Mes poumons marchent malgré le feu

J'ai ressenti durant toute la semaine un mal de gorge léger et des sensations de picotement, chaleur assez inhabituelle mais je me suis dis que je travaillais du chapeau vu les nouvelles angoissantes. C'est là que tout commence, une sensation de brûlure, en particulier à l'expiration. Voici mon vécu en tant que porteuse du Covid.

Alors que je cherchais des témoignages de personnes ayant vécu les mêmes symptômes que moi (et ce n'est pas si évident), j'ai vu l'appel à témoignage de Mediapart. Voici mon propre vécu en tant que porteuse du COVID.

Les premiers symptômes, très légers, ont démarré le week end du 7-8 mars. Un léger rhume qui s'estompait le dimanche soir.

Lundi 9 mars
Un peu fatiguée mais comme je suis une maman solo de deux enfants, la fatigue c'est un peu mon pain quotidien.

Mardi 8 mars
Je suis au travail, je me sens un peu patraque et le soir une sensation de boule de chaleur au creux de la gorge comme si j'avais avalé un alcool fort. Je m'inquiète un peu mais je me dis que le climat ambiant y est pour beaucoup et que c'est certainement une angine. Après avoir appris qu'une personne du siège social de mon entreprise avait été diagnostiquée je me suis demandée si je pouvais me tester. Je ne me sens pas trop mal si ce n'est ce mal de gorge ...

Le relais santé de mon entreprise me confirme que seul le personnel médical ou les personnes déjà déclarées pour lesquelles un traitement doit être déterminé peuvent y accéder. J'ai l'air bien portante. Les directives gouvernementales ne sont pas claires et pas de message de la Direction autres que les Directives Hygiène classiques. Confinement pour les cas déclarés ou les personnes revenant de pays à risques.

Je me suis interrogée car je savais que même sans symptôme notable je pouvais être porteuse. mais vaille que vaille, la réorganisation en cours et l'arrivée de nouveaux collaborateurs me poussent à terminer la semaine (ce n'est sûrement qu'une angine !).

Vendredi 13 mars
Ma fille ne se sentant pas bien depuis la veille je suis en télétravail et ressent encore une fois de la fatigue. je me dis que je suis crevée et que je devrais lever le pied ce week-end. J'ai ressenti durant toute la semaine un mal de gorge léger et des sensations de picotement, chaleur assez inhabituelle mais je me dis que je travaille du chapeau vu les nouvelles angoissantes (pour préserver mes enfants en temps de crise je coupe télévision et radio devant mes enfants car je déteste le matraquage).

Samedi 14 mars
C'est là que tout commence, une sensation de brûlure, en particulier à l'expiration.
Ayé je suis malade mais pas de fièvre alors je me dis que ça va être un mauvais moment à passer.

Dimanche 15 mars
je suis très essoufflée et après avoir sorti mes enfants une heure en forêt afin de croiser le moins de monde, ça ne va pas. 

Barres dans le dos, douleurs thoraciques, impression qu'on me passe les poumons au lance-flammes. Ça brûle. Pas de fièvre (37.4)
Dimanche soir vers 22H ça ne va pas. je me sens comprimée, oppressée et je m'angoisse. je sais que je ne dois pas aller à l'hôpital ni appeler le 15 car je ne suis pas en urgence vitale mais je finis par craquer.

A 00h30 j'appelle le 15. J'attends longtemps. je me sens très gênée et je sais que je suis en train de coupler virus et crise d'angoisse. Rythme cardiaque qui s'emballe et ça coince. J'ai des points douloureux au dessus de la poitrine et je me sens un peu gonflée même.

J'ai l'impression de sentir chaque heure qui passe le virus s'enfoncer en moi, au creux des poumons. je me demande quoi faire. Si on m'hospitalise j'ai deux enfants. Que deviennent-ils si je ne suis plus là. Et je ne dois pas contaminer ma mère (j'ai perdu mon papa il y a 6 mois).

Je me sens très seule et perdue avec mes symptômes qui ne correspondent pas à ce que je lis.

Le médecin conseil du 15 semble las et m'affirme avoir reçu 2000 appels à ce sujet durant la journée. Il n'entend que mon angoisse et elle est notable. Et oui en effet je respire puisque je parle. Non je n'ai pas de fièvre. Ce n'est pas vital. Appelez votre médecin traitant demain. Bonne nuit madame.

