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Billet de blog 23 févr. 2016

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Air France-KLM : la hantise du statu quo

De retour dans le vert, Air France-KLM ne crie pas victoire. Le groupe est conscient du chemin qu'il lui reste à parcourir pour demeurer compétitif de façon durable.

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Dans un entretien accordé au Figaro, Alexandre de Juniac, PDG du groupe Air France-KLM, revient sur les bons résultats obtenus par la compagnie en 2015. « Nous affichons des résultats historiquement élevés. Le groupe est enfin redevenu bénéficiaire après huit années de pertes, et va sortir de la zone de risque », s’est réjoui le patron du groupe franco-néerlandais. Avant de tempérer : si la compagnie est en rémission, le statu quo pourrait toujours lui être fatal. 

Air France-KLM a dégagé un bénéfice de 118 millions d’euros l’an dernier, après une perte de 225 millions en 2014. Si le chiffre d’affaires de la compagnie s’est contracté de 3,2 %, il s’est tout de même établi à 26,1 milliards d’euros. Le groupe a par ailleurs ramené sa dette à 4,3 milliards d’euros fin 2015 contre 5,4 milliards fin 2014. Des résultats qui ont permis au titre de s’envoler de près de 7 % à la bourse, à 7,94 euros, son plus haut niveau depuis mai 2015.

Ainsi, selon Alexandre de Juniac, « la situation d’Air France-KLM n’est plus préoccupante ». Pour autant, « est-elle définitivement réglée ? Non. Cela nous exonère-t-il de continuer à faire des efforts ? Non », ajoute-t-il. En effet, les bons résultats de la compagnie sont en partie dus à la chute des prix du pétrole. Or, « le contexte global demeure incertain en 2016 concernant le prix du carburant [tout comme] la poursuite de la situation de surcapacité sur différents marchés et l’environnement géopolitique et économique », nuance le dirigeant.

Pour que le projet de croissance de la compagnie soit soutenable dans la durée, les réformes devront être poursuivies. Malgré les importants efforts réalisés par 100 000 salariés dans le cadre du plan Transform 2015, les coûts de la compagnie demeurent supérieurs à ceux de la concurrence. 40 % des lignes long courrier ne sont pas rentables chez Air France, contre 25 % chez KLM. Alors que le groupe s’est fixé l’objectif de 80 % de lignes bénéficiaires chez Air France et 85 % chez KLM à l’horizon 2017-2018, les dirigeants devront continuer de demander des efforts à leurs collaborateurs.

Deux plans de départs volontaires (un pour le personnel au sol, l’autre pour les hôtesses et stewards) seront présentés lors du comité central d’entreprise (CCE) des 25 et 26 février prochains. Si la direction n’a pour l’instant pas précisé le nombre de postes qui pourraient être concernés, deux sources syndicales ont déclaré à l’agence Reuters que 1 400 postes pourraient être supprimés, pour l’essentiel au sol. Pour l’instant, le PDG du groupe a seulement indiqué que les projets de plans de départs volontaires, « qui seront discutés lors du CCE du 26 février », ont été revus à la baisse compte tenu du projet de croissance qu’Air France a présenté en janvier.

Les négociations avec les pilotes, dont la reprise est prévue pour le mois de mars, devront être fructueuses car un retournement de cycle du transport aérien ou une hausse du prix du baril pourraient faire replonger la compagnie, confrontée à une concurrence de plus en plus rude. En effet, comme le rappelait récemment Pierre Bergeron, analyste automobile et aérien chez Société Générale CIB, « les majors, c’est-à-dire les compagnies traditionnelles comme Air France, Lufthansa et British Airways, sont prises en sandwich entre, d’un côté, les compagnies low cost qui sont les seules à gagner de l'argent sur les court et moyen-courrier en Europe, et, de l'autre côté, les compagnies du Golfe qui imposent une forte concurrence sur le long-courrier ».

Or, Lufthansa et British Airways, deux compagnies ayant demandé à leurs personnels des efforts en termes de salaires, d’heures de vol et d’avantages annexes, se sont réformées. Air France devra également réussir ses négociations avec les pilotes, afin notamment de mettre en œuvre une productivité qui puisse les rapprocher des horaires de travail de leurs collègues européens. « Nous devons baisser nos coûts pour pouvoir ouvrir des lignes, acheter des avions, embaucher du personnel, afin de croître de manière soutenable à un rythme au moins aussi important que celui de nos principaux concurrents. Avec 35-36 milliards de dollars de chiffre d'affaires, Delta se situe dans des zones comparables à Air France-KLM, sauf que notre partenaire américain dégage un profit de 7 milliards, et dispose donc de 10 fois plus de moyens que nous pour investir. Si nous ne voulons pas être déclassés dans un marché qui croît, il faut avoir les moyens d'investir, d'embaucher. C'est pour cela qu'il nous faut baisser nos coûts. C'est le sens des efforts que nous demandons à nos salariés », résume Alexandre de Juniac.

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