Lutter contre les complotismes d'extrême droite : peine perdue ?

Le mouvement QAnon, né sur les réseaux sociaux aux Etats-Unis, se construit autour d'une théorie du complot invraisemblable. Il a pourtant abouti à l'élection de l'une de ses adeptes au Congrès des Etats-Unis. Il est temps de regarder en face ce que QAnon nous dit des conséquences que les complotismes peuvent avoir sur notre vie en commun. Et de se demander comment les éviter.

Les mouvances complotistes et d'extrême droite naissent et perdurent sur les réseaux sociaux, et convainquent, y compris à distance, un public massif. Symptômes d'une "déconsolidation démocratique" pour Yascha Mounk, elles étaient sur le devant de la scène politique pendant l'élection états-unienne de novembre 2020. A l'approche de l'élection présidentielle française de 2022, l'expérience outre-Atlantique face au mouvement QAnon doit nous alerter, nous servir de mise en garde, et nous forcer à la vigilance. 

Le mouvement QAnon est né sur les réseaux sociaux. Ses adeptes, pour schématiser le contenu de cette "super-théorie" ("super" parce qu'elle agrège plusieurs éléments répandus dans différents complotismes), croient en l'existence d'un être venu les sauver de l'Etat profond (deep state) et mettre la lumière sur un gigantesque réseau de pédocriminalité, orchestré par les élites culturelles, sociales, économiques et politiques des Etats-Unis. Oprah Winfrey, Hillary Clinton, Tom Hanks seraient, selon eux, de mèche pour organiser un tel réseau criminel. Ils attendent, par un événement qu'ils nomment "the storm" (la tempête), un renversement du système, et considéraient Donald Trump comme le sauveur qui, envoyé par "Q", permettrait de délivrer le pays de cette conspiration. 

Farfelu, fou, faux, fictif. Les qualificatifs en "f" ne manquent pas. Mais ce mouvement, aux Etats-Unis, mobilise. Aux Etats-Unis, les réseaux sociaux ont été le terreau d’apparition et de développement du mouvement QAnon, avec une audience particulièrement élevée sur les groupes et pages Facebook liés à la mouvance pour une théorie qui semble si absurde. Au mois de septembre 2020, ces groupes et pages comptabilisaient plus de 550 000 "j'aime" supplémentaires chaque semaine, sur ce seul réseau social. Et le cas de Facebook n’est pas isolé ; l’ensemble des réseaux sociaux, parmi lesquels YouTube, Instagram, Whatsapp, Reddit, TikTok, ont été des supports, tour à tour, du mouvement.

Dans un contexte de polarisation extrême aux Etats-Unis, de défiance envers l'establishment politique (i.e. les élites), de pertes des repères mais aussi d'enfermement dans des bulles cognitives, ou bulles de filtre sur les réseaux sociaux qui font office de véritable caisse de résonnance, QAnon a su convaincre des milliers d'états-uniens. Etonnant ou prévisible, le fait est là. Il est alarmant.

Face à la prolifération digitale du mouvement, de sa naissance à sa propagation, les plateformes elles-mêmes ont tout d’abord progressivement choisi – de leur propre chef – de limiter puis d’interdire les contenus qui promeuvent ce complot. On se heurte forcément, lorsque l'on aborde ces sujets, à l'épineuse question de la liberté d'expression. On le sait, la limitation de cette liberté - comme de nombreuses libertés individuelles - est conditionnée à sa nécessité pour prévenir des troubles à l'ordre public. 

Chronologiquement, ces entreprises ont d'abord choisi de restreindre les contenus ; lorsqu'un usager tape "QAnon" dans la barre de recherche d'Instagram, il est confronté au message suivant : "Cette recherche peut être associée à des contenus dangereux". Allez-y, essayez. Vous verrez ce message apparaître. Mais au-delà de cet effort d’information auprès de l'internaute, les plateformes de réseaux sociaux poursuivent également une lutte plus frontale contre les contenus de la mouvance QAnon. Cette limitation a été progressive jusqu’à mener à la suppression systématique de contenus reliés à cette mouvance. Reddit a banni certains forums ; Facebook (et Instagram, possédé par l'entreprise) ont supprimé des dizaines de milliers de comptes, groupes et pages. YouTube a également agi dans le sens de la suppression de dizaines de milliers de vidéos, et de plusieurs centaines de chaînes. Au-delà de la production de contenus, ces entreprises ont restreint l'accès aux publications liées à QAnon ; Facebook a annoncé la limitation des hashtags principaux de ce mouvement, de la même manière que Twitter qui, en plus d’avoir supprimé des milliers de comptes liés à QAnon, empêche de faire émerger des tendances liées à QAnon (les fameux TT). 