Lundi 16 mars
La brûlure, l'impression de deux mains qui s'enfoncent en moi et des douleurs dorsales et thoraciques terribles. Je n'arrive pas à avoir mon médecin. Je finis en cherchant de l'info par penser à une copine qui est devenue pneumologue et qui travaille à l'hôpital. je lui dis que je me sens très perdue et le ton sec du 15 m'a refroidie. je n'ai pas de fièvre mais je respire mal. Elle me dit qu'il faut vérifier ma saturation et écouter mes bronches. Elle me conseille de venir aux urgences (ce n'est pas interdit !) si besoin et d'essayer de trouver un médecin de ville.

Mon médecin traitant décroche enfin ! RDV à 18H. j'arrive chez lui. Ma température est entretemps montée à 38.4, rythme cardiaque anarchique. Je me demande si mon médecin ne va pas juste m'envoyer à l'hôpital à la fin.

Et non ... saturation à 98%. Mes poumons marchent malgré le feu. Tachycardie en revanche qu'il estime être due à l'infection et la fièvre. Tout mon corps morfle.

Mais savoir que ça va aller. Que je respire. Qu'un médecin m'a répondu, je me dis que je vais y survivre.

J'ai une ordonnance pour une radio des poumons. J'appelle un centre de radiologie, deux centres, trois centres. Tous me disent fermer le soir même. Retrait.

Les radiologues qui sont sensés être du personnel soignant se retirent .. Merci aux radiologues de France !!! Et continuons de culpabiliser les personnes malades ...

Mardi 17 mars 
Durant la nuit la brûlure qui durait depuis le samedi s'éteint. Des mucosités et à présent compression. Comme si la cage thoracique était prise dans un étau. Je suis encore très essoufflée. Retaper un lit me laisse exsangue et sans souffle. Mon médecin me revoit pour vérifier : saturation à 99%. ma tension qui était de 13.7 la veille est tombée à 10.6. J'ai toujours 38.4. Mais j'ai l'impression que la fièvre qui a démarré la veille a un effet salvateur sur le virus. La douleur et sensation de compression vient de l'infection.

Mercredi 18 mars 
Douleurs dorsales toujours et là je me dirige plutôt vers des symptômes grippaux classiques (courbatures, fièvre et fatigue intense). J'ai l'impression d'avoir été passée à tabac mais j'ai déjà la sensation d'avoir récupéré du souffle. Je ne peux pas encore reprendre ma vie trépidante normale de maman mais j'assure le minimum même si je suis fatiguée.

Des maux de tête. Écrire ce texte m'a vidée.

À titre indicatif j'ai 39 ans, suis non fumeuse et ne souffre pas de pathologie particulière. Je ne prends aucun traitement médicamenteux. Et même comme ça je le sens passer. Je n'ose imaginer les personnes fragiles.

La leçon à retenir : j'avais cueilli avec un certain dédain cette psychose ambiante, ne cessant pas de vivre normalement, me refusant d'ajouter peur à la peur. 

Au final lorsque j'ai commencé à m'interroger il était sûrement déjà un peu tard et les tests n'étaient pas dispos sauf à faire partie d'une élite visiblement ou de cas très malades.

Je n'avais pas acheté de masques car je n'en voyais pas l'utilité et je considérais plus citoyen de les laisser aux personnels dédiés à la santé.

Mon médecin m'en a donné un à son arrivée au cabinet. je l'avais prévenu.

Aujourd'hui je comprends l'utilité du confinement même si je l'avoue c'est pesant et pénible. Mes symptômes et la maladie encore présente m'aident à entendre ces décisions qui ont tardé à être prises.

De l'avis de mon médecin généraliste, la France avait une semaine de retard sur le confinement et la mortalité du COVID en France allait certainement au lieu de rester à 0,5% de la population monter à 1,5 à 2%. Seul l'avenir nous confirmera ces chiffres.

Je ne suis pas allée voter car le message et son paradoxe étaient à mes yeux intenables.

Tout le monde a appris et apprend de cette crise inédite.

Si mon témoignage peut aider certains à comprendre et accepter le confinement et les symptômes de cette maladie...

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