Le 24 janvier, le système social français a besoin de toi!

En vue de la mobilisation de vendredi 24 janvier, j'ai envoyé un message aux collègues de mon lycée, voilà sa teneur. Pour le contexte, nous avons mis en place un comité de grève de l'éducation dans notre secteur, qui est très actif, et dont les actions obtiennent une large adhésion dans la population, mais les "activistes" restent minoritaires.

Bonjour à tout le monde,

 

Le système social français s'est mis en place au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Il est l'oeuvre, pour l'essentiel, du travail des membres de la Résistance, issus de nombreuses tendances politiques, qui partageaient le dégoût du fascisme et de l'horreur des guerres que celui-ci déclenche immanquablement. Ils partageaient également l'analyse selon laquelle la misère sociale portait le fascisme et la guerre comme la nuée porte l'orage, pour paraphraser Jean Jaurès.

 

Leur projet était donc de garantir, pour toute sa vie, une sécurité matérielle et psychologique à chaque enfant de France, afin d'éviter à tout jamais que les horreurs de la Seconde guerre mondiale ne se reproduisent. Au coeur de ce projet, qui a obtenu le soutien de toute la Nation, se trouve la Sécurité sociale, avec ses 4 branches:

- la famille (allocations familiales)

- la vieillesse (retraite par répartition)

- la maladie (assurance maladie qui rembourse les soins médicaux, finance les hôpitaux publics et verse un revenu aux salariés dans l'impossibilité de travailler pour cause de maladie)

- le chômage (UNEDIC créée plus tard, à la fin des années 1950).

 

C'est grâce à ce projet que nous avons bénéficié, pour l'essentiel de notre existence, de garanties rassurantes pour notre existence, telles, par exemple, que l'accès aux soins gratuits, ou presque, la certitude d'avoir un revenu durant nos périodes de chômage, la possibilité d'arrêter le travail quand notre corps n'en peut plus, que ce soit à cause de la maladie ou simplement de la vieillesse.

 

Ce modèle social a connu des difficultés durant les décennies qui viennent de s'écouler, notamment à cause du chômage de masse, mais surtout à cause de décisions politiques qui ont tari les sources de financement du système de sécurité sociale (à cause du fameux "coût du travail" en France).

 

Le gouvernement actuel utilise ces difficultés pour justifier la destruction pure et simple de ce modèle, car son projet politique est un effondrement de la dépense publique dans le domaine social: l'article 3 de la loi de financement de la Sécurité sociale, par exemple, met fin aux compensations financières versées (toujours en retard!) par l'État à cause des pertes de cotisations sociales provoquées par les innombrables exonérations de cotisation (à cause du fameux "coût du travail" en France).

 

Le gouvernement actuel s'en prend ouvertement au système de retraites par répartition, avec son projet de réforme contre les retraites:

- son projet de retraite par points, un système qui a appauvri les retraités en Suède et en Allemagne,

- son ouverture d'un régime spécial "riche" (au-delà de 10000€ de salaire mensuel, la cotisation vieillesse sur chaque euro touché sera divisée par 10!), qui crée, en plus, un trou de 4.5 milliards € dans les cotisations par rapport au système actuel

- son calcul sur toute une carrière qui valide la précarisation du travail et frappe les femmes en premier lieu, tout en diminuant notablement le niveau des pensions,

- il accomplit un tour de passe-passe sordide en diminuant de façon drastique les cotisations retraite sur les salaires que l'État verse, sans même augmenter les salaires nets, c'est à dire qu'il creuse sciemment le trou du régime de retraite

- il amorce la baisse des pensions pour tous les retraités en limitant arbitrairement la part de PIB consacrée aux retraites à 14%, alors que le nombre de retraités va augmenter

- il met tous les retraités dans l'incertitude de leur revenu par un vote annuel du Parlement pour la valeur du point

 

Oui mais...

 

Oui mais, ce modèle social français, qui fait l'envie des populations, notamment pauvres, du monde entier (regardez les films de Michael Moore, discutez avec les gens des pays que vous visitez...) est celui qui a empêché des millions de personnes de sombrer dans la misère, notamment durant leur vieillesse (la France est le pays européen où la pauvreté des plus de 65 ans est la plus faible).

 

Oui mais, ce modèle social français est celui qui a limité les effets de la dépression économique qui perdure dans les pays du Nord depuis la crise financière de 2008 (allez voir les effets sociaux dans nos pays voisins de la Méditerranée: reprise de l'émigration des jeunes en Espagne par exemple).

 

Oui mais, et c'est le plus grand mais, ce modèle social français fait la fierté des enfants de France, qui ne se sont jamais prononcé démocratiquement pour sa destruction. La majorité de la population est viscéralement attachée aux 4 branches de la sécurité sociale. L'offensive actuelle contre les retraites n'a aucune légitimité démocratique, seul 18% du corps électoral a validé le programme électoral du candidat Macron au premier tour de l'élection présidentielle (et je sais que certains s'en mordent les doigts!). Ce choix minoritaire ne peut pas s'imposer à toute la société.

 

C'est le sens, démocratique et social, du combat mené par des salariés, des retraités, des étudiants, des lycéens, engagés contre la réforme du système de retraite depuis le 5 décembre 2019.

 

Malgré les demandes, sous de nombreuses formes, que nous formulons, avec le soutien de la majorité de la population, le gouvernement refuse tout compromis, toute réelle négociation, usant cyniquement d'une politique de communication qui rend chaque jour plus opaque la teneur de son projet, ainsi qu'en jouant sur le pourrissement de la situation, en faisant le calcul que la grève nous coûte trop cher pour durer. Alors les grévistes sont moins nombreux, mais la colère demeure, la détermination à continuer le combat, sous d'autres formes parfois, se manifeste partout en France.

 

Ce vendredi, le projet de réforme contre les retraites est présenté au conseil des ministres, illustrant sa volonté de passer à tout prix, avec ce projet anti-social. Cette obstination anti-sociale et anti-démocratique atteint un paroxysme qui devient insupportable à la majorité des enfants de France, et poussera bien des électeurs vers le fascisme ou son ersatz du moment lors des scrutins de 2022. Le gouvernement envisage même de faire adopter son projet par ordonnances, étape ultime de l'autoritarisme législatif en France, qui a coûté son trône à Charles X en 1830 (oui, une révolution!).

 

L'heure du dernier coup de semonce solennel a sonné, cher-e collègue.

Que chacun ait des difficultés financières immédiates est bien compréhensible, il est évidemment bien plus difficile pour les plus précaires et les moins bien payés d'entre nous de se mettre en grève, mais si c'est envisageable, c'est le moment!

Si tu ne dois faire qu'une journée de grève, que ce soit celle-là! Rejoins activement le mouvement de celles et ceux qui défendent le bien-être du plus grand nombre, contre une poignée de milliardaires ou d'actionnaires qui touchent des dividendes sur le travail des autres.

Vendredi, rejoins activement le camp de l'optimisme et de la vie, rejoins activement le camp de la justice.

C'est une question de dignité, de justice sociale, bien sûr, mais aussi de démocratie.

 

TOUS, TOUTES EN GRÈVE VENDREDI 24 JANVIER POUR DÉFENDRE NOS RETRAITES ET LE SYSTÈME SOCIAL FRANÇAIS!

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