Oui, ces grandes entreprises peuvent le faire ; les plateformes disposent d'une immense (i m m e n s e) marge manœuvre en termes de restriction des contenus accessibles sur ces plateformes. Qui ne répondent d'aucune loi si ce n'est celle qu'elles se construisent elles-mêmes, via leurs conditions d'utilisation. Pour pousser la comparaison, Facebook s'est même récemment doté d'une sorte de "cour suprême", un "conseil de surveillance" qui vise à accueillir les recours d'usagers dont les contenus auraient été supprimés de façon injustifiée. 

En l'occurrence, QAnon a été défini par Facebook comme un « mouvement social militarisé identifié » dont la dangerosité est avérée puisque soulignée par des instructions du FBI qui qualifiait QAnon de "potentielle menace terroriste intérieure". Et pour cause ; en décembre 2016, Edgar Maddison Welch, citoyen états-unien, débarque, armé, dans une pizzeria (Comet Ping Pong, Washington D.C.) avec l'intention de tuer le supposé réseau pédo-criminel de l'Etat profond que la mouvance QAnon croit combattre. Idem, en mai 2020, une femme est arrêtée à New York avec des dizaines de couteaux revendiquant vouloir éliminer Biden, au nom de QAnon. Les exemples ne manquent pas.  Facebook avait d'ailleurs pris cette même décision de suppression et d'invisibilisation des contenus d'une mouvance d'extrême droite, complotiste et violente à l'encontre du mouvement « Boogaloo », un mouvement violent d’extrême droite à l’idéologie raciste qui incitait à la tenue d’une seconde guerre civile aux Etats-Unis. 

Mais cette limitation et cette interdiction des contenus par les plateformes de réseaux sociaux sont insuffisantes. A tel point que l'on se demande si elles sont véritablement utiles. Les personnes adeptes souhaitant continuer à diffuser des messages du mouvement continueront de le faire, en raison d'une possibilité de mutation et de camouflage des contenus qui permettent de contourner les restrictions. D'abord, QAnon s’inspire et s’insère dans un tissu dense de théories conspirationnistes anti-élites auquel il se greffe ; c'est une "super conspiracy", un "super-complot", dont les contenus peuvent donc facilement se greffer sur d'autres groupes à tendance complotiste qui, eux, ne sont pas limités. Car le mensonge et la conspiration ne sont bien sûr pas interdits sur ces plateformes. Chacun est libre de dire n'importe quoi. Mais les contenus QAnon se superposent aussi à des causes humanitaires ; la conspiration tournant autour d'un supposé réseau pédocriminel des élites, les adeptes de QAnon se rassemblent donc aussi autour du #SaveTheChildren (Sauvez les enfants), qui est également le nom d'une association humanitaire qui n'a aucun lien avec la mouvance. Prétextant ce motif humanitaire, la conspiration continue de se propager. Bref, la cause humanitaire est un « cheval de Troie » (Tristan Mendès France). 

Les tentatives pour échapper aux restrictions des plateformes ne s'arrêtent pas là : pour échapper aux algorithmes, le mouvement a opéré des changements de vocabulaire employé afin de passer sous les radars des plateformes. Certains contenus ne parlaient plus de « Q » mais de « Cue » (en adoptant l’écriture phonétique de la lettre), ou utilisaient le chiffre 17 comme cri de ralliement (la lettre Q étant la 17ème lettre de l'alphabet) pour échapper aux algorithmes de détection. Cette adaptation constante des contenus pose la question du contrôle par les plateformes, souvent automatisé, qui ne fonctionne qu’avec des mots-clés prédéfinis et qui ne permet donc pas de saisir les subtilités et contournements entrepris par les membres de QAnon.

