Martine AUBRY, pas crédible ?

Le scrutin de demain est important car il va déterminer le candidat qui aura le privilège, lors de la prochaine élection présidentielle, de défendre les intérêts du peuple français face au candidat de la ploutocratie nationale et internationale qui sera, en principe, l'actuel locataire de l'Elysée.
Alors, la seule et unique question qui vaille réellement aujourd'hui, en dehors de toutes considérations partisanes, est de savoir lequel des deux candidats est véritablement en mesure de déloger du crique élyséen le saltimbanque qui y joue, chaque jour, son numéro d'équilibriste.
Pour gagner, il est absolument nécessaire de rassembler. Or, comme l'a dit Arnaud Montebourg : "Je voterai pour F. Hollande arrivé en tête au premier tour et, à mes yeux, le meilleur rassembleur" et a-t-il ajouté : "mieux vaut éviter la fragmentation, donner de la force à celui qui est arrivé en tête et soutenir le meilleur rassembleur plutôt que de rester sur mon Aventin" en soulignant que tous les autres candidats du premier tour avaient appelé à voter pour le favori des sondages.


Un autre paramètre doit également être pris en compte : c'est celui du profil des électeurs du premier tour. Il semblerait, en effet qu'un grand nombre des électeurs Front de Gauche et EELV soient venus voter et qu'un grand nombre d’entre eux aient voté Montebourg ou Aubry.


Ceci pose un réel problème : ces électeurs-là ne voteront pas PS au premier tour des présidentielles : ils viennent choisir un candidat du second tour. Ils font courir le risque d’un nouveau 21 avril où le candidat socialiste ne serait pas au second tour, faute d’avoir recueilli suffisamment de voix au premier tour. Ce qui revient à dire que, contrairement à ce qu'affirme M. Aubry, qui se targue de rassembler le "peuple de l'écologie" ainsi que tous ses leaders (Placé, Voynet, Baupin, Bové) que leur vote en faveur de Martine Aubry ne soit pas forcément un vote d'adéhsion mais pourrait bien se révéler être un vote de division puisqu'ils vont porter une candidate pour laquelle ils ne voteront pas au 1er tour des présidentielles et qui pourrait alors se retrouver battue dès ce 1er tour. La remarque vaut également pour les électeurs de Front de Gauche qui iront choisir, ce dimanche, Mme Aubry qui veut faire croire qu'elle incarne une "gauche dure", alors qu'ils ne voteront pas pour elle lors du 1et tour des présidentielles. Le vote de ces électeurs pour Mme Aubry n'aura pas de réelle crédibilité. Là réside le gros danger du choix de la candidature de Martine Aubry.


A contrario, comme le remarque le politologue Stéphane Rozès, la candidature de F. Hollande est bien plus redoutée par N. Sarkozy et par F. Bayrou car il pourrait empiéter sur leurs électorats respectifs tandis que sa rivale apparaît aujourd'hui moins crédible pour redresser le pays.
L'expert ajoute : "la candidature Martine Aubry est beaucoup moins crédible car elle sera plus en difficulté parce qu’elle s’est toujours déployée dans sa vie politique en étant au centre d’un dispositif (le PS, la gauche). En général, elle se met en mouvement par devoir, quand elle y est contrainte. Hollande, au départ, a cheminé seul, sans aucune ressource. Ainsi, il est apparu dans sa façon d’être et dans sa façon de faire comme capable de nouer un lien direct, sans écran entre lui et le pays. C’est ce que j’appelle la verticalité. La droite, pour des raisons de contenu et de capacité à se présenter seul devant le pays, préfèrerait que Martine Aubry soit la candidate socialiste. Si Lionel Jospin n’a pas passé le cap du second tour, c’est qu’il en aurait été incapable".

M. Aubry aurait été, de ce point de vue, bien inspirée de cesser de rabâcher qu'elle fût n° 2 du gouvernement Jospin car elle porte, bien davantage que F. Hollande, la très lourde responsabilité des dérives libérales que la gauche a connues et qui ont abouti au retentissant échec de 2002, ce qui peut ajouter encore à son discrédit.
Mais la question de la motivation reste centrale : c’est ce qui donne l’image d’un futur président, la stature. Là encore, Martine Aubry n’est pas crédible : En reconnaissant ouvertement que « oui, nous avons en effet un pacte avec Martine », Dominique Strauss-Kahn a planté un poignard dans le dos de l’ex-première secrétaire du Parti Socialiste bien que celle-ci s'en soit rigoureusement défendue sur le plateau de « On n’est pas couché », le 3 septembre sur France2, parlant « d’affabulation » (Tiens, c'est marrant, elle emploie les mêmes mots que Sarkozy lorsqu'on lui a parlé de l'affaire Karachi : "c'est une fable" a-t-il dit).


Candidate de remplacement de DSK, comme l'a remarqué Stéphane Rozès, elle ne s'est mise en mouvement que par devoir, sous la contrainte et s'apprêtait à subir aveuglément et sans broncher les recettes ultra-libérales du Directeur du FMI.


Enfin pour ce qui concerne le "bilan électoral" des deux "impétrants" et leur capacité à battre la droite, il n'y a pas photo : Hollande apparaît, de loin, le plus crédible :
François Hollande : député de Corrèze dans une circonscription qu’il a reprise à la droite et qu’il a conservée en 2002 malgré le déplacement de Raffarin et Bernadette Chirac pour le battre ; maire de Tulle qu’il a reprise à la droite ; président du Conseil Général de Corrèze qu’il a repris à la droite ; victoire aux élections européennes de 1999 ; victoire aux élections régionales de 2004, après une nette progression aux élections régionales précédentes ; victoires aux municipales en 2008.
Martine Aubry : députée en 1997, elle laisse son siège après quelques jours pour devenir ministre ; maire de Lille en 2001, elle succède à Pierre Mauroy (PS) ; battue par un UMP aux législatives de 2002 dans une circonscription de gauche réputée imprenable par la droite.


A mon sens, Martine Aubry n'est qu'une candidate par défaut : candidate de dernière minute lors du congrès de Reims pour les raisons que l'on sait, candidate à ces primaires par défaut, sera-t-il souhaible d'avoir, à la tête de la France, un président de la République "par défaut" ?

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