Le confinement vu par un aveugle...

Analyse transgenre de l'accouplement éruptif du poireau vinaigrette, perspective et implication dans l'émergence du transhumanisme végétarien.

Bon…pourquoi se poser cette question?Au risque d’etre mal vu, je dirais tout de meme qu’après tout, ils sont miros, ils ne voient meme pas si la lumière est allumée ou éteinte, alors etre dehors ou dedans, quelle différence? Bon et puis, on les voit rarement dehors, ils doivent se méfier de la circulation, donc finalement ca ne leur change pas grand chose d'être enfermé,  non? Et puis d’abord ils font quoi ces gens la de leur journée? Des improductifs en somme…

Non,le confinement ne change pas grand chose  quand on a la chance de dormir toujours dans son lit plutot qu’à l’hopital ou dans la rue… Mais en fait si. Parce que bon, moi je suis non-voyant, mais je me qualifie pluto de  malvoyant car  j’ai des restes de vue, parcellaires certes, mais utiles, sur mon oeil gauche. Et oui, seule la gauche a une vision, enfin…fragmentaire comme je l’ai dit….Un virus qui m’avait bouffé les yeux, saleté de virus. 

Alors  oui le confinement change ma vie! Ben oui, parce que je ne peux plus aller nager à la piscine comme d’ordinaire. C’est dire si la période est difficile. Bien sur je continue mon travail de scientifique (je suis chercheur), en télétravail. J’encadre mes étudiants à distance, mais on a du  abandonner à regret nos expériences au labo pour passer à des simulations numériques. On n’en mourra pas, pas cette fois en tous cas. Bon c’est vrai que de faire bosser mes deux enfants ca demande aussi du temps mais globalement ca va, je m’en sors, de toutes facons ils craquent après 1h avec papa sur le dos…. Ce week-end , j’ai pu faire un peu de photographie mais disons que la morosité ambiante ne stimule visiblement pas mon inspiration d’artiste… Pauvre de moi, la vie est si dure ces temps-ci….Moi qui devais etre exposé à Milan fin mars dans le cadre du festival européen de photo. Bon j’arrete la frime, c’est indescent un handicapé qui a l’air content.

Alors non, le confinement ne change finalement pas grand chose, je continue cette vie pépère de malvoyant.  Oui au fond, c’est une vie bien tranquille de bobo de province. Oui parce que les bobos, ils peuvent etre malvoyant, et la réciproque est vraie également. Mais tout de mem si. Quelque chose a changé. Enfin quoi? Est-ce l’odeur du printemps qui n’est plus masquée (sic) par les gaz d’échappement? Sont-ce les pépiements des oisillons qui ont étouffé les vrombissements des sauvageons? Non. Plutôt  une révolte sourde, un ras-le-bol généralisé qui  fleurit en moi et pousse les jours d’écume? Bien entendu, comme beaucoup je m’interroge.Comment faire bouger ce putain de monde? Comment faire réagir les gens? Comment tolère-t-on tout cela, tous ceux la, tousse la au coude à coude? Pourquoi l’écologie n’est pas la priorité numero un des politiques publiques à travers le monde. Pourquoi si peu de social, et tant d’individualisme darwinien? A quoi bon l’excellence et l’innovation quand disparait le progrès? Et que dire de l’indétronable  croyance dans notre  sacro sainte croissance prétendumment fertile.  Pourquoi toujours ce fichu  billet vert…? Et pourquoi l’habit rouge? Au risque de passer du coca l’âne, je m’interroge aussi sur notre incapacité à nous mobiliser collectivement, à sortir de notre léthargie. Lorsque la douleur est grande, le peuple réclame l’anesthésie.

Alors, je fais un reve….Le reve d’un reveil, que dis-je d’une alarme…que cet épisoque tragique que nous traversons, nous ne le vivions pas pour rien. et que ce qu’on fit ne ment pas toujours. Sommes-nous en présence du choc émotionnel tant attendu, d’une sortie de comas imminent?Cet épisode va t il nous faire pousser des ailes, passer de la larve au papillon recommence après Peut etre que oui, je veux le croire. Si l’on en juge par la multiplication des initiatives  locales d’entraide, par les prises de paroles spontanées sur des émissions aussi betes que le téléphone sonne sur notre chère  FranceInter,  par les articles de presse récents et blogs    pétitions  commencent à poindre. Comme beaucoup, je ressens  mon inutilité  flagrante sans savoir comment aider, moi qui  profite plus souvent que je ne peux offrir. Alors, je prends la plume, mais sans masque.J’écris mon premier billet de Blog, confortablement installé de chez moi, dans mon petit appartement de fonctionnaire de province. avec ma sécurité sociale  et mon cheque en fin de mois. Je suis la, caché derrière mon écran, bien à l’abri, et je me sens tellement inutile.J’écris pour tous ceux qui ont du courage, ou qui n’ont pas  d’autre choix que l’absence  de courage.Ceux qui savent- ou ne savent pas -  qu’ils prennent des risques en allant poster le courier, conduire un transporteur, etre caissier, réparer l’électricité ici ou la, et bien sur…le corps médical dans son ensemble, de l’agent d’entretien  à la conductrice  de VSL.Durant cette épidémie, ils sont plus encor le poumon de notre si chère France,  sans lesquels nous nous asphixierions  lentement mais surement.Alors respirons un grand coup pour cette apnée collective, avant que, d’ici  quelques semaines ou mois de faire tomber les masques en espérant ne pas se faire entuber.

Vous l’aurez compris, ce confinement a bel et bien changé ma vie. J’ai décidé de  prendre la plume, tant pis pour vous. Puissiez-vous en faire autant, tant mieux pour nous.

Dartdeville,

Le mâle-voyant, mal-vu mais clairvoyant.

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