La double déchéance du gouvernement de François Hollande

La déchéance de la nationalité a accaparé les débats politiques en France en ce début d'année 2016. L'impact des massacres commis à Paris en 2015 a généré un climat général de condamnation et une demande de sanction contre les auteurs. Les autorités ont profité de la situation pour sévire et dissuader dans l'avenir les actes du genre. les propositions sont-elles pertinentes, judicieuses, utiles

 

Une proposition du Collectif contre l’exception nationale

 Le national est au plus haut ; tout ce qui ne l’est pas, au plus bas. Le patriotisme d’État flambe. Premier ministre, parlement et partis, gauche et droite confondues, font campagne. A leur tête le Président, lui qui gouverne, marque une détermination qui, dit-on, le grandit. L’État, c’est lui ! Lui l’irrécusable responsable. Mais de quoi ?

D’une somme de décisions qu’il faut condamner

Prises dans la parure nationaliste du contemporain sous le nom usurpé « d’universalité nationale », elles vaudraient totalité. Une totalité nationale sans nation car la ruse nationale, cette paresseuse mastication pétainiste, née dans la somnolence d’une extrême-droite épuisée, ressuscitée il y a 30 ans par un autre président électoralement menacé, ne trompe que si l’Etat s’en sert. Reste de l’époque mitterrandiste quelques franches dispositions à la bassesse politique que l’actuel Président fait siennes.

 Quelles qu’aient pu être les apparences actuelles, les millions de gens descendus dans la rue en janvier 2015 n’ont nullement exigé du gouvernement un tel train de mesures nationalistes et guerrières. Or c’est au nom de ce premier et en vérité seul temps d’expression collective que le gouvernement légitime chacune d’entre elles aujourd’hui. Depuis novembre, sous le règne indistinct de l’état d’urgence, l’Etat agit seul, en écho d’une détermination elle-même solitaire, et traite la situation dans l’aire confuse, étroite et sans issue des partis. L’entre-soi gouvernemental devient le seul lieu de débat, la scène parlementaire et constitutionnelle son expression. L’exaltation de la solitude d’État mêlée d’ivresse nationaliste assure la posture et le maintien guerriers des partis.

 Le Président, de cet abri, mûrit et dispose les lois anti-étrangers aptes à trier et chasser les indésirables du moment : réfugiés, demandeurs d’asile, mineurs étrangers isolés, sous catégories d’étrangers de toutes sortes. Mais aussi bien, il décidera de dépêcher la police pour les retenir contre leur gré, judiciariser leur présence, les conduire directement en prison, les confiner dans des centres de rétention ou organiser leur relégation dans une grande variété de lieux dont la particularité est d’être indignes. Une loi promulguée à la hâte instaure un régime administratif d’exception censé être réservé à la traque des terroristes. L’ensemble fixe une totalité d’exception nationale conçue par un législateur, anti-étranger infatigable et primitif, qu’un droit nouveau arrange. La République est désormais l'Etat qui ne distingue plus le droit de son abolition. Cette réalité, voilée par la démocratie électorale est de moins en moins énigmatique. Le principe, lui démocratique, qui garantit l’établissement de droits égaux vacille. Sa réfutation d’État, sous le nom trouble « d’état d’urgence », qui n’est pas du semblant, se machine et opère ses effets.

 La déchéance nationale - 1 -

 La déchéance nationale, hautement symbolique aux yeux de l’Etat, concerne cette fois directement les français. En cela, elle est, en quelque manière, une exception proprement nationale dans l’exception anti-étrangère. Comment, en effet, une mesure à visée anti-étrangère peut-elle s’attacher à condamner des français ?

 La contradiction est forte. Au désespoir, sans doute, de ne pouvoir incriminer d’avantage encore les étrangers la politique d’exclusion nationale que nous apprenons à connaître s’attaque à des français. Lesquels le sont, de ce fait, et à leurs propres yeux, un peu moins. S’en suit que l’être étranger n’est plus loin et que déchoir un français de sa condition nationale s’avérera possible. A la disgrâce pénale succédera la déchéance nationale. La condamnation est double. La flétrissure véritable, le soupçon, unique. Prononçons-nous sur ce point : il faut être résolument opposé à la nationalité/suspicion.

 La nationalité est un fait, à certains égards banal, et non un droit. Le sol et le sang en sont les déterminants légaux et inaliénables. Les français ont par ailleurs des droits, qui peuvent leur être retirés, notamment à la suite d’une condamnation. C’est le fait judiciaire. Mais la nationalité, fait de sol ou de sang, est in-susceptible d’être retirée.

