Sochaux : du passé ils font table rase

C’est la panique chez les supporters de sochaux. Selon une rumeur qui enfle, Peugeot aurait l’intention de céder le club à un groupe chinois (Ledus), par l’intermédiaire de personnes dont les faits de gloire dans le monde du foot laissent dubitatifs.Ledus est une société chinoise qui vend des Led, et qui ambitionnerait de bien s’implanter en Europe. Sommes-nous dans une situation où Ledus achèterait le club en échange de marchés avec Peugeot ? On n’en sait rien.

C’est la panique chez les supporters de sochaux. Selon une rumeur qui enfle, Peugeot aurait l’intention de céder le club à un groupe chinois (Ledus), par l’intermédiaire de personnes dont les faits de gloire dans le monde du foot laissent dubitatifs.

Ledus est une société chinoise qui vend des Led, et qui ambitionnerait de bien s’implanter en Europe. Sommes-nous dans une situation où Ledus achèterait le club en échange de marchés avec Peugeot ? On n’en sait rien.

Dans le canard local(1), deux noms associés à la reprise sont sortis :

Jean-Luc Witzel : ancien directeur sportif d’un rival, le Racing Club de Strasbourg, de Juin 2010 à Avril 2011. Le Racing sera mis en liquidation judiciaire en Aout 2011.

Mounir Jawhar : ancien agent de joueurs, avant de perdre sa licence pour raisons administratives. Il est pressenti pour être le futur directeur sportif du club.

Une reprise qui devrait donc plus aux carnets d’adresses bien fournis, plus qu’à des expériences concluantes de gestion de club de foot.

L’optimisme de certains supporters quant à l’issue de cette vente n’est plus de mise. Ça sent le sapin du côté du Bonal.

Il n’y a rien d’étonnant à cette situation. Mais certains continuent naïvement d’en appeler à la famille Peugeot pour sauver ce monument du football français et leurs émotions hebdomadaires.

On dirait des lensois attachés à leur bon Gervais Martel.


Mais Peugeot n’a jamais trahit :

Entre autres activités sociales, Peugeot crée le club en 1928. Très rapidement, il importe le football professionnel en France et créer le championnat de France.  Le site industriel lui, passe de 7500 salariés en 1930, à 15 000 en 1937. Le club est alors le meilleur de France. Il s’agissait pour Jean-Pierre Peugeot de « porter bien haut le fanion des automobiles Peugeot à travers la France au cours des rencontres qu'elle aura à disputer avec les meilleures équipes nationales » Le « rêvons plus grand »  de l’époque. 

Non seulement, les ouvriers pouvaient jouer au foot dans les équipes corporatives (et corporatistes ?) créées par le père Peugeot, mais ils pouvaient en plus admirer et encourager les meilleures joueurs français et internationaux du FC Sochaux.

Le paternalisme industriel de Mr Peugeot était bien généreux. Et ça marchait :

En 1936, le candidat sortant de la SFIO (socialiste) Rücklin, est battu par le candidat « Radical Indépendant » ….François Peugeot par 14500 voix contre 8400. Une bonne raclée en somme.

Mais le prolétariat peut être ingrat avec le patronat. Comme partout en France, des grèves éclatent dans l’usine. Peugeot répond avec ses armes : Mise en place de relations sociales, encadrement musclé et formé (à la psychotechnique, à ce qui deviendra le « management »etc.) et licenciement de syndicalistes récalcitrants.

Et François Peugeot de voter les pleins pouvoirs à Pétain en Mai 1940.  Paternalisme qu’on vous dit :

« Les idées de la Révolution nationale présente plus d’un point commun avec le paternalisme de la Maison Peugeot. (…) La France a reçu du maréchal Pétain ce triple et admirable mot d’ordre : Travail, famille, patrie. Nous souhaitons ardemment que chaque Français le mette en pratique. »(2)

Ce n’est que pour sauver son usine des bombardements anglais que la direction résistera aux nazis en ralentissant la production.

En 1945, pour bien marquer le coup, le stade de foot est rebaptisé du nom d’un haut cadre résistant déporté et mort en Allemagne : Auguste Bonal.

Ben ouaip, Peugeot, ce n’est pas Renault. De vrais résistants qu’on vous dit.


Ce qu’elle avait initié avant-guerre, la famille Peugeot va le déployer et le radicaliser après. C’est que les moyens se sont accrus : De plus en plus de voitures sont vendues (25 000 salariés sur le site en 1968), les profits s’accumulent. Les grèves sont dures et parfois violentes.

Heureusement, le patronat n'a jamais manqué de main d'oeuvre pour casser du syndicaliste et autre communiste.  Des anciens de l’OAS sont recrutés, la CFT fait le coup de poing contre les « gauchistes ». La discrimination syndicale est devenue une quasi institution (pratique qui est une marque de fabrique de l’entreprise : Peugeot est condamné pour la première fois par la justice en 1998).

Et quand ça ne suffit pas, Peugeot peut compter sur le Pouvoir. L’évacuation de l’usine le 11 Juin 1968 par les CRS se soldera par deux amputations et deux morts.

 

Sochaux, 11 Juin 1968 (Bruno Muel, Groupe Medvedkine, 1970) © Onada Expansiva redux

 Le centre de formation était devenu le nouveau faire-valoir du club et de l’industriel. Henry Blanchet, 49 ans, (4) et Pierre Beylot, tué par une balle de CRS, ne verront jamais les jeunes pépites qui en sortiront.

Pour Antoine Mourat (université de Franche-Comté), « Le football représente donc pour Peugeot un moyen de développer une certaine culture d'entreprise comme le résume cet extrait d'une publication de la firme : C'est le même esprit d'équipe qui anime les ouvriers, les contremaîtres, les ingénieurs ou les directeurs de l'usine… et les joueurs aussi qui défendent les couleurs de l'Equipe sur le terrain de football. Entre le travail créateur et le sport régénérateur, le FC Sochaux est devenu un symbole de fierté, commun à tous ceux qui, de près ou de loin, participent à l'activité industrielle de Peugeot. »(3)

Mais ceux qui participent de près ou de loin à l’activité industrielle de Peugeot sont de moins en moins nombreux. Près de 40 000 salariés allaient trimer à la Peuge en 1979. Ils ne sont plus que 12 000 aujourd’hui.

(A suivre)

(1) http://www.estrepublicain.fr/football/2015/03/10/football-rachat-du-fc-sochaux

(2) François Peugeot, in Le Trait d’union, Juillet 1941.

(3) http://www.wearefootball.org/hors-jeu/11/lire/peugeot-et-le-football/

 (4) J'avais fait une énorme erreur en oubliant la mort de Pierre Beylot. Merci aux amis de me l'avoir fait remarquer. Et excuse auprès de ceux que ça aurait pu choquer.

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