Conclusion du Grand Débat malgré lui et sans nous

E. Macron a conclu malgré lui le Grand Débat et sans qu’il y paraisse, érigeant la cathédrale Notre-Dame au centre d’une France imaginaire dont elle serait comme le cœur vibrant et la raison de vivre.

E. Macron a conclu malgré lui le Grand Débat et sans qu’il y paraisse, érigeant la cathédrale Notre-Dame au centre d’une France imaginaire dont elle serait comme le cœur vibrant et la raison de vivre : « C’est l’épicentre de notre vie, c’est l’étalon d’où partent les distances, et d’où l’on se mesure depuis Paris ». Et toute Française, et tout Français se sentirait lié à ce monument quand bien même il n’y serait jamais venu. Jusqu’aux zones les plus périphériques du territoire, jusqu’à ceux qui sont les plus exclus, les plus « assignés à résidence » d’une misère qui leur colle aux basques comme de la glus, il n’y aurait qu’un seul pays réuni dans la perspective de rebâtir le sacro-saint monument meurtri par les flammes. Il n’y aurait qu’une France gravitant autour de la majesté de ce centre. Adieu rond-points éloignés et Gilets Jaunes trop bruyants, réunissons-nous autour du brasier ardent pour retrouver notre destin : « Et c’est sans doute une part du destin français et le projet que nous aurons pour les années à venir ». Et voilà repartie la litanie d’un pays en marche vers ce qui serait son projet de reconstruction : « Et nous rebâtirons, nous rebâtirons Notre-Dame parce que c’est ce que les Français attendent, parce que c’est ce que notre histoire mérite, parce que c’est notre destin profond ». Adieu clameurs de la rue et manifestants agités, il s’agit de rebâtir un monument qui pourtant n’a pas été détruit, dont juste la toiture s’est embrasée, dont n'a brûlé surtout qu’une charpente invisible. Mais il faut inviter au mouvement, au changement sans objet comme son prédécesseur, il faut du mouvement et un projet pour faire masse et surtout pour effacer la France qui dérange, la France réelle dont le corps est la géographie et que le pouvoir ne saurait voir car il croit avant tout dans un capital productif détaché de ce corps du territoire, il croit en ce capital productif qui est l’objet unique d’une foi froide et sans Dieu, faite de bilans comptables et d’équilibres budgétaires sans aucune perspective à long terme, il croit dans un centre qui serait le cœur imaginaire d’un pays irréel.

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