L'Afrique, un Continent à la dérive

Absence de l'Afrique dans les négociations sur l'Accord Euro-état-unien (TAFTA) ou réveil soudain des autorités centrafricaines pour dénoncer des pratiques de soldats étrangers sur leurs enfants et sur leur sol, et l'Afrique continue à sombrer.

de Djilali BENAMRANE

Plus d'un demi siècle après les indépendances l'Afrique ne cesse de s'écrouler dans un obscurantisme accepté par ses gouvernants labellisés démocratiques par la bien-pensence occidentale, ses élites dévoyées et ses populations accablées dans leur plus grande majorité par la misère et la désespérance. Il faut croire que les puissances coloniales, jadis fières d'être qualifiées d'impérialistes, continuent de dominer le monde, formatant les esprits acquis pour la pensée unique libérale : la supériorité des initiatives individuelles, privées, en compétition destructive, sur toutes construction à vocation publique, collective, solidaire, de coopération ou 'l'indépassabilité'' du capitalisme conquérant face aux expériences ratées du socialisme tel que pratiqué, des décennies durant, dans certains pays dits de l'Est et d'ailleurs.

Aujourd'hui, l'Union africaine qui ambitionne d'être ou de devenir un partenaire crédible de l'Union européenne dont elle est sensée s'inspirer, constitue en réalité un ensemble insignifiant, inconsistant sans vision ni leader, sans sources autonomes et suffisantes de financement de son fonctionnement, sans élites ni capacité médiatique d'expression commune.

Les débats en Europe sur les questions fondamentales qui naissent des discussions, discrètes sinon secrètes, autour de l'Accord transatlantique (TAFTA) qui instituera la liberté, la légalité et la sécurité des investissements, du commerce et instaurera la légalité d'alignement des normes sociales et environnementales dans les modes de production et de consommation sur l'ensemble euro-états-uniens, ne semblent pas s'intéresser le moindre du monde à l'impact qu'aura un tel Accord sur ce pauvre Continent. Un ensemble dont la classe dirigeante corrompue pour l'essentiel, est obnubilée par la course à l'enrichissement illicite. Les pays d'Afrique, du Pacifique et des Caraïbes (ACP) sont liés à l'Union européenne par des Accords multiples et variés (UE-ACP). Demain, lorsque le TAFTA sera signé entre l'Union européenne et les États-Unis d'Amérique les dispositions convenues entre ces deux ensembles s'imposeront de plein droit aux gouvernements et aux peuples de l'ensemble ACP qui n'auront, jusqu'à preuve du contraire, jamais été impliqués, ni de près ni de loin, à ces discussions et ne le seront même pas lors des étapes ultérieures de validation et d'adoption.

Le miracle avec l'Afrique, c'est que, à des moments inattendus et en des lieux peu probables, un pays africain des plus dociles à la tutelle coloniale d'autan, le Gouvernement de la République centrafricaine (RCA) se rebiffe et ose afficher un semblant de souveraineté en interpellant l'ancienne puissance coloniale, son pays protecteur, sur les agissement d'une douzaine de soldats français soupçonnés d'avoir abusé sexuellement des enfants, durant des mois, entre décembre 2013 et mai-juin 2014.Il aura fallu qu'un quotidien anglais, ''The Guardien'' daigne révéler le scandale pour que les autorités centrafricaines sortent de leur silence, probablement forcé et s'expriment pour regretter de n'avoir pas été concernées par les investigations menées sur leur sol et sur leurs enfants par les autorités françaises et onusiennes.

Les scandales ignorés ou avérés et les documentés de malgouvernance, de corruption, de complaisance, voire de complicité, dans les actes de pillage du Continent se multiplient. Très rares sont les médias d'Afrique, d'Occident ni même des institutions onusiennes qui en rapportent les faits et mènent campagnes pour leur dénonciation. Quant à la société civile au Nord comme au Sud, présentée comme le rempart, le contre-pouvoir, aux excès des gouvernants, sa bataille première reste sa survie, elle qui n'agit qu'aux ordres des sources de financement qui la maintiennent en vie et qui lui donnent les moyens d'existence et d'expression indépendantes.



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