociaux ont également été l’un des favoris du gouvernement américain en Ukraine en 2013-2014 lorsque les manifestations de Maidan ont exploité ces plates-formes pour aider à déstabiliser et, en fin de compte, renverser le gouvernement élu de l’Ukraine, l’événement clé qui a lancé la nouvelle guerre froide avec la Russie.

Utiliser le club des médias sociaux

La vérité, c’est que, dans ces cas-là, les gouvernements américains et leurs agences exploitaient avec empressement les plateformes pour faire avancer le programme géopolitique de Washington en diffusant la propagande américaine et en déployant des organisations non gouvernementales financées par les États-Unis, qui enseignaient aux militants comment utiliser les médias sociaux pour faire avancer les scénarios de « changement de régime ».

Un volontaire des Casques Blancs montrant les conséquences d’une attaque militaire.

Bien que ces soulèvements aient été vendus à des auditoires occidentaux comme de véritables manifestations de colère publique – et il y en a sûrement eu certaines –, les manifestations ont également bénéficié du financement et de l’expertise des États-Unis. En particulier, la NED et l’USAID ont fourni des fonds, du matériel et une formation aux agents antigouvernementaux qui contestent les régimes en défaveur des États-Unis.

L’une des opérations de propagande les plus réussies a eu lieu en Syrie, où des rebelles antigouvernementaux opérant dans des zones contrôlées par Al-Qaïda et ses militants islamiques ont utilisé les médias sociaux pour transmettre leurs messages aux journalistes occidentaux traditionnels qui ne pouvaient pas entrer dans ces secteurs sans craindre d’être décapités.

Comme le dessein des rebelles de renverser le président Bachar al-Assad concordait avec les objectifs du gouvernement américain et de ses alliés en Israël, en Turquie, en Arabie saoudite et dans les États du Golfe, les journalistes occidentaux ont accepté sans réserve les mots et les images des collaborateurs d’Al-Qaïda.

Le succès de cette propagande fut si extraordinaire que les Casques Blancs, un groupe de « défense civile » qui travaillait sur le territoire d’Al-Qaïda, devinrent la source de vidéos dramatiques et reçurent même l’Oscar du court métrage documentaire pour une info-publicité produite pour Netflix – malgré la preuve que les Casques Blancs mettaient en scène certaines scènes à des fins de propagande.

En fait, l’un des arguments qui militent en faveur de la croyance selon laquelle Poutine et le Kremlin auraient pu « s’immiscer » dans les élections américaines de l’an dernier est qu’ils auraient pu penser qu’il était temps de donner aux États-Unis un avant-goût de leur propre médecine.

Après tout, les États-Unis sont intervenus lors des élections russes de 1996 pour assurer le maintien de l’autorité de Boris Eltsine, un homme corrompu et malléable. Et il y a eu les manifestations de rue soutenues par les États-Unis à Moscou contre les élections de 2011 et 2012 au cours desquelles Poutine a renforcé son mandat politique. Ces protestations ont gagné leur désignation de « couleur » : la « révolution de la neige ».

Couverture du magazine Time relatant comment les États-Unis ont permis la réélection de Boris Eltsine à la présidence russe en 1996.

Cependant, quoi que la Russie ait pu faire ou non avant les élections américaines de l’an dernier, les enquêtes menées sur l’affaire Russia-gate ont toujours cherché à exagérer l’impact de cette prétendue « ingérence » et ont façonné le récit en fonction de la faiblesse des preuves disponibles.

Le scénario original était que Poutine avait autorisé le « piratage » des courriels démocrates dans le cadre d’une opération de « désinformation » visant à saper la candidature de Hillary Clinton et à aider à élire Donald Trump – bien qu’aucune preuve solide n’ait été présentée pour établir que Poutine avait donné un tel ordre ou que la Russie avait « piraté » les courriels. WikiLeaks a nié à plusieurs reprises avoir reçu les courriels de la Russie, qui nie également toute ingérence.

