En finir avec la culture du viol dans nos médias

La culture du viol est omniprésente dans notre société et les médias n'y font pas exception. Ses mécanismes sont perceptibles dans de nombreux domaines et discours, Déconstruisons Tou(rs) relève leur utilisation dans la presse de masse, dans la Nouvelle République, et s'indigne de voir que, depuis près de 10 ans, ce journal utilise et "glamourise" les violences sexistes et sexuelles pour vendre.

         Dans certaines pages de la Nouvelle République, la violence perd son nom entre deux procédés de minimisation. Les victimes ne le sont plus tellement, les agresseurs voient la violence de leurs gestes atténuée, presque justifiée à certains moments. L’impunité se fait amie du violeur tandis que la victime doit se contenter du blâme et de la négation de son non-consentement. Et tout cela, par les mots employés et les tournures de phrases dans de trop nombreux articles. C’est ce qui constitue aujourd’hui, dans la Nouvelle République mais aussi dans les médias en général, et plus encore dans toute la société, une culture du viol. 

 

            Le concept de « culture du viol » est né aux Etats-Unis dans les années 70 pour décrire un « ensemble de valeurs, des modes de vie et des traditions d’une société dans laquelle le viol et les autres violences sexuelles sont à la fois prégnant.e.s et toléré.e.s, avec un décalage entre l’ampleur du phénomène et l’impunité quasi totale des agresseurs (...) il inclut donc également les mécanismes et éléments culturels qui maintiennent ce décalage » (Noémie Renard, En Finir avec la culture du viol). Il met en valeur tous les composants culturels qui banalisent, minimalisent, justifient les violences. Autant de procédés qui stigmatisent non seulement les auteur.ices de violence mais aussi celleux qui les subissent, en confortant l’impunité de l’agresseur et en culpabilisant la/les victime(s). 

            Dans la Nouvelle République, cela passe par des métaphores inconcevables telles que qualifier « d’amants » une jeune fille de 12 ans et son violeur, une affaire qui d’après l’auteur de l’article « ressemblerait presque à une histoire d’amour » (article du 31 mars 2021, qui a été supprimé suite aux vives réactions des militant.e.x.s). Nous parlons ici de pédocriminalité. 

Article de La Nouvelle République, "St-Cyr sur Loire, il abuse d'une fillette de 12 ans et lui fait un enfant", 31/03/2021 Article de La Nouvelle République, "St-Cyr sur Loire, il abuse d'une fillette de 12 ans et lui fait un enfant", 31/03/2021

 

          Habitude courante de la presse sensationnaliste, les ressorts dramatiques sont constamment utilisés pour « romantiser » les faits, minimisant de facto leur réalité et leur violence, dépossédées par ailleurs de toute définition juridique. On ne parle pas de violences conjugales mais d’ « ultimes méfaits », les agressions sexuelles sont des « mains baladeuses » et le viol devient « la relation » entre « des amants qui séjournent à l’hôtel ». Cette dé-caractérisation banalise la violence comme action simple d’un récit qui n’a que peu de conséquence. 

Cependant, la culture du viol abîme et meurtrit. 

            Cette caractérisation des agressions sexuelles comme l’action de « main baladeuse » est, comme d’autres nombreux procédés, loin d’être nouvelle. En 2017, c’était « l’employé municipal qui avait les mains baladeuses », en 2013 « il avait les mains baladeuses sur une fillette de 10 ans ». 8 ans plus tard, rien n’a changé et les violences ne sont toujours pas nommées, désignées, reconnues.


Article de La Nouvelle République, 24/05/2013 Article de La Nouvelle République, 24/05/2013

 

            A cela s’ajoute un régulier victim-blaming comme cet article datant du 2 mars 2021 où la victime est moquée (« aux dépens de sa compagne, ou ex-compagne, on ne sait plus trop ») et montrée comme responsable des coups qui lui sont portés : « s’il se calme, elle replonge et lui ouvre la porte ». Un article datant du 16 mars inversait totalement les rôles en rendant la victime active dans une situation de violence, en l’occurrence de harcèlement sexuel, et l’agresseur passif : elle « a le malheur de choisir» alors que pour lui, ce sont « ces mains baladeuses » qui sont le sujet de l’action. 

