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Billet de blog 4 nov. 2011

La circulaire de la honte !

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Le 31 mai 2011, une circulaire sur l'immigration professionnelle a vu le jour par l'intermédiaire du ministre de l'Intérieur, de l'outre-mer, des collectivités territoriales et de l'immigration, Claude Guéant et du ministre du travail, de l'emploi et de la santé, Xavier Bertrand. Il s’agit alors une révision du 22 août 2007 pour « adapter les directives en matière d'immigration professionnelle aux changements enregistrés sur [le] marché du travail ».

DES CONTRAINTES TOUJOURS DES CONTRAINTES... PARCE QU'"ETRANGERS"

Son impact sur l’enseignement supérieur et la recherche n’est pas négligeable, bien au contraire. L’insertion des jeunes professionnels étrangers va se voir encore plus contrainte. Comme le rappelle la circulaire, le taux de chômage des étrangers non communautaires s’élèverait à 23% en 2010-2011. Si un tel chiffre est atteint c’est en raison d’un marché du travail dense et replié sur lui-même. En effet, arrêtons de repousser toujours en dehors de « chez nous » ceux qui veulent y travailler. Egalement, ce qui est d’autant plus ridicule et absurde c’est que pour obtenir le statut de salarié, les étudiants étrangers subissent déjà d’énormes contraintes ! Les chiffres répondent fortement à ces obstacles qui ne sont « républicains » que dans la bouche de ceux qui prononcent de telles inepties !

Le danger immense de cette circulaire est tout simplement l’immigration zéro en matière d’insertion professionnelle. Un petit florilège du contenu et de l’objectif de cette circulaire : « la procédure de changement de statut (étudiant demandant un titre de séjour professionnel) devra faire l'objet d'un contrôle approfondi », sous-entendu demande proscrite. L’Etat fonctionne selon un système de gestion économique et rationnelle des moyens humains, d’où l’important décalage et le grave faussé qui se creuse entre réalités économiques et besoins sociaux. Mais encore, « le fait d'avoir séjourné régulièrement en France en tant qu'étudiant, salarié en mission ou titulaire d'une carte ''compétences et talents'' ne donne droit à aucune facilité particulière dans l'examen de la procédure de délivrance d'une autorisation de travail » - comprendre dans ce cas ‘‘préférence nationale’’ et que seule la France a des individus compétents.

Comment, à la suite de telles mesures, rendre la France un pays attractif et accueillant pour les étudiant-e-s venant de l’étranger ? A défaut des étudiants étrangers, les travailleurs temporaires et saisonniers sont les bienvenus... Si cela n’est pas se moquer du monde et surtout une injure et de l’irrespect de la façon dont nos politiques considèrent les étrangers : ils ne coûtent pas chers pour un boulot bien contraignant que personne ne veut !

NON ! LA FRANCE N'EST PAS UNE NATION SUPERIEURE !

Concrètement, cette circulaire fait aboutir à quelle situation ? Prenons un cas possible. Par exemple, la communauté latino-américaine ou asiatique est particulièrement implantée dans le cursus universitaire de Lyon. Un-e étudiant-e ayant validé une double licence économie-sociologie (en trois ou quatre années d’études) puis faisant un parcours dans une "grande" Ecole de type Ecole Normale Supérieure ou Institut d'Etude Politique (deux années supplémentaires) n’aurait donc aucun avenir sur le marché professionnel ou de recherche en France ! Pourtant, l'étudiant argentin, brésilien ou japonais a peut-être envie de s'ancrer durablement en France pour des raisons qui échappent à la logique économique mais peut s'inscrire dans une dimension plus sociale et culturelle. Ce qui est critiquable c’est la raison plusieurs fois rappelée : « il convient toutefois de rappeler que les étudiants étrangers ont (…) vocation, à l’issue de leur séjour d’études en France, à regagner leur pays pour y mettre en œuvre les connaissances acquises ». Une fois encore, la France se croit, se pense supérieure aux autres nations, en particuliers les « sous-développées ». Que la politique est méprisante et méprisable finalement, tellement ces pays « en développement » ont à nous apprendre, plus que nous avons à leur apprendre ! Ne voyons-nous pas dans quelle situation nous avons mis le monde ? Alors soyons humble face à des pays qui ne demandent qu’une seule chose : exister pour ce qu’ils sont, avec leurs compétences (nombreuses !).

Pour citer Pascal Durand, porte-parole d’Europe Ecologie Les Verts, lors du communiqué de presse du 3 novembre 2011 : « Les étudiants étrangers, qu'ils retournent dans leur pays d'origine ou s'établissent temporairement ou définitivement en France, participent tous au rayonnement de notre pays. Ils sont un atout pour nos universités, notre économie et notre culture, et certainement pas un fardeau ou une menace. » Mobilisons-nous ! Pour cela vous pouvez signer la pétition.

Parce que l’étranger trop souvent stigmatisé n’est pas une menace mais une richesse pour notre société, accueillons le vraiment et faisons en sorte qu’il ne se sente pas « étranger ». Stop à la xénophobie !

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