De plus, les courriels n’étaient pas de la « désinformation » ; ils étaient à la fois réels et, dans bien des cas, dignes de mention. Les courriels de la DNC ont fourni la preuve que la DNC a fait pencher la balance de façon contraire à l’éthique en faveur de Clinton et contre le sénateur Bernie Sanders, un point que Brazile a également découvert en examinant les relations de dotation et de financement que Clinton avait avec le DNC sous la présidence précédente de Debbie Wasserman Schultz.

Les courriels volés de John Podesta, président de la campagne de Clinton, ont dévoilé le contenu des discours payés de Clinton à Wall Street (information qu’elle essayait de cacher aux électeurs) et les caractéristiques payantes de la Fondation Clinton.

Un candidat de Mandchourie ?

[Allusion au film américain Un crime dans la tête (The Manchurian Candidate), réalisé par John Frankenheimer et sorti en 1962, dans lequel le héros, après avoir subi un lavage de cerveau, est devenu un agent soviétique malgré lui, NdT]

Pourtant, le récit original était que Poutine voulait son candidat mandchou (Trump) à la Maison-Blanche et prenait le risque extraordinaire d’exaspérer la grande favorite (Clinton) en publiant les courriels, même s’ils semblaient peu susceptibles d’empêcher la victoire de Clinton. Il y a donc toujours eu ce décalage logique dans la théorie du Russia-gate.

Le président Donald Trump prononçant son discours inaugural le 20 janvier 2017. (capture d’écran de Whitehouse. gov)

Depuis lors, cependant, le discours dominant américain a changé, en partie, parce que les preuves d’une « ingérence » électorale russe étaient si douteuses. Face aux pressions intenses exercées par le Congrès pour trouver quelque chose, Facebook a signalé 100 000 $ en publicités soi-disant « liées à la Russie » achetées en 2015-2017, mais a noté que seulement 44 pour cent avaient été achetées avant les élections. Ainsi, non seulement le colportage « lié à la Russie » était-il minuscule – comparé au chiffre d’affaires annuel de Facebook de 27 milliards de dollars – mais plus de la moitié de ce colportage a été jeté dans ce très grand lac après que Clinton ait déjà perdu.

Ainsi, l’intrigue a été transformée en un vague stratagème russe visant à exacerber les tensions sociales aux États-Unis en prenant différentes positions sur des questions brûlantes, telles que la brutalité policière contre les Noirs. Le New York Times a rapporté que l’une de ces pages « liées à la Russie » comportait des photos de chiots mignons, qui, selon les spéculations du Times, devaient avoir un but maléfique bien qu’il était difficile de comprendre. (Oh, ces Russes sournois!).

L’estimation du nombre d’Américains ayant vu une de ces publicités « liées à la Russie » ne cesse également d’augmenter, atteignant maintenant jusqu’à 126 millions, soit environ un tiers de la population américaine. Bien sûr, la façon dont l’Internet fonctionne – avec n’importe quel article possiblement viral – vous pourriez aussi bien dire que les annonces pourraient avoir atteint des milliards de personnes.

Chaque fois que j’écris un article ou que j’envoie un tweet, je pourrais moi aussi atteindre 126 millions ou même des milliards de personnes, mais la réalité est que je serais chanceux si le nombre était de mille. Mais au milieu de la frénésie du Russia-gate, aucune exagération n’est trop extravagante ou trop extrême.

Un autre élément étrange du Russia-gate est que l’intensité de cette enquête est disproportionnée par rapport au manque d’intérêt manifesté à l’égard de cas beaucoup mieux documentés d’ingérence réelle des gouvernements étrangers dans les élections et l’élaboration des politiques américaines.

Par exemple, les principaux médias américains ont longtemps ignoré l’affaire extrêmement bien documentée de Richard Nixon, qui a collaboré avec des responsables sud-vietnamiens pour saboter les pourparlers de paix du président Lyndon Johnson pendant la guerre du Vietnam afin d’obtenir un avantage pour Nixon lors des élections de 1968. Ce chapitre important de l’histoire n’a reçu le sceau d’approbation du New York Times qu’au début de cette année, après que le Times eut rejeté les premiers volumes de preuves comme des « rumeurs ».

Lors des élections de 1980, l’équipe de Ronald Reagan – en particulier son directeur de campagne, William Casey, en collaboration avec Israël et l’Iran – semble avoir été par-derrière du président Jimmy Carter pour saper les négociations de Carter en vue de libérer 52 otages américains alors détenus en Iran et de condamner les espoirs de réélection de Carter.

