Réponse à la presidente de la sauvegarde 93 suite à l'article du parisien du 23 juin

Le 23 juin 2021, votre journal publiait un article sur la crise de l'association Sauvegarde 93. Nous, les délégués syndicaux de la Sauvegarde 93, découvrons une fois de plus, avec stupéfaction, les commentaires de la présidente qui fait également office depuis environ 2 mois de directrice générale.

En effet, elle indique qu'elle attend des propositions des syndicats, alors même que nous lui avions déjà indiqué des axes de travail et un calendrier pour mettre en discussion notre analyse et nos solutions. Et nous l'avions fait, justement en l'absence de propositions et de solutions réalistes de sa part, dont c'est pourtant le rôle et la mission. A titre d'exemple, déjà en 2019, un service situé à Noisy Le Grand, celui de la prévention spécialisée, avait mis en évidence les facteurs de risques psychosociaux générateurs de mal être et de souffrance au travail, et avait réclamé, à ce titre, un audit par un cabinet d'expertise indépendant. Ce qui a été refusé. Nous pourrions mettre en évidence les divers signalements de dysfonctionnements graves dans bien d'autres services. Ainsi que leurs effets sur les conditions de travail, et par voie de conséquence sur les travailleurs sociaux et sur leurs missions de protection et d'accompagnement des jeunes et des familles du 93.   

Autre exemple, notamment en termes d'obligations légales, comme celles de mener des enquêtes immédiates et conjointes en cas de l'exercice de droits d'alerte par les représentants du personnel. Prérogatives propres à ces derniers en cas de situations préoccupantes pour les salariés. Ce droit est tout simplement dénié par notre présidente. Elle refuse la réalisation de ces enquêtes utiles, surtout si au final les faits dénoncés se trouvent avérés, au bénéfice de la détermination de mesures visant à enrayer tout situation dangereuse. Notre présidente se rend, dans le même temps, juge et partie, décidant de ce qui est légal ou pas en lieu et place de respecter le code du travail.

Plus loin, dans l'article, elle ajoute que les plaintes ont été prises en compte par la direction de l’association. « Le conseil d’administration est très attentif à tout ça, pour remettre la Sauvegarde 93 sur les rails ». Ce qui signifie, en clair, que le conseil d'administration suit la présidente de la Sauvegarde, dans le déni du respect des instances et du cadre légal, en refusant de mener les enquêtes concernant les droits d'alerte pour atteinte aux droits des personnes et pour danger grave et imminent.

Cela ne fait que confirmer pour nous, salariés et représentants des salariés, le caractère systémique du dysfonctionnement de l'ensemble de notre gouvernance et des conséquences délétères du climat social. Mais cela ne s'arrête pas là. « On entend constamment parler de souffrance au travail, mais on ne comprend pas ce qu’il en est précisément. J’attends des syndicats des propositions concrètes qui nous permettraient d’avancer tous ensemble » : l'apothéose en matière de déni et de mépris pour les salariés ! Alors même que ces questions de souffrance au travail documentées ne sont pas d'aujourd'hui. Et qu'elles doivent faire l'objet de mesures précises, inscrites dans le code du travail, renvoyant à des aspects concrets, et notamment celui d'une prise en compte incontournable, surtout au sein d'une association à vocation sociale protectrice.

La présidente de la Sauvegarde 93 ne semble pas comprendre ce que c'est précisément. Et pourtant, elle se présente sur Internet comme « grande spécialiste du droit social » et « acteur reconnu dans la défense des organisations syndicales, institutions représentatives du personnel, des salariés et des entreprises artistiques et culturelles ». Dès lors, nous comprenons pourquoi elle juge inutile de respecter la loi en menant les enquêtes en cas de situations d'alerte, de souffrance, de démissions massives, d'arrêts maladie, d'absentéisme, etc. Tout est normal ! Le conseil d'administration veille. A quoi et dans quels intérêts ? Objectivement, pas celui de la santé au travail, ni même de conditions de travail conformes à la norme légale pour effectuer nos missions. Mais alors, à quoi sert ce conseil d'administration ? Il administre... Pour qui, au final, et pourquoi ? 

Ajoutons également une information plutôt inquiétante de la présidente, si elle s'avère exacte. Elle nous a annoncé que d'ores-et-déjà, une des conclusions de l'enquête du département demandée par monsieur Stéphane Troussel, président du conseil départemental, est qu'il n'y aurait pas de dysfonctionnements graves dans l'association de la Sauvegarde 93. Si cela s'avère exact, disons-le franchement, ce n'est pas avec de tels contacts que nous serons prêts pour faire face aux nombreux défis qui nous attendent en matière d'action sociale et de protection à l'enfance dans notre département. Pour faire face aux crises multiples sur fond d'accélération de la marchandisation du travail social. Alors même que la Seine Saint Denis regorge de ressources humaines, d'énergie, de créativité que font vivre de nombreux acteurs de terrain, pour conjuguer solidarité, égalité et fraternité. Pour conclure, nous reprenons une citation qui semble être une leçon plus que d'actualité, celle d'un grand monsieur, Nelson Mandela : " tout ce qui est fait pour moi, sans moi, est fait contre moi ".  

Belgin Stéphanie ZUBA délégué syndicale CGT-Ugict , Florence Gazelles , délégué syndicale SUD , Farid Bennaï délégué syndicale FO.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.