Lettre ouverte au Président de la Colombie, Juan Manuel Santos

L’accomplissement de l’Accord de paix : une condition pour assurer l’existence de la paix et des droits de l’homme en Colombie Novembre 22 2017

En tant que défenseurs des droits de l’homme, chercheurs universitaires et citoyens, nous voulons exprimer notre profonde inquiétude face à l’inaccomplissement de l’Accord de paix entre le Gouvernement de la Colombie et les FARC-EP, condition sine qua non pour assurer la paix et sauvegarder les droits de l’homme en Colombie.

Après plusieurs échecs, le Gouvernement et le mouvement guérillero, FARC-EP (transformé maintenant en parti politique, Fuerza Alternativa del Común), ont réussi á surmonter des énormes difficultés pour construire, signer et consolider une base juridique propre à un Accord de paix. Pourtant, l’insécurité généralisée régnante a crée un contexte où des leaders sociaux et des ex-combattants guérilleros ont trouvé la mort. De plus, la lenteur du gouvernement dans l’accomplissement de l’Accord, ainsi que sa négligence à l’égard des nécessités des habitants des zones affectées par le conflit, est devenue une menace contre l’opportunité historique de construire une paix stable et durable.

Depuis la table de négociation de La Havane on avait déjà annoncé que la sécurité de ceux qui revendiquent des changements dans la structure d’inégalités sociales du pays par la voie démocratique était une condition primordiale pour construire la paix. Néanmoins, les rapports de presse signalent que depuis 2016 plus de 186 leaders sociaux ont été assassinés. Pendant l’année en cours, il a été question de plus de 40 ex-combattants assassinés, ainsi que d’une augmentation de menaces et d’intimidations, ce qui a provoqué une situation d’incertitude dans ceux qui ont décidé de quitter les armes pour construire un projet politique par la voie légal. Ces cas de violence dans le Post-Accord servent d’alarme à l’égard de la possibilité de la répétition d’un génocide politique, comme celui commis contre les dirigeants de l’Union Patriotique, le parti politique qui a émergé au lendemain de l’accord de paix signé entre le gouvernement colombien et les différents mouvements guérilleros, les FARC inclus, en 1986. 

Nous voulons aussi souligner les dénonces des groupes de paysans et des communautés afro et indigènes à l’égard de la lenteur de l’Accord de paix. Cette situation met en danger la stabilité et la consolidation de la fin du conflit. Il est aussi préoccupant qu’il y ait de tentatives pour entraver la règlementation de la Justice Spéciale pour la Paix (JEP), mécanisme de justice transitionnel qui assure la vérité pour les milliers de victimes après plus de 50 années de conflit, ainsi que l’inclusion politique de secteurs historiquement exclus. À cette critique situation, il faut aussi ajouter la lenteur dans la formulation et implémentation des projets de développement agraire, le désintérêt concernant les actions comprises dans l’Accord visant l’amélioration de l’égalité de genres, la non-exécution de la construction de logements, d’infrastructure pour la gestion de services vitaux, comme l’eau et le services de santé, dans les Espaces de Réincorporation et de Capacitation, et la répression militaire envers des paysans dans les zones cocaleras où, selon l’Accord de paix, l’élimination volontaire avait été concertée.  

Des recherches universitaires, des rapports provenant d’organismes internationaux de droits de l’homme et des rapports des gouvernements qui ont fait face à des processus de transition après un conflit armé ou une guerre civile ont signalé que l’abandon des armes est seulement le début de la fin d’un long processus. Le retard dans l’accomplissement de l’Accord, un pari politique, social et économique de toute la société qui cherche à établir les bases suffisantes pour le développement des zones affectées par la guerre et qui assure l’inclusion politique des groupes et secteurs marginalisés, affaiblit la consolidation d’une paix stable et durable. 

Ce moment historique, auquel d’autres groupes guérilleros se sont joints dans des tables de négociation, émerge comme le plus important pour construire une notion de citoyenneté inclusive, pour ainsi protéger, respecter et assurer les droits de l’homme après plus de 50 années de guerre. Conscients de l’importance de protéger l’Accord de Paix comme l’une des conditions indispensables pour construire de la justice sociale et pour garantir les droits de l’homme en Colombie, nous faisons un appel au gouvernent colombien et aux organismes et gouvernements garants de l’Accord pour qu’ils exécutent des actions immédiates pour que cet Accord soit respecté. Seulement ainsi, le Nobel de la paix, remis au président Santos et aux colombiens qui n’ont pas perdu l’espoir d’une paix juste, aura un sens.

Pour signer la lettre suivre ce lien

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L'auteur a choisi de fermer cet article aux commentaires.