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Billet de blog 3 nov. 2017

Adam & Eve: faut-il croquer dans la Pomme de l’Amour?

A peine croque-t-on la pomme de l’amour que les « pépins » commencent. Il paraît que c’est à cause d’Eve tout ça… Mais que signifie le symbole de la pomme ?

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A peine croque-t-on la pomme de l’amour que les « pépins » commencent. Il paraît que c’est à cause d’Eve tout ça… Mais que signifie le symbole de la pomme ?

Dans la tradition chrétienne de la création, on apprend que Dieu va créer l’homme et la femme. A partir de la côte du premier il va tirer la seconde.[1] Adam et Eve sont au Paradis. Dieu leur interdit de toucher au fruit d’un arbre bien précis mais Ève va tenter Adam et lui faire commettre l’interdit. Dieu constate leur péché et décide de les expulser de l’Éden et de les mettre sur terre. Leur péché s’hérite de génération en génération. L’homme devra attendre la venue de Jésus pour racheter les péchés de l’humanité. Dieu a tellement aimé les hommes qu’il s’est fait homme lui-même et qu’il s’est sacrifié pour racheter leurs péchés.

La pomme est devenue le symbole du péché originel. D’où vient cette idée de pomme alors que la Genèse n’évoque que « le fruit de l’arbre défendu » ?

Cette erreur et ce glissement de sens a sans doute plusieurs origines : l’influence de la mythologie grecque ainsi que les traductions de la Bible vers le grec et le latin. Par exemple, dans la traduction latine, le terme « arbre » (malus en latin) désigne aussi bien un arbre « mauvais », c’est-à-dire interdit, qu’un simple pommier. Les mots « pomme » (« malum ») et « mal » (« malus ») sont presque identiques.

Toute une série de glissements et d’idées vont se diffuser :

  • Le fruit défendu, c’est la pomme.
  • La pomme symbolise : la connaissance, le plaisir ou l’acte sexuel, et l’amour. « Croquer la pomme », donc commettre le péché, c’est tout à la fois chercher à connaître le monde, à prendre du plaisir sexuel et à cultiver l’amour dans son couple. Connaître est un péché car cela constitue une concurrence et une révolte contre Dieu qui doit être le seul à connaître. Aimer sa femme, prendre du plaisir avec elle est un péché : le mariage est un moindre mal, du coup on se marie mais sans s’aimer et sans chercher à prendre du plaisir.
  • Eve – la femme – est La Tentatrice par excellence, car c’est elle qui a fait tomber Adam dans le mal.
  • Toucher à cette pomme est le péché originel d’Eve et d’Adam qui s’hérite de génération en génération.

A la Renaissance, des peintres vont peindre la fameuse scène du péché originel. Influencés par la mythologie grecque et par les erreurs de traduction qui ont popularisé une certaine image de la scène du péché, ils vont donner au fruit sans nom du Paradis une forme et un nom : la pomme.

C’est ainsi qu’au fil des siècles, dans la civilisation occidentale, la pomme est devenu un symbole de la connaissance, de l’immortalité, de la tentation, de l’acte sexuel, de l’amour, de la tentation de la femme, de la chute de l’homme et du péché.

La légende populaire raconte que le larynx dans la gorge de l’être humain, c’est « pomme d’Adam », c’est la trace du fruit défendu dans la gorge de chacun d’entre nous.

Dans la culture occidentale moderne, à chaque fois que l’on fait une découverte ou une invention, on l’associe à la pomme. Comme si découvrir, inventer, connaître sont des actes de transgression.

Ainsi, par exemple, lorsque les tomates sont introduites en Europe, on les appelle des « pommes d’amour ».

En science, on raconte qu’Isaac Newton découvre la loi de la gravité après avoir reçu une pomme sur la tête pendant sa sieste au pied d’un pommier.

En informatique, Apple est le nom donné aux premiers ordinateurs fabriqués par l’entreprise du même nom.

De nos jours encore, les publicitaires jouent sur le symbole de la pomme et de l’interdit pour vendre un produit. Avec la mondialisation, le symbole de la pomme se diffuse dans toutes les sociétés.