Il y avait deux douzaines de témoins de ce stratagème qui ont parlé avec moi et d’autres journalistes d’investigation – ainsi que des preuves documentaires montrant que le président Reagan a autorisé des livraisons secrètes d’armes à l’Iran via Israël peu après la libération des otages lors de l’investiture de Reagan le 20 janvier 1981.

Cependant, puisque le vice-président (plus tard président) George H.W. Bush, qui était impliqué dans le complot, était très apprécié de part et d’autre et parce que Reagan était devenu une icône républicaine, l’affaire « October Surprise » de 1980 a été dénoncée par les grands médias et rejetée par une enquête du Congrès au début des années 1990. Malgré le nombre extraordinaire de témoins et de pièces justificatives, Wikipédia a qualifié le scandale de « théorie du complot ».

Influence israélienne

Et, si vous êtes vraiment préoccupés par l’ingérence étrangère dans les élections et la politique des États-Unis, il y a l’influence remarquable d’Israël et sa capacité perçue à provoquer la défaite de presque n’importe quel politicien qui s’écarte de ce que le gouvernement israélien veut, du moins depuis les années 1980, lorsque le sénateur Chuck Percy et le représentant Paul Findley ont été parmi les victimes politiques après avoir eu des contacts avec les Palestiniens.

Le vice-président de l’époque, George H.W. Bush avec le directeur de la CIA William Casey à la Maison-Blanche le 11 février 1981. (Crédit photo: Bibliothèque Reagan)

Si quelqu’un doute de la façon dont le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a continué à tirer les ficelles des politiciens américains, il suffit de regarder l’une de ses trois allocutions enregistrées des sessions conjointes du Congrès et de voir combien de fois les républicains et démocrates sautent sur leurs pieds dans des applaudissements enthousiastes. (Le seul autre dirigeant étranger à avoir eu l’honneur de cette session conjointe trois fois était le Premier ministre britannique Winston Churchill).

Qu’est-ce qui différencie le Russia-gate des autres affaires? Est-ce que Poutine a conspiré avec Trump pour étendre une guerre sanglante comme Nixon l’a fait avec les dirigeants sud vietnamiens ? Est-ce que Poutine a prolongé la captivité des otages américains pour donner à Trump un avantage politique ? Poutine a-t-il manipulé la politique américaine au Moyen-Orient pour inciter le président George W. Bush à envahir l’Irak et enflammer la région, comme l’a fait Netanyahou d’Israël ? Est-ce que Poutine est même en train de pousser pour des guerres plus larges au Moyen-Orient, comme Netanyahou l’est ?

En effet, un point qui n’a jamais été sérieusement abordé est la raison pour laquelle les États-Unis sont si en colère contre la Russie alors que ces autres cas, dans lesquels les intérêts américains ont été clairement lésés et la démocratie américaine compromise, ont été traités en grande partie comme des faits divers.

Pourquoi le Russia-gate est si important alors que les autres affaires ne l’étaient pas ? Pourquoi des règles contraires sont-elles en jeu aujourd’hui – avec les démocrates, de nombreux républicains et les principaux médias d’information flagellant les « liens » fragiles, cherchant le peu de preuves qu’il y a, et supposant le pire au lieu d’insister pour que seules des preuves parfaites et des témoins parfaits soient acceptés comme dans les cas précédents ?

La réponse semble être la haine généralisée à l’égard du président Trump combinée à des intérêts particuliers en faveur de la nouvelle guerre froide. Il s’agit là d’un objectif apprécié à la fois par le Complexe militaro-industriel, qui prévoit des milliers de milliards de dollars en systèmes d’armes stratégiques à l’avenir, et par les néoconservateurs, qui considèrent la Russie comme une menace à leurs programmes de « changement de régime » pour la Syrie et l’Iran.

Après tout, si la Russie et son Président Poutine, soucieux de son indépendance d’esprit, peuvent être repoussés et battus, alors un obstacle majeur à l’objectif néocon-israélien de l’expansion des guerres du Moyen-Orient sera levé.

