République(s)

À l’heure où seul domine une conception droitière de la République, un petit travail de définition conceptuelle s’impose.

Il y a au moins deux conceptions de la République, une République de gauche, une République de droite.

 

République de droite


La plus simple est la conception droitière d’un ordre républicain constituant une totalité effective exprimée par les lois et les signes identitaires de la Nation. Cette République trace un territoire symbolique précis qui porte en lui l’exigence que tous les individus se plient à ses règles, tout le monde doit entrer dans le moule Républicain comme dans un corps collectif. Cette République fait bloc, elle est une et impose à tous de s’agréger à l’ordre unaire qui la constitue. Cette République est en guerre contre tout ce qui ne se conformerait pas à son ordre, elle produit la fiction d’un ennemi intérieur pour s’assurer, se rassurer de sa solidité. Cette République prétend à l’universel mais n’est que globalisante, uniformisante, et donc anti-universaliste.

République de gauche


La conception de gauche ne définit aucun ordre de fait mais repose sur des principes de droit, les droits précédant les devoirs et les devoirs n’étant que l’exigence de faire respecter ces droits. Cette République demeure toujours à construire, nul ne peut en être l’ennemi ni s’en séparer puisqu’elle accueille toutes les personnes et tous les discours, qu’elle est fondamentalement inclusive, y compris de ceux qui s’opposent à ses principes et aux droits. Elle est un universel et inclusive de toute diversité. Elle est diverse parce qu’universelle et universelle parce que diverse.

Selon cette conception, l’idée même de séparatisme est une contradiction dénuée de sens. Selon cette conception,  il n'y a pas de lois de la République mais une ambition Républicaine d'établir des lois qui soient toujours plus adéquates aux principes qui les fondent. Selon cette conception, il n'y a pas d'ordre républicain, il n'y a pas une fixité des rapports sociaux à conserver mais au contraire des relations consenties entre des individus libres, non une autorité fixe accaparée par une minorité dominante mais un échange continu d'autorités inaliénables. Selon cette conception, il n'y a pas d'unité républicaine, pas de globalité unifiante mais une universalité résultant de la reconnaissance des diversités.

Discours dominant

Malheureusement il n’y a plus aujourd’hui que la conception droitière d’un ordre Républicain qui s’exprime aujourd’hui et à laquelle même des politiciens prétendument de gauche se rallient. Il n’est plus question que de tenue Républicaine, d’ordre Républicain, de lois de la République, d’unité Républicaine.

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