Nouvelles manifestations, nouvelles violences

Istanbul, 21 juin 2013Alors que le Gezi Park est fermé au public, protégé par une armada de policiers, les citoyens stambouliotes continuent leur contestation par de nouvelles formes d’expression. Nous avions déjà évoqué la vague des « hommes debout », qui, tous les jours, à toute heure, s’immobilisent pour exprimer la suite de leurs revendications. A chacun sa requête, mais l’essentiel reste néanmoins dans une protestation de M. Erdogan et de son pouvoir répressif.

Istanbul, 21 juin 2013

Alors que le Gezi Park est fermé au public, protégé par une armada de policiers, les citoyens stambouliotes continuent leur contestation par de nouvelles formes d’expression. Nous avions déjà évoqué la vague des « hommes debout », qui, tous les jours, à toute heure, s’immobilisent pour exprimer la suite de leurs revendications. A chacun sa requête, mais l’essentiel reste néanmoins dans une protestation de M. Erdogan et de son pouvoir répressif.

Une autre forme de manifestation s’est aussi répandue depuis la « fermeture » du Gezi Park. Dans 35 autres parcs d’Istanbul, ainsi que dans plusieurs parcs des autres villes, les citoyens se retrouvent tous les soirs pour discuter de la poursuite de l’action.

Lors d’une telle manifestation à Yeniköy (quartier ouest d’Istanbul) hier soir, les participants ont été d’abord inquiétés dans le but de leur faire quitter les lieux. Ensuite, vers 22h00, un groupe mené par Engin Cevahiroglu, le « muhtar » (maire de village) de la bourgade, a demandé aux manifestants de quitter le parc, en ordonnant à « ceux qui n’habitent pas Yeniköy de ne plus venir chez eux ». Les protestataires lui ont courtoisement proposé de participer au débat mais, quelques minutes plus tard, les supporters de l’élu local ont commencé à attaquer le groupe pacifiste. Voici quelques témoignages :

« Je rentre du parc de Yenikoy. Un groupe de jeunes gens a effectivement attaqué les manifestants. Le maire ayant exprimé sa volonté d’ériger une mosquée, le groupe a écouté ses arguments paisiblement. Vers la fin du débat, des jeunes venus dès hier pour nous expulser du parc ont déchiré leurs tee-shirts et commencé à tabasser les hommes présentes,  mêmes  entourés de leurs femmes et de leurs enfants. Moi-même, j’ai été menacé d’être pendu par les pieds et tabassé. D’être tué aussi. Nous avons pu sortir du parc grâce aux amis venus nous secourir de Sariyer (quartier voisin  d’Istanbul) ».  V.V.

Un autre témoignage : «  L’arrivée du maire et de son entourage a  d’abord commencé un débat calme et pacifique entre les deux parties. Ensuite, vers 23h00, alors que nous nous apprêtions à quitter le parc, le groupe entourant le maire s’est multiplié. Ils ont répété qu’ils ne voulaient pas nous voir dans le parc  le lendemain soir. Nous leur avons demandé le  pourquoi et en réponse,  la violence s’est déclenchée : « Vous n’êtes pas de Yenikoy. Vous êtes venus ici en suivant les Rums (Grecs de Turquie) ! Vous ne voulez pas de mosquée ici. Allez ailleurs si vous tenez tellement à avoir un parc ». Ils nous ont traité « d’ennemis de l’Islam, ennemis de lieu de culte ». Nous nous sommes sauvés, les slogans et les propos du premier ministre prononcés lors de ses meetings retentissaient derrière nous. Quelle honte ! ». G.D.

Que veulent les citoyens dans les parcs ?

Les forums des parcs sont tout simplement une nouvelle forme de manifestation, qui se revendique de la démocratie participative et directe. Fort de l’enthousiasme et de l’expérience des manifestations précédentes, les citoyens veulent s’exprimer, s’écouter, débattre, proposer. Ces débats pacifistes sont pour l’essentiel menés dans un climat de respect total des habitants des quartiers où se tiennent ces réunions, sans slogans, sans applaudissements. Ils ont même créé leurs propres codes de communication, qui rappellent la langue des signes. 

Tous les soirs à partir de 21h00, un secrétariat bénévole note toutes les propositions, les conclusions des débats et les revendications. Ceux-ci sont ensuite postés sur un nouveau blog, intitulé « parklarbizim.blogspot.com » (traduction : « les parcs nous appartiennent »).

Le danger : la récupération de certains débats par des groupes nationalistes. Les conséquences: la mise en danger le processus de paix avec les Kurdes du PKK. La volonté de paix avec les Kurdes reste le grand absent de tous les débats. (Ce sera le sujet d’un autre texte)

Hier, nous avons essayé de rentrer dans le parc Gezi, qui reste toujours fermé au public. Le « chef » des policiers sur place nous a dit que nous devions patienter au plus tard jusqu’à samedi, « car les travaux de la municipalité continuent pour le ravalement après les émeutes ». « Les familles pourront se promener dès samedi matin, annoncez la bonne nouvelle autour de vous ! », nous a-t-il réclamé. « Dites aussi à vos amis que la mairie a planté 100 nouveaux arbres dans le parc ! ». Quand nous leur avons demandé où ils avaient planté les nouveaux arbres, en soulignant qu’il n’y avait pas beaucoup de place pour ceux-ci, le chef nous a dit « qu’il y avait suffisamment d’espace libre et que tout sera plus clair une fois le parc ouvert ».  Nous attendons donc de voir si cette « initiative verte » de la municipalité ne dissimule pas un motif d’arboriser tout les espaces verts là où les jeunes manifestants avaient planté leurs tentes, pour empêcher un « Occupy Gezi bis ».

Ce soir, une forte manifestation est attendue à Yeniköy. Nous y serons. Non pas pour provoquer de nouveaux affrontements, mais au contraire pour montrer que nous sommes tous solidaires avec les citoyens qui ne demandent qu’à se faire entendre, silencieusement et pacifiquement. 

Voici les codes des signes à adopter lors des réunions de parcs pour ne pas déranger les riverains :

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1. J’approuve/Applaudissements                                  

2. Je refuse                                   

3. Accélérez SVP

 

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