Plaidoyer pour les éboueurs

Il ne sera pas question ici de technique de collecte des déchets, de négociations de couloir, de politiques communautaires... non, la volonté est de témoigner.

 

Un témoignage qui vient du coeur...

 

Témoigner d'un milieu dont nous méconnaissons les codes, dont nous pensons connaître ce que sont ces travailleurs et dont nous avons une vision erronée. Modestement, j'ai eu la chance de partager un bout de vie de ces hommes (rares sont les femmes présentes, il faut l'avouer) sur leur lieu de travail. Cela remonte alors à août 2009 à Lyon.

Lorsque j'en parle autour de moi et que l'on me demande comment cela s'est passé, je réponds toujours la même phrase, instinctivement : « une expérience formidable ». Pendant un mois, j'ai été stagiaire et travailler avec cette équipe a été une véritable école de la vie.

 

... pour rendre hommage à des hommes et des travailleurs hors pairs !

 

Pour beaucoup d'entre nous, les journées commençaient à 4h00 du matin. Le temps de s'habiller, de venir au point de service central, d'enfiler la tenue d'éboueur, puis d'aller attendre sur le bord de la route que le camion de ramassage vienne nous récupérer, la tournée commençait à 6h00. Mon but n'est pas ici de plaindre la condition des éboueurs mais de la défendre. De dire combien ces travailleurs sont courageux.

Je me souviens de A., un homme fourbu à son travail et qui donnait des leçons de vie : 20 ans de métier et toujours le sourire. Jamais de plaintes malgré les conditions difficile de l'exercice de leur métier. Il ne faut pas oublier qu'ils sont en permanence sur la route, vulnérables et exposés à toute sorte d'accident ; les odeurs ne sont parfois guerres agréables ; ils sont soumis aux conditions climatiques (pensez à la récente vague de froid... imaginez comme cela doit être difficile de faire son métier ainsi). Mais alors de beaucoup diront : « ce ne sont pas les plus à plaindre ». Je le redis, je ne plains pas ces hommes, je leur rends hommage car ils ne sont pas assez salués par la communauté humaine et urbaine que nous représentons.

 

Les réalités du métier.

 

Car j'insiste, même si ce métier d'éboueur n'est probablement pas le plus difficile, il n'est assurément pas le plus facile. Certes, aujourd'hui les poubelles sont vidées de manière mécanique avec un système de levage approprié mais cela n'empêche pas pour autant que la poubelle il faut aller la chercher ! Cela peut paraître anodin mais entre les allées d'immeubles jonchées de portes, les couloirs trop étroits, les poubelles qui débordent et clou du spectacle : les voitures garées obstruant le passage entre le trottoir et la route, ce sont des contraintes extrêmement pesantes lorsqu'elles ne cessent de se perpétrer.

 

Et pour tordre le cou aux idées reçues,

 

  • lorsque les éboueurs vont « au café du coin » boire un petit noir, une mousse ou peu importe, ce n'est pas pour ne rien faire... c'est tout simplement que c'est une obligation du fait que le camion doit se rendre à la décharge pour vider toutes les ordures collectées. D'ailleurs, on voit combien nous sommes des ultra-consommateurs et de grands gaspilleurs (tant de produits que d'énergie qu'il faut pour les produire...)

  • lorsque les éboueurs finissent leur tournée, oui, il n'est pas 20h00, mais ils n'ont pas volés leur départ de leur lieu de travail plus où moins vers 13h00, 14h00 ou 15h00 – selon la charge des tournées. Et croyez-moi, la fin de journée est fatigante, la dépense physique du matin pèse dans les jambes et dans les têtes. Ce temps de repos n'est pas de trop.

Et si... ?

 

Alors quand à Lyon une grève s'installe, au-delà des revendications (refuser la privatisation, augmentation de salaires etc.), c'est avec cœur que je soutiens ce corps de métier en manque de reconnaissance. Vous êtes-vous posé une seule fois la question de ce que serait nos villes sans nos éboueurs ? Avez-vous déjà imaginé les conséquences d'un non ramassage total et prolongé de nos ordures ?

 

Oui, les éboueurs remplissent une mission de salubrité publique qu'il convient de respecter !

 

A suivre : pourquoi je suis contre la "privatisation" de ce service public.

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