Une Affaire en marge de l'Affaire

Une histoire dont j'ai entendu parler dans le cadre de mon travail, par un collègue officiant dans plusieurs entreprises : "La mère Bettencourt a fait déduire de ses impôts le don d'un faux bureau Ruhlmann au musée des années 30 de Boulogne ! Un article est en cours de rédaction, on dirait qu'on a pas fini d'en découvrir sur elle." Bon, je ne garantis pas l'exactitude de la retranscription mais l'esprit y est.

 

Depuis un peu plus d'un mois donc, j'attends ledit article. Je guette les journaux qui révèlent chaque jour de nouveaux détails sur l'Affaire, mais rien. Je furète donc sur le net à la recherche d'infos pour recouper les miennes. Il y a tout d'abord le site du musée en question, mais non, aucune trace du bureau. Mais sur le site de la ville par contre, dans le programme 2010 du musée on peut lire : "L’arrivée en mars au musée, grâce à la générosité de la Fondation l’Oréal, de l’extraordinaire Bureau crée par J.E. Rulhmann (1879-1933) pour E. Schueller, fondateur de l’Oréal." avec une belle photo pour l'illustrer. On avance.

 

Je m'informe un peu sur les déductions fiscales liées au don, j'avoue que ce n'est pas ma spécialité. Direction le site www.impots.gouv.fr, et voici ce que j'en sors : "Un seul plafond global (20 % du revenu imposable) et un taux de réduction unique (60 %) s'appliquent pour les versements (dons ou cotisations consentis sans contrepartie) [...] effectués au profit :

– d'œuvres ou organismes d’intérêt général, qui présentent un caractère philanthropique, [...], culturel ou concourant à la mise en valeur du patrimoine artistique (2), [...] (2) Les dons peuvent être effectués par le biais de souscriptions ouvertes pour financer l'achat d'objets ou d'œuvres d'art destinés à rejoindre les collections d'un musée de France."

 

Et finalement mon attente est enfin récompensée, je trouve l'article que j'espérais. Il ne figure pas dans les pages politiques ou actu de mes quotidiens ou magasines favoris, non (ou alors je n'ai pas bien cherché), mais dans un magasine de l'actualité de l'art. Soit, je le lis ; très bon article en passant, où il est question de don au musée, d'expertise demandée par L'Oréal, mais aussi de l'expert mondial réfutant l'authenticité (d'ailleurs j'avais entendu dire que ce même expert avait déjà signifié à la la firme de cosmétiques que le bureau n'était pas dû à Ruhlmann, mais passons...). Mais il n'est fait mention ni de Liliane Bettencourt (il s'agit pourtant d'un bureau ayant apparemment appartenu à son père) ni de la déduction fiscale entraînée par ce don.

 

Je m'étonne donc qu'il n'y ait pas eu plus d'écho à cet article, et surtout qu'une enquête plus en profondeur, dans le domaine fiscale et non artistique cette fois, n'ait été effectuée. Je sais qu'il s'agit certainement d'une goutte d'eau dans l'océan de la fortune de la milliardaire, mais de mon point de vue de simple employé touchant moins de 2000 euros par mois (comme la majorité des travailleurs français), 450 000 euros à déduire de ses impôts représente tout de même une somme astronomique!

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