Ne passez pas à côté de « Passade »

Avec son premier film en tant que réalisateur, le producteur Gorune Aprikian livre dans « Passade » un conte pour adulte subtil et envoûtant sur la quête de l’amour. En salles le 9 août.

Un événement rare se produit aux premiers plans de « Passade » : nous voyons le Canal Saint-Martin se vider, cela n’arrive que tous les quinze ans. Il faut aller jusqu’au bout du film pour comprendre que ce qui se passera dans la chambre d’hôtel donnant sur le canal est tout aussi rare. Puisque « Passade » passe par la vidange des sentiments pour séduire l’autre.

Fanny Valette et Amaury de Crayencour Fanny Valette et Amaury de Crayencour
Après ces quelques images du canal, Aprikian nous mène dans le huis-clos de la chambre d’hôtel où les deux protagonistes, Vanessa/Alex et Paul, interprétés avec justesse et brio par Fanny Valette et Amaury de Crayencour, font l’amour. Nous resterons comme témoins cachés dans cette rencontre de solitudes qui débute avec le sexe, inversant toute logique à la conclusion habituelle d’une rencontre amoureuse.

Une fois le sexe hors jeu, l’intrigue du film peut commencer : assouvir sa solitude et son besoin d’amour. Pour ce faire, Paul, homme-enfant, simulera les sentiments comme Vanessa simulera (ou non) son plaisir. C’est d’ailleurs ce qui travaillera Paul le plus tout au long de la nuit: a-t-il réussi à la faire jouir ? Vanessa se protègera de cet acharnement sentimental imprévu jusqu’au moment où elle baissera les armes pour devenir Alex. Et justement à ce moment que Paul la blessera le plus ; car il ne peut s’empêcher de combler avant tout son besoin d’être aimé, comme d’antidote (ou même de vengeance ?) à sa femme adultère et sans amour.

C’est donc Vanessa, puis surtout Alex qui nous touchera le plus, par sa fragilité, par sa sincérité et son dépourvu en face d’un « gentil manipulateur ». Comme elle, on y croira presque, à cet homme qui soulagera sa solitude. Quand il lui dévoile son malheur conjugal, elle tombe dans le piège et ose espérer, dépourvue à présent de son bouclier.

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Ce qui nous a séduit et troublé dans « Passade » sont les différentes couches de lecture que nous propose Aprikian. Légèreté, humour, puis fragilité, dépourvu, les personnages nous dévoilent tout ce que nous craignons en nous-mêmes, mais que nous ne cessons de reconstruire dans chaque rencontre amoureuse. Ce qui se passe dans cette chambre d’hôtel nous conduit à revisiter nos propres sentiments. Peut-être inconsciemment, le réalisateur dévoile également son côté féministe, ne serait-ce que par sa volonté de comprendre et de favoriser la sincérité et la force des femmes. L’usage de l’image au format cinémascope aide à éviter le piège du film théâtral, tout en nous plongeant dans la réalité de l’histoire, somme toute, fictive. L’exercice de style qu’utilise Aprikian contribue également à impliquer le spectateur dans, tour à tour, les rapprochements et les reculs émotionnels des protagonistes.

Avec « Passade », le producteur Gorune Aprikian réussi sa conversion à la réalisation et nous donne envie de le suivre dans cet exploit. Si vous cherchez la perle rare de l’été parmi tous les blockbusters et films pour enfants qui dominent les salles de cinéma, « Passade » vous surprendra : le film décortique le besoin d’être aimé de tout un chacun avec une légèreté presque paradoxale à sa subtilité, sa précision et sa profondeur.

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