Cas intéressant : sur YouTube, les "QAnon pastels" ont également permis de contourner ces limitations. Qu'est-ce que c'est ? Ce sont des influenceuses qui parlent de maquillage, de yoga, de beauté... tout en propageant les théories de QAnon. Une version soft et attirante de la propagation. Loin de l'imaginaire qui entoure les théories du complot (une imagerie violente, des personnes enfermées dans leur cave faisant les liens artificiels entre des événements à l'image de ce meme), ces influenceuses passent, là encore, sous les radars. 

En bref, la restriction des contenus par les entreprises de réseaux sociaux n'a engendré qu'une mutation des modes d’expression du mouvement sur les réseaux, rendant une détection presque impossible, plutôt qu’un empêchement de sa prolifération. Bref, l'objectif n'est pas rempli. Les conspirationnistes ne manquent pas de créativité pour contourner les restrictions. « Chaque fois qu’un réseau social invente une nouvelle barrière, le groupe va trouver une nouvelle technique »

Surtout, la régulation des plateformes, si elle est inutile voire contreproductive, intervient aussi trop tard ; si le mouvement est capable de se réorganiser, de contourner les limitations, c'est bien qu'il a déjà convaincu ses adeptes. A l'heure où Facebook a interdit les contenus QAnon, le mouvement avait déjà une audience considérable à tel point d'être considéré comme une menace terroriste par le FBI. Des adeptes avaient déjà conduit des tentatives d'attentat et/ou d'assassinat. Marjorie Taylor Greene était déjà candidate à la chambre des représentants. Et j'en passe. Le mal était déjà fait. 

Et je ne mentionne ici que les plateformes "mainstream", grand public. C'est donc sans parler des réseaux sociaux alternatifs, comme le site Gab.com dont le patron Andrew Torba a annoncé immédiatement après l'annonce de restriction de Mark Zuckerberg (CEO de Facebook) que les contenus liés à QAnon ne seraient jamais restreints sur sa plateforme. Présentée comme une plateforme appartenant à la communauté « Alt-Tech », c’est-à-dire à un ensemble de sites web soutenant les propositions d’extrême droite, ce site ne connaît aucune modération. Ainsi, puisque la régulation et la limitation des discours dans le système états-unien est laissé au libre-arbitrage des plateformes, bien que certaines plateformes comme Facebook, Twitter, Instagram, Reddit ou YouTube entreprennent des limitations des contenus QAnon, d’autres plateformes peuvent continuer à soutenir la prolifération de ces contenus en ligne. 

En plus, cette exclusion et ces interdictions semblent les renforcer dans leurs croyances en la perversion du "système". La limitation des contenus peut également contribuer à renforcer la capacité d’attraction du mouvement : On peut en effet entendre plusieurs voix des tenants du mouvement QAnon expliquer que les tentatives de censure de la part des plateformes de réseaux sociaux, et le discrédit systématique de la part des médias traditionnels, ne sont que des éléments qui abondent dans leur sens et qui prouvent qu’ils ont raison. Selon leur raisonnement, comme les dirigeants des médias traditionnels et des grandes plateformes de réseaux sociaux font partie du complot, le mouvement QAnon les dérange, à tel point qu’ils tentent à tout prix de les discréditer. Il faut donc être conscient de cet effet contre-productif et de ces biais dans la régulation du mouvement QAnon qui, dans l’objectif de le contrer, peut en réalité aboutir à le renforcer.

Et tout ça, c'est inquiétant (euphémisme). 

Le problème avec les groupuscules d'extrême droite comme avec les mouvements complotistes est leur capacité extraordinaire à s'organiser en dehors des sphères légales. Un autre exemple qui nous parlera davantage en tant que citoyens français : l'association d'extrême droite Génération identitaire a été dissoute en Conseil des Ministres pour motif d'apparentement à une "milice privée incitant à la haine, à la violence et à la discrimination". Pourtant, aujourd'hui, elle se reconstitue en groupuscule d'action s'auto-désignant comme une "association de soutien aux lanceurs d'alerte". Tout prétexte est bon pour échapper à ces restrictions. Bien sûr, il faut continuer de les combattre, de les poursuivre, de les interdire. Mais c'est un combat titanesque face à leur inventivité. On l'a dit pour les réseaux sociaux, mais plus généralement, à chaque fois qu'une nouvelle barrière est inventée, ces groupes trouvent une nouvelle manière de les contourner. 