 Comme est un fait que les gens se déplacent et sont donc d'un lieu ou d'un autre. C'est le cas des réfugiés, des immigrés. Leur présence ne doit pas conduire un État à leur appliquer un droit restrictif, à toute force opposé au droit commun.

 Sortir la nationalité du banal est suspect. Surtout pour les nations assises, dont les frontières, depuis bien longtemps, ne sont plus contestées. D’autres pays, contaminés par la hantise nationale, ferment leurs frontières aux réfugiés. Au prétexte d’un « national » en quelque sorte mondialisé, un néo nationalisme actif et libéré, l’Etat autorise un revirement majeur. A l’évidence, au détriment de la nationalité ordinaire et pratique dont chacun doit bien se débrouiller. Sa restriction ou sa déchéance ne peux régler ce qui lui est hétérogène. Or, c’est bien ce à quoi s’attèle le gouvernement. La nationalité, érigée en vertu moderne, s’est muée en action d’Etat, en vérité nationale. Cet argument nouveau, lequel sans doute n’avait pas été entendu, parce que porté par l’extrême droite, se fraie ainsi un passage.

 Pour F. Hollande c’est la logique d’action qui compte. L’État doit être libre d’agir. L’Etat d’urgence doit être aussi aperçu comme une proclamation interne et, par un bord, comme une conviction. « Le seul arbitre des différends entre les citoyens, c’est l’Etat. Le seul responsable de l’ordre c’est l’Etat », affirmait Mitterrand en 1955, en pleine ascension de la guerre algérienne.

 Aujourd’hui, voyez comme ce commandement s’applique, et l’argument asséné par le Président et ses partisans rassemblés forme la troupe nouvelle et arrogante de la gauche élyséenne défendant, ici, la déchéance de nationalité pour tous, là, pour les seuls binationaux. Avec la nationalité instrumentée, malmenée et déchue souffle le vent mauvais et rauque de l’Etat contemporain.

 Pourtant, rien que d’ordinaire et commun pour la nationalité. Elle est attribuée, souvent de fait, par un Etat quelconque à ses habitants. Elle les identifie et rapporte formellement chacun à un collectif singulier dont il est rare de se défaire volontairement et dont, par ailleurs, ni la géographie ni la langue ne constituent le tout. Le collectif des nationaux n’a pas à être exalté par l’Etat, sauf à ce que ce dernier fasse valoir une bonne raison, elle-même amplement débattue, de réunir cette communauté historique exceptionnelle : par exemple le franchissement d’une frontière par un armée ennemie, lequel serait la manifestation patente d’une intention guerrière.

 La déchéance électorale et guerrière - 2 -

 La guerre, même moderne et sophistiquée, tue et manifeste par le sang versé sa modalité concrète véritable et à bien des égards invariable. La désignation des événements que nous connaissons, que l’Etat suspend à un bénéfice espéré, l’insinuant mobile d’une politique électoralement intéressée, travestit la réalité. La France mène froidement quelques guerres, plutôt des expéditions, partout à l’extérieur de ses frontières. Le terrorisme est leur réplique affaiblie, comme leur miroir. Aussi ces quelques guerres, dans leurs effets fondamentaux et désordonnés, sont-elles tout autant le résultat de menées extérieures intempestives que la nécessité d’en contrôler, dans l’urgence, les contrecoups sur le territoire national. Bref où est l’Etat ? Ici et là, nulle part et partout à la fois. Le fait même que l’Etat ne tienne aucune place, dans sa politique, prouve qu’il n’en tient pas dans le réel. Le premier devoir d’État est de servir le pays et non ce que le Président Hollande appelle « la guerre ».

 En conséquence, pour ce qui est des attentats ici, les polices ordinaires ou spéciales doivent rechercher activement les bandes qui s’adonnent aux crimes de masse et la justice les condamner, ce qui justifie nullement de malmener le droit et par conséquent les gens. Pour ce qui est des guerres et aventures extérieures, elles doivent cesser.

 Il n’y a pas d’autre voie.

 A la double déchéance du gouvernement de François Hollande au dernier rang d’une république sans grandeur car affranchie des règles de la justice, nous opposons un refus irrémédiable.

 Collectif contre l’exception nationale

 Lien : alain.jean6@wanadoo.fr

 

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