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Billet de blog 5 juil. 2011

A Hénin-Beaumont, la renaissance du PS n'est toujours pas à l'ordre du jour

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Le PS héninois est divisé depuis de longues années et semble bien parti pour le rester encore quelque temps, quoi qu'ait pu annoncer La Voix du Nord le mois dernier. Ces divisions remontent à l'élection de Gérard Dalongeville en 2001 et se sont aggravées à partir de sa réélection en 2008, avec le soutien de la fédération socialiste du Pas-de-Calais.
De 2001 à 2007, les Héninois ont connu deux groupes socialistes : celui, "historique", des socialistes restés fidèles à l'ancien maire Pierre Darchicourt et, après son retrait, à Daniel Duquenne et celui des "félons" de 2001 fidèles au nouveau maire Gérard Dalongeville que la fédération socialiste du Pas-de-Calais avait décidé de réintégrer contre l'avis des premiers.
Avec les élections de 2008, la donne s'est encore plus compliquée avec la formation de trois groupes socialistes distincts sur Hénin-Beaumont, avec tous trois des stratégies différentes :
- une section socialiste dite "radicale-socialiste", largement municipalisée, tenue par Jean-Pierre Chruszez et inféodée à Gérard Dalongeville, avec des gens comme Claude Chopin ou Pascal Macq,
- la mouvance socialiste de l'Alliance Républicaine, l'ancienne section PS "canal historique", autour de Daniel Duquenne, l'ancien secrétaire de section, exclu du PS avec ses amis après l'annonce en septembre 2007 d'un accord avec l'UMP pour constituer une liste contre Gérard Dalongeville dans une démarche anti-partis et anti-corruption,
- un groupe MJS autour de Pierre Ferrari, hostile à Gérard Dalongeville, mais pas convaincu par la démarche de l'Alliance Républicaine, qui a soutenu Marie-Noëlle Lienemann, participé au front républicain en tant qu'allié minoritaire critique avant de basculer franchement dans l'opposition à Dalongeville. Ce groupe MJS a ensuite constitué, avec le PC et le MoDem l'ossature de la liste Un Nouvel Elan pour Hénin-Beaumont aux municipales de 2009.
Les deux derniers groupes auraient pu et auraient dû travailler ensemble. Il aurait fallu constituer une liste commune au premier ou au second tour des élections de 2009 sur une base clairement rénovatrice et anti-corruption. Pierre Ferrari l'a proposé avant le premier tour et entre les deux tours, mais l'Alliance Républicaine lui a opposé une fin de non-recevoir qui a compliqué les relations entre socialistes des deux équipes.
En toute logique, après les élections de 2009, les socialistes héninois auraient dû chercher à se reparler. La fédération du PS 62 aurait dû inciter à la création d'une section regroupant la mouvance socialiste de l'Alliance Républicaine, la mouvance socialiste du MJS/Nouvel Elan et les socialistes de la section radicale-socialiste dissoute qui ne s'étaient pas compromis avec Dalongeville.
Deux ans après, La Voix du Nord nous annonce la renaissance d'une section socialiste à Hénin-Beaumont. De quoi parle-t-on ? En fait, le PS 62 va recréer une section avec la seule mouvance socialiste de l'AR, puisqu'Albert Facon explique qu'il ne doit pas y avoir "d'infiltration"... socialiste au sein de cette section socialiste. Amusant...
Comment en sommes-nous arrivés là ? En fait, il faut se souvenir qu'en 2009, Pierre Ferrari avait été désigné comme le chef de file du PS sur Hénin-Beaumont. Pour des raisons qui nous échappent, la fédération socialiste du Pas-de-Calais ne voulait pas de Pierre Ferrari comme tête de liste et lui a promis une place de numéro 3 sur la liste Mouton, un poste de premier adjoint, de vice-président à la CAHC et un poste de conseiller régional en 2010, des propositions que Pierre Ferrari a refusées, convaincu qu'il serait un meilleur candidat qu'Eric Mouton. Désavoué par sa fédération qui a hurlé au coup de force, Pierre Ferrari a été régulièrement investi par les instances nationales du PS. Martine Aubry elle-même a annoncé que le PS soutenait la liste conduite par Pierre Ferrari, humiliant au passage la fédé du Pas-de-Calais.