Dire que le combat est sans fin ne veut pas dire qu'il faut l'abandonner, certes. Mais ça pose question. D'abord, comment faire sans attenter aux libertés individuelles (d'expression, de réunion) ? Si l'on en vient à interdire les contenus QAnon y compris sur la base de leur présence sur des groupes humanitaires, où est la limite ? Comment ne pas créer de funestes précédents si jamais un pouvoir politique d'extrême droite arrivait au pouvoir et menaçait de dissoudre, d'interdire, des propos d'extrême gauche ? J'ai donc l'intuition que restreindre, interdire, n'est pas la solution. Ou du moins, qu'elle ne doit pas être la solution exclusive. 

Oui, mais alors, qu'est-ce qu'on fait ? On peut essayer de convaincre, de "debunker". Comme le souligne la spécialiste des théories du complot Aleksandra Cichocka, le debunking est une méthode qui peut s’avérer efficace contre des théories conspirationnistes. En effet, en expliquant « précisément en quoi elles sont fausses ou mensongères, et quelles stratégies ont été utilisées pour tromper le public. Bref, on démonte ces théories, par A + B. Sauf que ce n'est pas si simple. D'abord, on remarque une tendance des médias à se moquer des théories du complot. La chaîne de télévision états-unienne CNN par exemple, et son journaliste John Avlon, tournent volontiers le mouvement QAnon en dérision : « get ready for some deep weirdness » ; « sounds weird right ? That’s because it is ». Et en même temps, qui peut les blâmer ? C'est difficile de parler d'un groupe de personnes qui croient que les "pizzas" sont des noms de codes pour parler d'enfants victimes d'un réseau pédocriminel tenu par Tom Hanks en gardant tout son sérieux. En plus, si le discours journalistique semble davantage tourné autour de la dérision du mouvement dans une tonalité ironique qu’autour des faits, c'est aussi parce que la nature complotiste du mouvement fait que les journalistes ne disposent plus de leur matériau de travail, à savoir les faits. Comment debunker, comment falsifier un propos qui ne repose justement sur rien ? C'est là la fameuse citation d'Hannah Arendt qui nous dit que la liberté d'opinion est une farce si ce sont les faits eux-mêmes qui font l'objet du débat. La rationalité a quitté le débat, comment peuvent-ils convenablement faire leur travail ? C'est un sentiment avec lequel toutes les personnes ayant un proche complotiste (dont je fais malheureusement partie) sont familières. 

Toutefois, pour les adeptes QAnon, cette représentation sous l’angle de la dérision peut faire naître un sentiment d’humiliation. Discréditer ces thèses en s’en moquant ne permet pas de les ramener à la raison ni même de les amener à croire aux preuves empiriques, mais peut mener au risque de polariser encore davantage le débat, de radicaliser les adeptes de ce mouvement, mais aussi peut-être de convaincre certains indécis. Ainsi, il convient de s’interroger sur les répercussions de ce double-mouvement de régulation : la censure, la limitation et/ou le discrédit des contenus QAnon ne renforcerait-il pas le mouvement, allant à l’antipode de l’objectif escompté ? D’abord, l’exposition dans les médias traditionnels peut faire courir de risque de donner davantage de visibilité aux contenus dans les médias. En debunkant, les médias traditionnels offrent à QAnon une visibilité pour une audience qui n’en aurait pas forcément entendu parler. L’effort de visibilisation pour prouver le caractère absurde, ou faux, de la théorie du complot peut contribuer à faire connaître ce complot à un plus grand nombre. C’est ce que résume très bien Conspiracy Watch : « Le simple fait d’en être arrivé au point où il n’est plus possible de ne pas parler de cette théorie du complot est une victoire pour les complotistes ». Et là aussi, le fait que les médias traditionnels 

Il n'y a pas de doute que les idéologies d'extrême droite et les mouvances complotistes, qui sont souvent liées comme l'exemplifie le mouvement QAnon, sont un danger pour notre société et plus généralement pour notre démocratie. Toutefois, les modalités d'action semblent désespérément bouchées. Si on ne peut ni les contrer, ni les convaincre par le dialogue et le débat, ni les interdire car ils se reformeront plus tard sous d'autres formes et se rassembleront via d'autres canaux... que peut-on réellement faire ? 

