David Monniaux

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Billet de blog 1 janvier 2026

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Des terres tellement rares qu’elles sont introuvables

Un article dans Le Monde nous dit que l’IA est grosse consommatrice de terres rares. Mais il est bien difficile de retrouver la source scientifique d’où cette affirmation est tirée…

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Cela fait déjà un certain temps qu’on dénonce les coûts écologiques des industries du numérique. Les projets d’ouvrir ou rouvrir des centrales nucléaires pour alimenter en électricité des data centers géants fait frémir. Leur consommation d’eau de refroidissement pose des problèmes, alors que certaines régions manquent d’eau pour subvenir aux besoins de leur population et que le réchauffement climatique crée de l’incertitude. Par ailleurs, les matériels électroniques ont un fort coût écologique à la construction, souvent dépassant largement leur coût d’utilisation, notamment du fait de leur usage d’une grande variété d’éléments chimiques qu’il faut extraire du sol. Parmi ceux-ci, on trouve les fameuses terres rares.

Le 26 décembre dernier, le Monde publiait « Comment l’IA dévore la planète ». Un point de cet article m’intriguait : il y était dit que l’on trouvait des terres rares dans les GPU, c’est-à-dire les dispositifs de calcul utilisés pour l’apprentissage et la mise en œuvre des réseaux de neurones artificiels. Dans une section titrée « Toujours plus de terres rares », l’article dit :

« Pour tenter d’évaluer leur impact sur la planète, des chercheurs ont démantelé et broyé l’une des plus utilisées au monde, la Nvidia A100. Ils y ont trouvé plus d’une vingtaine de métaux différents, dont des terres rares : les GPU sont parmi les objets nécessitant la plus grande variété d’éléments chimiques. Sur une carte pesant 1,2 kilo, on trouve 48 % de cuivre, 6,2 % de fer ou encore 0,02 % d’or. »

Ceci m’a intrigué. Pourquoi des terres rares dans un GPU ?! Leur usage dans l’électronique, me semblait-il, portait sur la couleur dans les écrans, mais un GPU n’en comporte pas ; pour le néodyme, sur les aimants, notamment dans les moteurs, mais la documentation indique que la A100 ne comporte pas de ventilateur ; pour le cérium, pour certains polissages. Hélas, le texte de l’article ne comportait pas d’indication de l’étude d’où ces pourcentages étaient tirés, que j’ai donc cherchée sans succès. Heureusement, une version graphique de l’article comprend cette indication dans une légende de figure, et j’ai pu trouver l’article original sur arXiv (une plateforme de mise en ligne d’articles scientifiques, sans nécessairement que ceux-ci ne soient passés devant un comité de lecture). J’ai cherché les mots rare earths, neodymium etc. dans l’article. Ils n’y figurent pas. En revanche, on y parle beaucoup du cuivre, notamment dans le radiateur (la pièce de métal qui évacue la chaleur ; le cuivre est bon conducteur de la chaleur).

L’article original ne comportait pas le détail des analyses réalisées, qui était renvoyé à un dossier de supplementary material. J’ai consulté le résultat des analyses de broyats, on trouve effectivement une feuille donnant environ 48 % de cuivre, 6,2 % de fer et 0,02 % d’or ; mais aucune terre rare n’est mentionnée. J’ai cherché également sans succès des mots tels que neodymium ou earth dans le dossier. Comme je connais indirectement un des auteurs de l’article, je vais lui demander ce qu’il en est.

Quand un article de presse prétend s’appuyer sur une étude scientifique, retrouver celle-ci ne devrait pas être un jeu de piste. Nous sommes en 2025, cela fait 30 ans qu’il est possible de fournir un lien Web…

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