La rivière défigurée

Nous nous opposons à un projet de destruction de la rivière Dordogne par un projet d'infrastructures routières comprenant : 2 ponts, un pont rail, 3,2 km de bitume. Agissons ensemble lors d'un rassemblement d'opposition organisé samedi 18 août à Beynac.

Samedi 18 aout, je suis à Beynac-et-Cazenac à l’appel du collectif « Sauvons la vallée de la Dordogne ».
Depuis 30 ans, un projet de contournement routier du Village de Beynac existe. Il est aujourd’hui porté par le Conseil départemental de la Dordogne.
Evalué à 35 millions d’euros, son véritable coût si il devait être réalisé sera vraisemblablement du double, exclusivement à la charge du Département de la Dordogne, figurant pourtant parmi les départements les plus endettés de France.
Ce projet n’est pas le plus important ni le plus médiatique de ce que nous, les écologistes, appelons « les Grands Projets Inutiles et Imposés », les GPII.
Mais il est emblématique.
Ce projet révèle la folie d’un pouvoir politique qui s’acharne à sacrifier la nature et les paysages au nom d’une vision obsolète de l’économie, du progrès et de la modernité.
Cette nouvelle route implique la réalisation d’ « ouvrages d’art », dont deux ponts qui vont surplomber la rivière Dordogne dont la renommée est mondiale.
L’impact de ces réalisations sur la rivière sera important.
La vallée de la Dordogne sera irrémédiablement abîmée par cette réalisation.
Pourtant, des aménagements déjà réalisés sur la route actuelle qui passe par le centre de Beynac ont permis de supprimer les nuisances qui étaient jusqu’alors observées en été, liées à l’afflux des véhicules utilisés par les touristes.

Alors… Au nom de quelle logique, à Beynac ou ailleurs, les projets hérités d’un autre siècle continuent-ils à être défendus et réalisés?

Nous constatons chaque jours grâce à des études de plus en plus précises et fiables l’effondrement de la vie sur Terre.
En France et en Europe aussi, poissons, vertébrés, insectes, oiseaux disparaissent victimes des pollutions et de la disparition de leurs habitats.
Dans la Dordogne et alentour, des animaux se reproduisent, grandissent, se nourrissent. Chaque rivière de notre pays constitue un corridor de vie à la fois précieux et fragile.
La réalisation d’infrastructures de ce type modifie profondément la circulation de l’eau et l’eco-système. Par exemple ils favorisent la disparition des « bras morts », également appelés les « couanes », qui sont des lieux de fraie et de nurserie ainsi que des refuges pour de nombreuses espèces de poissons.
La vallée de la Dordogne, et singulièrement le site de Beynac, constitue également un paysage remarquable par ses reliefs, sa végétation, sa rivière bien entendu, mais aussi par son patrimoine historique.
On est dés lors sidéré par cet entêtement à vouloir dégrader ces espaces avec une nouvelle route.
Le contournement du village impliquera par ailleurs la fragilisation des commerces qui s’y trouvent. Comme souvent, il est à craindre que ce contournement appellera par la suite la réalisation d’une zone commerciale faisant le lit de la grande distribution.
C’est ainsi que partout en France, les zones rurales voient leurs bourgs et centre-bourgs mourir avec des emplois et des services publics qui disparaissent.
A Beynac comme ailleurs, ce « déménagement du territoire » que subit notre pays n’est pas acceptable.
En même temps qu’il tue la vie au sens propre en dégradant l’environnement, qu’il appauvrie les collectivités qui continuent aveuglément de vider leurs caisses pour ces « équipements » inutiles, il tue l’activité et la vie sociale dans les campagnes.
La métropolisation de la France combinée à des investissements d’infrastructures futiles drainent les territoires ruraux qui ne sont plus, aux mieux, que des endroits où l’on passe, mais plus des endroits où l’on vit.
Le Conseil départemental de la Dordogne dont, comme tous les départements de France, la principale compétence est la solidarité serait mieux inspiré d’utiliser ses millions pour renforcer les services publics de proximité, notamment en faveur des plus fragiles.
On critique souvent, et parfois à juste titre, les planifications brutales imposées aux territoires par le centralisme jacobin de l’Etat français ou par la technocratie européenne… En réalité, le mal est plus profond car en l’espèce, c’est bien le pouvoir politique locale qui souhaite imposer cette gabegie scandaleuse… Ce mal profond, c’est celui de considérer que la croissance à tout prix dopée par des aménagements routiers inutiles apporterait mécaniquement la prospérité et la modernité.
Rien n’est plus faux et notre civilisation crève de cette pensée magique.
Nos ancêtres avaient identifiée la vallée de la Dordogne comme un milieu riche de sa nature, incroyablement hospitalière à la vie. Ils s’y sont installé et y ont demeuré pendant des siècles en sachant jouir de ces richesses naturelles et de sa beauté.
Savoir voir et ressentir ce qui est véritablement précieux est éminemment moderne. C’est même là que réside la véritable modernité.
En revanche, miser sur toujours plus de routes, de dépenses publiques pour les construire en ignorant l’impact des destructions ainsi engendrées est une impasse et correspond à une vision ringarde du « développement ».
Nous savons désormais que le climat bascule et transforme peu à peu notre planète en brasier, que la faune et la flore disparait, que certains de nos territoires se désertifient accentuant les inégalités. Favoriser la route et défigurer une rivière n’est pas un choix politique anodin. Il contribue à son échelle à orienter notre société dans une direction que de plus en plus de citoyennes et citoyens refusent.

C’est pourquoi nous nous rassemblons à Beynac pour que la nature, la vie et les paysages soient protégés, pour que l’argent public ne soit plus gaspillé, et que l’avenir de la vallée de la Dordogne soit préservée au service de celles et ceux qui l'aime, y vivent aujourd’hui et qui voudront y vivre demain.

 http://www.non-au-massacre-de-la-vallee.com/2018/08/samedi-18-aout-2018-grand-rassemblement.html?m=1

David Cormand, Secrétaire national de EE-LV

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