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Billet de blog 19 avr. 2013

Oui à la transparence, au respect envers les élus… et à l’éthique journalistique

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Dévoiler le patrimoine des élus afin que les citoyens reprennent confiance envers leurs représentants. Ainsi résumer, le choix de François Hollande est courageux. A la différence de Nicolas Sarkozy, qui n’a eu cesse de développer une politique fiscale opaque - en faveur des plus riches – et n’a jamais mis en place la transparence patrimoniale des élus. Notamment en juin 2010 alors que la sulfureuse affaire Woerth explosait dans les médias, déjà grâce au courage de Médiapart.

 La question est plutôt de savoir si le Président socialiste a vraiment le choix. Lui qui prônait « la République exemplaire » n’a pas su débusquer une brebis galeuse dans son gouvernement. Pis, au poste chargé de lutter contre les évadés fiscaux… Excès de confiance sous couvert de compétence reconnue ? Peu importe, « Faites ce que je dis, pas ce que je fais » convenait à Cahuzac. Comme toujours dans pareille affaire, plusieurs loups enfonceurs de portes ouvertes se complaisent à entretenir le hurlement de la meute : « Cahuzac oui, mais les autres alors, c’est pas mieux ». Compréhensible lorsqu’il s’ébruite au café du coin dans l’instantanéité de l’actualité, le racoleur « Tous pourris ! » devient abject et dangereux dans la bouche d’un responsable de parti. Adage dont Mélenchon et Le Pen se font les porte-parole avec un sens de la récupération aussi extrêmiste que leur communication politique.

Pour en revenir à la transparence financière, qu’en penser ? Chaque camp avance des arguments fondés. Les opposants voient en ce procédé la mise en examen systématique des élus. Le « tous pourris »  dérive au « tous potentiellement coupables ». Ces mêmes récalcitrants avanceront que le patrimoine personnel n’a rien à voir avec servir la cause publique. Vise-t-on à faireculpabiliser les plus nantis ? Parce qu’être « fils de » n’est pas si simple à vivre, sans ironie.

A écouter moult chroniqueurs, principalement de gauche, détenir un imposant patrimoine familial fait de vous un privilégié. Un constat quantitativement véridique. De là à les déconsidérer humainement, il n’y a qu’un pas que certains osent franchir. Mais que reproche-t-on à ces familles qui ont réussi (pour la plupart) à force de travail, qui ont payé l'impôt sur la succession lors du décès de leurs parents ? Si pareille politique était appliquée aux lambdas qui la revendique, combien l’accepterait ? « Faites ce que je dis, pas ce que je fais », adage cher à un dénommé Cahuzac, devient aussi celui des individus qui ne pensent pas plus loin que le bout de son nez. Mentionnons également le choix des fils/filles de bonne famille en faveur de « la professionalisation » politique plutôt qu’un poste amplement mieux rémunéré dans le privé.

Les partisans - auquel j’appartiens – voit en la transparence un espoir de bonne volonté du gouvernement. La gauche au pouvoir semble enfin réaliser que l’Europe du Sud frise l’explosion. La rigueur excessive touche à ses limites. Demander des efforts à l’immense majorité induit une clarté du modèle véhiculé de la part des élites. Le peuple souffre face aux sacrifices consentis. Dévoiler son patrimoine représente peu pour un élu par rapport au quotidien du plus grand nombre.

Surtout, il faut pointer les bienfaits immédiats de cette mesure. La transparence patrimoniale va freiner l’envie de notables locaux de s’inscrire en politique pour leur seul compte. Ils n’auront plus d’intérêt à servir des concitoyens plus attentifs. Cette clarté devrait changer la politique dans son ensemble. Le soupçon de fausse déclaration existera, mais la vigilance des opposants politiques devrait réguler les tentavives de fraude du camp adverse.


Toutefois, j’ajouterai des nuances dans la considération à avoir envers nos élus. La critique étant plus élémentaire que l’action, combien d’électeurs feraient le sacrifice de se présenter à une élection ? Le terme « sacrifice » ne me semble pas exagéré. Faut-il rappeler qu’un ministre travaille entre 14 et 17 heures par jour. Les mauvaises langues diront qu’une armée de conseillers effectuent les basses besognes et que le ministre joue uniquement un rôle de représentation. Le tout dans des tours d’ivoire. Admettons ce postulat – qui me paraît outrageusement réducteur -, reposons la question : combien d’électeurs sacrifieraient leurs soirées en famille et leurs week-ends entre amis pour la cause publique ?

 Un maire d’une commune rurale sait la douleur à venir au moment où l’appel d’un gendarme lui annonce la mort de deux habitants de la commune. Sans tomber dans le pathos, qui s’habille à 3 heures du matin pour prévenir la perte d’un proche à son concitoyen ? Combien de votants savent la durée d’un conseil municipal ? Pour une seule délibération d’un tracé routier, une heure ne représente rien. Entre les habitants concernés, les écologistes, les oppositions territoriales qui octroient les financements (conseils général et régional, communauté de communes/d'agglomération, etc.), défendre la cause publique prend un temps monstre.

C’est pourquoi il faut dire oui à la transparence. Elle est d’autant plus nécessaire et vitale aujourd’hui pour qu’ autrui croit encore, demain, dans les élites de notre démocratie. Ne soyons pas naïfs, la France brandit la méritocratie en étendard mais la réalité est autre. A de rares exceptions près, politiques, dirigeants de grands groupes publics (mais aussi privés) et journalistes reconnus sortent de l’ENA, HEC et deux grandes écoles de journalisme du pays. Leur point commun : avant d’accéder au concours de ces formations, un bac +3 est nécessaire. Sciences Po Paris représente la voix d’accès royale. Et quoi de plus de beau qu’une amitié forgée sur les bancs de l’université… Rien ne sert de leur en vouloir de se connaître et de se tutoyer en coulisses. Mais là aussi, la transparence des amitiés fortes s’impose. Non pas par force de loi, mais par éthique. Et si pour une fois, les journalistes ouvraient le bal. Un peu de déontologie n’a jamais tué chers confrères. Et notre mauvaise image de donneurs de leçons pourrait s’éclaircir. Une idée transparente ?

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