Il était une fois

Il était une fois au Royaume Pourrissant une grande peste brune que personne ne savait soigner.

L'hiver était venu.

Les malades s'entassaient dans les Guérissoirs qui manquaient cruellement de Soigneurs et de lits, puisque personne n'avait jugé utile d'en prévoir, et on répétait toute la journée dans les Auditoriums que "malade aujourd'hui mort demain", ce qui ne semblait guère accélérer les guérisons.

Le Roi et ses Gouvernators décidèrent alors dans leur grande sagesse que puisqu'on ne pouvait soigner la populace, on devait l'enfermer, afin que la peste cesse de circuler comme un vilain courant d'air mortel. C'était la deuxième fois. La première avait servi de galop d'essai, la deuxième devrait permettre de sauter enfin l'obstacle. Entre temps nul remède à l'horizon. Les laboraticiens travaillaient de préférence sur un vaccin, plus rémunérant certes. 

On ferma les habilloirs, les parfumoirs, les tavernes, les muséums, les kineums, et autres lieux de rassemblements et jusqu'aux livreries.

Mais il existait, heureusement pour le bas-peuple, de grandes cités où on pouvait trouver tous ces articles en ne se déplaçant qu'une seule fois. Ainsi les enfants pouvaient être attirés par une histoire dessinée, les grandes personnes par un livre de papier vrai. Las, les livreries et autres commerciaux, furieux, geignirent grandement aux oreilles du Roi.

Mais le Roi n'écoutait personne que ses propres décisions et il chargea le Vizir d'indiquer au peuple que puisque tout le monde se plaignait personne n'aurait rien, et na na nanère!

Quelle courageuse décision. Quelle vision éclairée de la culture. Les livres ne sont pas essentiels, décida le Roi, c'est la connerie qui l'est! 

Et ainsi le Royaume Pourrissant continua de pourrir tout doucettement. 

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