Protection de l'enfance : lettre au président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis

Le 19 juin 2021 À Monsieur Stéphane Troussel, Président du Conseil Départemental de la Seine-Saint-Denis. Les salariés de la Sauvegarde 93 et représentants de l'ensemble des syndicats tirent encore la sonnette d'alarme.

Nous, représentants syndicaux de la majorité des salariés de la Sauvegarde 93, vous adressons ce courrier pour prendre acte du mode de gouvernance nuisible qui règne dans notre association.

Ses conséquences sont très graves, en termes financier par une mauvaise utilisation de l'argent public, car trop d'argent gaspillé dans des dossiers contentieux, mot d’ordre de la gouvernance. Cela se fait depuis de nombreuses années, au détriment de financements de projets et de différentes dépenses nécessaires pour les besoins des enfants, des adolescents et des adultes.  

Mais pas seulement, il y a aussi des conséquences sur la santé physique et mentale des salariés. Et par ricochet, l'impact est important sur les jeunes et les familles que nous accompagnons dans ce contexte social et sanitaire inédit.

En effet, vous le savez, plusieurs manifestations et rassemblements se sont tenus devant le siège de la Sauvegarde 93 ces derniers temps. Et plusieurs articles de presse se sont faits l'écho du climat social dégradé, des multiples droits d'alerte déclenchés pour danger grave et imminent ainsi que pour atteinte aux droits des personnes.

Ce fut, pour les salariés et l'ensemble des représentants des organisations syndicales que nous représentons, FO, CGT-Ugict et SUD, la seule issue pour nous faire entendre de nos gouvernants et au-delà ; soit la présidente, le directeur général et les membres du conseil d'administration. Mais, en vain... 

Pourtant, il est plus qu'urgent de rompre le vernis qui recouvre les réalités néfastes et préjudiciables de cette gouvernance en prise avec des méthodes managériales abusives et fondées sur le mépris. Une gouvernance qui fait fi, depuis trop bien longtemps, des obligations légales qui lui incombent, en tant qu'employeur responsable, sur la santé et la sécurité des travailleurs qu'elle emploie. A contrario, parfois dans des moments de nécessités cruciales de prise de décisions, elle règne par son absence. Alors, les répercussions qui en découlent sont conséquentes et douloureuses pour les salariés et les usagers.

De telles pratiques managériales étouffent, en lieu et place de libérer les énergies créatrices et constructives. Elles réduisent en miettes les forces vives de l'expérience et de la compétence. Elles les soustraient aux travailleurs sociaux, aux personnels administratifs, aux agents d'entretien, etc. et pourtant moins bien rémunérés qu'ailleurs. Une seule issue : se soumettre, car la menace, l'incitation à la démission, l'humiliation et la sanction sont légion pour les salariés qui posent trop de questions ou de revendications.

Beaucoup trop de nos collègues, jeunes et aussi les plus expérimentés, finissent par partir, ou sont en proie à de longs arrêts de travail, éreintés, le cœur brisé par le système "maison" de la Sauvegarde 93. D'autres s'accrochent, en dépit des difficultés dues à leur environnement professionnel devenu si contraignant, qu'ils se démènent au quotidien pour ne pas sombrer dans la perte de sens du métier. Face à ces épreuves, usés et écorchés, ils maintiennent un engagement très fort pour accompagner les jeunes et les familles. Mais, jusqu'à quand et dans quelles conditions ?

Pourtant, nous sommes nombreux à croire plus que jamais à la pertinence de nos interventions avec les jeunes et les familles, à croire en de belles dynamiques collectives dans lesquelles l'individu trouve souvent du sens, pour lui permettre de tenir bon et de sortir des logiques d'échec. 

Nous pensons également que de réels états généraux de la sauvegarde à l'enfance du 93, avec les travailleurs sociaux du département, les jeunes et les familles, seraient un point d'appui significatif pour dresser des perspectives afin de construire l'avenir ensemble.

Le champ des possibles existe. Des moyens existent encore dans le champ associatif. Mais centralisés entre les mains d'une ou deux personnes, et par incidence, sans authentique contre-pouvoir : et voilà comment nous assistons à une lente agonie, qui a pris place depuis trop de temps.

C'est pourquoi, nous vous demandons, en tant que financeur principal et autorité de contrôle, de faire le nécessaire rapidement, avec nous, représentants de la majorité des salariés de l'association, pour y mettre un point d'arrêt ! Pour y gagner en soutenant les plus de 5 600 enfants accompagnés, 3 000 adultes aidés par 430 salariés sur les 40 communes de la Seine-Saint-Denis. 

C'est pourquoi, nous demandons la remise à plat de la gouvernance de notre association. Pour une gouvernance qui soit participative, partagée et citoyenne ! Nous le devons aux habitants, aux jeunes, aux familles, aux associations, institutions du 93 avec qui nous travaillons jour après jour, pour une Sauvegarde 93 qui protège, accompagne, anticipe et innove réellement.

Les délégués syndicaux de la Sauvegarde 93
Pour SUD
Florence CAZELLES
Pour CGT-Ugict
Belgin Stéphanie ZUBA
Pour FO
Farid BENNAÏ

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