Démocratisons la pratique du squat

A l'heure où des milliers de plasticiens, comédiens, intermittents vont se retrouver à court de ressources, suite à la crise du Covid-19, il devient urgent pour les artistes de se réunir et de fonder des collectifs pour squatter des immeubles, partout dans les grandes métropoles, afin de gagner de l'espace et du temps, et afin de lutter également contre les prix exorbitants de l'habitat.

Démocratisons la pratique du squat !

Soyons francs : les secteurs du théâtre, des arts plastiques, des concerts et des performances vont être terriblement impactés par la crise du Covid-19.

Les normes sanitaires qu’il va falloir respecter pendant de longs mois, peut-être des années, seront telles que l’espace va manquer.

L’espace pour répéter, l’espace pour se produire (s’il faut être à un mètre de l’autre lors des concerts ou des perfs, le nombre de spectateurs assistant va être considérablement réduit), et les recettes seront mathématiquement divisés par deux ou trois (moins de spectateurs = moins de recettes).

Bref, les acteurs culturels vont énormément souffrir, et notamment financièrement.

C’est pourquoi, en tant que vieux squatteur (depuis 25 ans), je recommande vivement la démocratisation de la pratique du squat.

Pas du squat par visio-conférence avec une prof de gym américaine qui vous martyrise pendant votre confinement.

Non. La pratique du squat pour muscler notre résistance face à ce tsunami de destructions d’emplois qui s’annonce.

Du squat d’immeuble ! Du squat local !

Parce que le fait de squatter permet d’économiser les énormes sommes d’argent que sont obligés de dépenser les artistes, pour louer une salle de répèt’, pour avoir un atelier, pour trouver un espace un monstration.

Parce que la pratique du squat oblige à mutualiser les moyens de production.

Parce que la pratique du squat se fait collectivement, et que les artistes ne s’en sortiront qu’en brisant l’isolement dans lequel ils sont pour la plupart confinés.

Enfin, parce que dans les grandes métropoles, le prix de l’immobilier est maintenu artificiellement haut, scandaleusement haut, et ce à cause des milliers de mètres carrés de bureau qui restent vides à longueur d’années.

Or, tous les acteurs du secteur professionnel viennent de comprendre que d’une part, il y aurait de plus en plus de télétravail dans les années à venir, et d’autre part que les open spaces –véritables nids à propagation des virus- vont disparaître, obligeant à reconfigurer les espaces de travail.

Le temps est donc venu de squatter.

Pour gagner de l’espace. Et du temps.

Parce que pour tous les artistes, l’espace C’EST du temps.

Et pour cela rien de plus simple que de se rendre sur les sites qui donnent toutes les clés du bon squat bien tempéré (le squat de A à Z étant la bible de ces manuels fort utiles en temps de crise généralisée).

Espérons qu’une fois cette vague de squat lancée, les autorités comprendront qu’il faut arrêter d’expulser ces centaines de personnes qui ne cherchent qu’à recréer ensemble de nouveaux modes de vie, et qu’il faut, au contraire, les accompagner, faire pression sur les propriétaires privés, comme a pu le faire la Mairie de Paris dernièrement (squat le Post dans le 9ème, propriété du groupe d’assurances Générali) et réquisitionner les espaces appartenant à des bailleurs sociaux ou des collectivités publiques pour les transformer en nouveaux lieux de vie, de création et de partage.

La crise de l’espace s’annonce tragique.

Squattons pour solutionner, squattons pour résoudre.

Squattons pour (sur)vivre.

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