Là encore, la solution est de long cours : éduquer, d'abord. Investir sur l'éducation des jeunes, leur apprendre à reconnaître de fausses informations, à développer leur esprit critique. L’éducation aux médias et à l’information dans le temps scolaire pourrait être une manière de sensibiliser, dès le plus jeune âge, les jeunes à l’importance de la preuve et de veiller à leur réactivité face à des contenus faux ou fallacieux. le CLEMI, en France, le fait très bien. Il faut généraliser ces initiatives qui sont encore trop ponctuelles. L'éducation a bon dos, je sais ; mais on pourrait résoudre beaucoup de dysfonctionnements de notre société si l'on investissait convenablement dans l'éducation nationale dans notre pays. Il faudrait considérablement revaloriser la rémunération des enseignants et leur donner de réels moyens de prévenir la désinformation. Il faut soutenir les groupes comme Conspiracy watch aussi, bien évidemment. 

En réalité, QAnon nous interpelle aussi sur la nécessité de repenser la transparence en démocratie. La transparence du système politique lui-même, d'abord : nombreuses sont les théories conspirationnistes qui dénoncent un "deep state", obscur et manipulateur. La chercheuse Aleksandra Cichocka souligne que, dans le cadre de la crise sanitaire, la première ministre néozélandaise Jacinda Ardern a « mis l’accent sur la transparence dans le processus de décision politique ». La chercheuse postule que de ce fait, les néozélandais ont été moins enclins à se tourner vers des thèses complotistes concernant l’épidémie de coronavirus. Une réformation du système politique dans sa globalité pourrait être envisagée pour rétablir ce lien entre population et gouvernement. C’est notamment ce que proposent les auteurs Martin Gilens et Benjamin Page dans leur ouvrage Democracy in America? What has gone wrong and what we can do about it, qui explorent les possibilités de démocratisation effective du fonctionnement politique (aux Etats-Unis, dans leur ouvrage, mais qui peut s'étendre à d'autres pays dans leurs conclusions qui ne dépendent pas nécessairement de la structure institutionnelle propre aux Etats-Unis), en imposant notamment une transparence vis-à-vis du rôle de l’argent dans la politique menée par les dirigeants. Une plus forte régulation de la place de l’argent privé en démocratie, notamment dans le processus électoral, mais aussi une clarification des rôles des lobbies, sont plus que nécessaires. Les travaux de Julia Cagé en la matière sont aussi bien évidemment édifiants (voir Le prix de la démocratie). 

La nécessité de repenser la transparence du système médiatique, aussi. On l'a dit, il s'agit de restaurer le goût à l’information, mais aussi de restaurer la confiance dans les médias. Debunker les théories du complot au sein des médias traditionnels semble renforcer les conspirationnistes dans leurs croyances, car être contredits par les médias "vendus" au "système" oligarchique est serait une preuve, finalement, de leurs théories. En France, où 10 milliardaires possèdent 90% des médias, la confiance s'érode. Une piste d’amélioration pourrait être un financement participatif des médias et une stricte distinction entre les fortunes privées, les intérêts privés, et la possession d’un média dont l'existence est un bien public. Renouer ce lien de confiance et détacher l’argent privé et opaque des médias traditionnels serait une manière de renouer une confiance plus grande dans les médias et sur les faits.

Ces quelques propositions, dont aucune ne servira bien sûr de remède miracle à l’enjeu global que représente la hausse du conspirationnisme et de son attrait, peuvent permettre d’engager une réflexion sur les manières les plus efficaces de combattre son essor. Ce sont des propositions de solutions qui réforment en profondeur l'existant. Le problème, c'est qu'elles risquent de n'être efficaces que pour les générations futures. Oui, c'est un travail de long cours. Mais pour une fois, cessons de penser la réaction immédiate et projetons-nous, préparons un avenir plus souhaitable. Il faut agir maintenant pour demain. 

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