Le franc-tireur

De l'actualité 'pataphysicienne

 Monsieur le Président

Je vous fais une lettre
Que vous lirez peut-être
Si vous avez le temps

entre deux interviews

Je viens de recevoir
vos dernières consignes
Pour être confiné
A six heures le soir.

 Monsieur le Président
je ne veux pas le faire
Je ne suis pas sur terre
pour vivre prisonnier.

C'est pas pour vous fâcher
Il faut que je vous dise
Ma décision est prise
Je m'en vais protester.

 Depuis l’hiver dernier                        
J'ai vu mourir mon père
J'ai vu partir mes frères                                 
Et pleurer mes enfants
Ma mère a tant souffert

Seule dans son ehpad

Sans visites ni soins
Qu'elle est dedans sa tombe
Et se moque des faillites
des vaccins, de l’espoir.        

Quand je suis au chômage
je n’ai plus de courage.

On m'a volé mon âme
Et tout mon cher passé ;

La culture a fermé,

Place aux hypermarchés.

Demain de bon matin
Je rouvrirai mes portes
Au nez des injonctions.

J'irai sur les chemins

Proposer mes spectacles

Sur les routes de France
De Bretagne en Provence.

Et je dirai aux gens
Refusez d'obéir
Refusez donc d’attendre
Cessez d’être des veaux.

 S'il faut donner son temps

sa liberté son âme
Allez donner les vôtres
Vous êtes bon apôtre.
Monsieur le Président

Si vous me poursuivez
Prévenez vos gendarmes
Que nous n’aurons pas d’armes
Et qu'ils pourront tirer

Sans même être filmés.

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