De façon plus générale, transgresser l’interdit est une bonne chose et le diable est associé au génie, au courage de connaître, d’inventer, d’aimer et de prendre du plaisir.

Prenons l’exemple du film Star Wars. C’est une belle illustration de la façon dont le diable agit pour pousser l’être humain à commettre le mal. Anakin est un Jedi qui œuvre pour le Bien, du côté de « la Force ». Une histoire d’amour le lie à Padmé. Ils attendent un enfant. Anakin fait un rêve : il voit sa femme mourir au moment où elle enfante. L’empereur Dark Sidious a très bien saisi la peur d’Anakin. C’est sur cette peur qu’il va agir pour le faire basculer du côté obscur de la Force, du côté du Mal. Il lui fait croire qu’il pourra acquérir le pouvoir de sauver Padmé de la mort à la seule condition de rejoindre le côté obscur de la Force. Dark Sidious pousse à commettre l’interdit à Anakin et lui promet la vie éternelle pour sa femme, de la même façon que le diable pousse Adam et Eve à goûter le fruit de l’arbre défendu en leur promettant la vie éternelle. Mais Star Wars est un film où se joue la version moderne du péché originel : rejoindre le côté obscur de la Force – le mal – a plus d’attrait et de valeur que de continuer d’être au service de la Force. Sur le plan commercial, on a vendu surtout des masques noirs représentant Anakin lorsqu’il a rejoint le côté obscur de la Force. Le personnage d’Anakin ou de maître Yoda, comme défenseur de la Force – du bien – ne s’est pas beaucoup vendu commercialement. Ce film transmet bien l’idéal moderne : transgresser, faire le mal, ça rend plus fort que de faire le bien.

Dans le couple, le plaisir sexuel est associé au plaisir que fournit l’acte interdit. Le cinéma offre des films « adultes », pour les grands. Quand on a moins de 18 ans, on est « petit », on n’a pas le droit de regarder ces films. Le cinéma joue sur le désir de transgression et montre comment devenir « adulte ». Dans l’industrie de l’imaginaire érotique, cultiver les interdits sexuels faire le mal, ça fait du bien. Autrement dit, on prend plus de plaisir en croquant la pomme des interdits sexuels qu’en cultivant une sexualité respectant quelques interdits…

Dans le couple toujours, l’amour est ressenti comme une transgression contre la religion. En ce sens, Denis de Rougemont, dans on essai historique sur L’amour et l’occident, définit le mariage comme un pur acte d’engagement sans amour. L’amour n’est pas compatible avec le mariage. L’amour et le plaisir sexuel sont, en quelque sorte, un péché. Le mariage est un moindre mal. Il accuse les cathares musulmans d’avoir influencé la culture chrétienne en introduisant l’amour courtois qui va s’opposer au mariage chrétien qui se vivait comme un engagement sans amour, destiné simplement à faire des enfants.

D’ailleurs, pendant des siècles, le monde musulman est perçu par l’occident comme étant animé d’une religion beaucoup plus libérale voire « libertine » qui valorise l’amour et le plaisir sexuel dans le couple.

En conclusion, le récit de la création, d’Adam, Eve et la pomme, loin d’être une simple histoire, façonne notre façon de voir, de ressentir et de vivre : la quête de connaissance, la créativité, le mariage, l’amour et le plaisir sexuel…

L’occident chrétien a longtemps cherché à dissuader de transgresser en « croquant la pomme ». L’occident moderne va valoriser la transgression de l’interdit. « Croquer la pomme », c’est désormais une belle chose : c’est même la condition pour connaître, pour inventer, pour aimer, prendre du plaisir.

Quelle vision l’islam offre-t-il du récit de la création, de ce que symbolise « le fruit défendu », de l’interdit, de la connaissance, de la responsabilité de l’homme et de la femme dans le mal, de l’amour, du mariage et du plaisir sexuel ? C’est ce que nous verrons lors d’un prochain article…

Note :

[1] Genèse 2 : 23.

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