À l’heure actuelle, les néoconservateurs aspirent ouvertement à un « changement de régime » à Moscou malgré les risques évidents qu’une telle agitation dans un pays doté de l’arme nucléaire pourrait engendrer, y compris la possibilité que Poutine ne soit pas remplacé par un client occidental docile comme le regretté Boris Eltsine, mais par un nationaliste extrême qui pourrait envisager de lancer une frappe nucléaire pour protéger l’honneur de la mère Russie.

Les démocrates, les libéraux et même de nombreux progressistes justifient leur connivence avec les néoconservateurs par la nécessité d’éliminer Trump par tous les moyens nécessaires et de « stopper le fascisme ». Mais leur mépris pour Trump et leur exagération de la menace « hitlérienne » que ce bouffon incompétent pose prétendument, les ont aveuglés sur les risques extraordinaires inhérents à leur ligne de conduite et sur la façon dont ils jouent le jeu des néoconservateurs assoiffés de guerre.

Un écran de fumée pour la répression

Il semble également que l’on ne se préoccupe guère, voire pas du tout, du fait que l’Establishment utilise le Russia-gate comme écran de fumée pour réprimer les sites indépendants des médias sur Internet. Les partisans traditionnels des libertés civiles ont détourné les yeux pendant que les droits des personnes associées à la campagne Trump ont été bafoués et les journalistes qui remettent simplement en question les récits du département d’État sur, disons, la Syrie et l’Ukraine sont dénoncés comme des « laquais moscovites » et des ” »idiots utiles ».

L’immeuble du New York Times à Manhattan. (Crédit photo: Robert Parry)

Le résultat probable des tests de démonstrations anti-russes sur Capitol Hill est que les géants de la technologie vont se plier à la demande bipartite de nouveaux algorithmes et d’autres méthodes pour stigmatiser, marginaliser et éliminer l’information qui conteste les scénarios dominants dans la cause de la lutte contre la « propagande russe ».

L’avertissement des sénateurs puissants était limpide. « Je ne pense pas que vous comprenez », sénateur Dianne Feinstein, D-Californie, a averti les cadres des médias sociaux la semaine dernière. « Vous portez cette responsabilité. Vous avez créé ces plateformes, et maintenant elles sont mal utilisées. Et c’est vous qui devez faire quelque chose. Ou nous le ferons. »

Alors que ce futur autoritaire sinon totalitaire se dessine et que les dangers de l’annihilation nucléaire à la suite d’une guerre nucléaire intentionnelle ou involontaire avec la Russie s’accroissent, de nombreuses personnes qui devraient devraient être plus avisées sont prises dans la frénésie du Russia-gate.

Je pensais que les libéraux et les progressistes s’opposaient au maccarthysme parce qu’ils le considéraient comme une grave menace contre la liberté de pensée et contre la démocratie véritable, mais il semble maintenant qu’ils ont appris à aimer le maccarthysme, sauf, bien sûr, lorsqu’il dresse sa vilaine tête dans une publicité politique de Long Island critiquant la ville de New York.

Dans les années 1980, le journaliste d’investigation Robert Parry a publié de nombreux articles sur l’Iran-Contra pour The Associated Press et Newsweek.

Source : Robert Parry, Consortium News, 06-11-2017

Traduit par les lecteurs du site www.les-crises.fr. Traduction librement reproductible en intégralité, en citant la source.

 

29 réponses à Apprendre à aimer le Maccarthysme, par de Robert Parry

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Fritz Le 13 décembre 2017 à 07h13

 

 

Dans cet article précis, argumenté, pondéré, Robert Parry exprime la voix de la raison.
Hélas, il est lui-même catalogué “conspirationniste, agent de Poutine”, et refusé comme source dans certains articles bien cadenassés de Wikipédia.

Tout au plus pourrait-on montrer aux furieux la couverture de Time sur la réélection de Boris Eltsine, “les Yankees à la rescousse”… Et encore, ils répondraient : “Nan quoi c’est pas pareil” ou même “c’est un fake d’origine douteuse”…

Le droit d’ingérence, c’est pour les races supérieures : celles de l’OTAN. Pas pour les moujiks.

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