Article de La Nouvelle République "Tours : des plaintes pour des mains baladeuses dans le tram", 16/03/2021 Article de La Nouvelle République "Tours : des plaintes pour des mains baladeuses dans le tram", 16/03/2021

       

         Dans l’article du 31 mars que nous évoquions auparavant, l’agresseur a le droit à un portrait de sa vie et de son état psychologique qui tend presque à légitimer ces actes. Après tout, il « cache des fêlures », porte en lui une certaine « douleur » due à sa situation familiale. 

         En quelques clics sur un clavier, voilà un viol justifié et un violeur laissé dans l’impunité. Clic. Clic. Voilà une victime niée, voilà des victimes piétinées.

            La banalisation des violences sexuelles et sexistes infiltre tous les pans de la culture, modèle en partie nos représentations, insuffle à nos comportements des actions/réactions misogynes, violentes et destructrices. La culture du viol abîme et meurtrit. Elle nourrit l’existence même des violences, entretient leur exercice et, par conséquent, porte une certaine responsabilité dans les souffrances subies par les victimes de violences sexuelles. 

        Depuis plusieurs mois (si ce n’est plusieurs années) les militant.e.x.s tourangeaux.elle.x.s interpellent le journal, via les réseaux sociaux notamment ou à travers les actions menées par les colleureuses il y a déjà 10 mois, en demandant à la rédaction de La Nouvelle République de porter un minimum d’attention aux propos qui sont tenus et d’arrêter d’entretenir la culture du viol. Que ce soit consciemment ou non, vous êtes lu.e.s par des centaines de personnes et nous ne pourrons pas faire évoluer les mentalités si vous entretenez constamment les racines d’un mal qui fait des dégâts dans toutes les couches de la société, incitant à la violence et à la dépravation. A La Nouvelle République ou à tous les autres médias présents dans nos sociétés actuelles, nous demandons donc à chaque journaliste de remettre en question ses habitudes d’écriture pour arrêter de nourrir cette culture du viol qui nous tue.

Déconstruisons Tours (@deconstruisons.tours sur instagram)

Collectif féministe, intersectionnel et inclusif de lutte contre la culture du viol, les stéréotypes et la discrimination

Stop Harcèlement de Rue Tours

Association de lutte contre le harcèlement de rue

MeTours

Association de sensibilisation et de prévention autour de la thématique du harcèlement de rue

 

Ouvre Les Yeux Tours (@ouvrelesyeuxtours)

Collectif de lutte contre les agressions et le harcèlement dans l’espace public 

Le Centre LGBTI de Touraine

Association LGBTQIA+ à Tours

Nous Toutes 37

collectif féministe engagé contre les violences sexistes, sexuelles, économiques, psychologiques, verbales et physiques faites aux femmes et aux minorités 

Préparez vous pour la bagarre (@Preparez_vous_pour_la_bagarre)

Compte militant de lutte contre la culture du viol et les propos discriminants

Actions Féministes Tours 

Collectif tourangeaux de collages et d’actions militantes

Les collectifs de colleureuses de : Aix-en-Provence, Angers, Annecy, Annemasse,  Aubervilliers, Avignon, Belfort, Bordeaux, Boulogne, Clermont-Ferrand, Grenoble, Laval, Lizy, Le Mans, Marseille, Montbrison, Montluçon, Mulhouse, Nancy, Nantes, Nîmes, Périgueux, Poitiers, Rouen, Saint-Brieuc, Saint-Etienne, Strasbourg, Toulouse, Tulle, Vienne (@collages_féministes_ville)

Collectifs de collages répartis dans toute la France

Stop Fisha 

Association de lutte contre les cyberviolences sexistes et sexuelles

Soror Poitiers, 

Collectif féministe radical, intersectionnel et inclusif

 

Les Soeurs d’Olympes (@les_soeurs_dolympe)

Association féministe accompagnant les femmes victimes de violences à Annemasse



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