Mais Pierre Ferrari a été battu. Pour Catherine Génisson et l'équipe dirigeante de la fédé du Pas-de-Calais, il était hors de question de laisser une section socialiste se reconstituer autour de quelqu'un qui les avait défiés, d'autant plus que Pierre Ferrari n'était pas dans la tendance Aubry, mais dans la tendance Hamon. Rédhibitoire... Il était surtout hors de question de soutenir le vaincu des élections alors qu'on pouvait récupérer le vainqueur...
De plus, on a très viste assisté au refus de la majorité Alliance Républicaine de travailler avec ses partenaires républicains alors que tout le monde était demandeur d'un comité de coordination des républicains, voire d'une commission extra-municipale élargie pour redresser la ville. Non seulement, ça a été la fin de non-recevoir de l'AR sur ces deux points, mais en plus, on a assisté à une réconciliation de l'AR et des appareils du PS 62 et du MRC au moment où éclataient des affaires autour de la Vie Active, d'Adevia, de la Centrale foncière régionale...
Fin de non-recevoir d'un côté et retour "dans le système" de l'autre. Les socialistes regroupés autour de Pierre Ferrari et d'Alain Alpern, se sentant méprisés, ont adopté un ton de plus en plus critique jusqu'à se lancer dans une candidature dissidente aux cantonales contre le conseiller général sortant en réaction au rejet arbitraire de leurs demandes de réadhésion et de reconstitution de section.
Du côté de l'équipe municipale héninoise, on ne supporte pas les critiques et on ne veut pas entendre parler de Pierre Ferrari et d'Alain Alpern accusés d'être revanchards et ambitieux. On ne veut pas travailler avec eux, on ne veut pas de leur adhésion dans une section socialiste réunifiée, on ne veut pas d'eux sur une future liste aux municipales. En bref, c'est le rejet et la détestation. Difficile, dans ces conditions, de reconstituer une section socialiste...
Du côté de la fédération, entre une équipe municipale au pouvoir et un jeune responsable socialiste fier et considéré comme ingérable en raison de ses déclarations contre le "système PS" et la corruption, le choix a vite été fait de soutenir l'équipe municipale et de reconstituer le PS autour d'eux.
Le PS héninois en est là aujourd'hui et la réunion qui a eu lieu début juin à Courrières autour d'Albert Facon ne change pas grand chose. Si le PS local veut se remettre en ordre de marche, il lui faut un secrétaire de section et une équipe, mais statutairement, le secrétaire de section et son équipe sont élus par les membres de la section en assemblée de section. Qui fera partie de la section ? Les 138 socialistes qui ont soutenu Pierre Ferrari, qui ont vu leurs demandes de réadhésion bloquées et qui souhaitent rejoindre cette section et participer à l'élection d'un secrétaire de section pourront-ils voter ? Sinon pourquoi et sur quelles bases refuserait-on leur adhésion au PS ? Toutes ces questions, Catherine Génisson et Albert Facon n'y répondent pas. On est donc très loin d'une reconstitution d'une quelconque section socialiste unie. On s'orienterait plutôt vers une section PS pro-AR réduite, coachée directement par Catherine Génisson depuis la fédération.
Dans ce contexte, la campagne législative promet bien du plaisir : la mouvance socialiste de l'AR avec des gens comme Pascal Macq ou Marcel Germe feront campagne pour Albert Facon, qui, en échange soutient leur tentative de reconstituer une section PS pro-AR dont seraient exclus tous les socialistes du Nouvel Elan. En face, on voit mal Pierre Ferrari et Alain Alpern soutenir un député contesté, qualifié de député-godillot, ridiculisé pour sa propension à l'invective et la rareté de ses interventions à l'assemblée, dont les convictions socialistes seraient inversement proportionnelles à la superficie de sa villa dans le sud et qui tiendrait en privé des propos racistes, c'est du moins ce qui se lit sur certains blogs. Des assertions invérifiables, mais qui minent la crédibilité du député. En tout cas, il est certain que la conduite passée d'Albert Facon à la CAHC dont il a perdu la présidence lui vaut de solides inimitiés au sein des sections socialistes du secteur. Pierre Ferrari et Alain Alpern, vaccinés par l'expérience Mellick et l'expérience Dalongeville pourraient refuser de faire campagne pour Albert Facon.
Contrairement à ce qu'on a pu lire dans la presse, il n'y a donc, en réalité, toujours pas de renaissance en vue au PS héninois et il est certain que ce bordel ambiant ne fait que renforcer le FN...

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