Les enfants du busying : L'expérience de Bergerac

Busing: nouveau parler-UMP désignant à la fois le moyen de transport (bus) et l'activité occupationnelle (idiot-busy) donnée en pâture à la presse.
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Busing: nouveau parler-UMP désignant à la fois le moyen de transport (bus) et l'activité occupationnelle (idiot-busy) donnée en pâture à la presse. Garrigue, l'ex-maire UMP de Bergerac, a mis en place deux bus scolaires baptisés "busing", entre la cité de La Catte et Bergerac, il y a 13 ans. Le bilan est risible : "non, ça n'a rien changé à la mixité dit une maman employée de la mairie pour accompagner les gosses dans un bus, les enfants de Bergerac ne viennent toujours pas à La Catte le samedi pour voir les notres".

Le busing, c'est de la mixité sociale à sens unique.

 

Depuis qu'ils sont traités à part, depuis la fermeture de l'école du quartier, depuis la disparition organisée par Garrigue de la dizaine d'associations, depuis la municipalisation des services sociaux, depuis la création par Sarkozy en 2002 du CFCM, depuis la "loi sur le voile" du même auteur perçue comme une forme légale de racisme, à La Catte les voiture on commencé à brûler, le communautarisme a vaincu. Les vidéos des TGMM, les rappeurs du quartier, préfigurent ce qui attend les Bergeracois, armes, violence, drogue, haine et Coran. Cette haine est la conjonction de deux facteurs majeurs: l'hypocrisie et la politique identitaire.

 

Hypocrites: "maintenant qu'il n'y a plus de travail, ils n'ont qu'à revenir chez eux". Qui ne l'a pas entendu dans les années 80 ? Ici chacun sait que son père a été recruté au Maroc dans les années 70, par des entreprises françaises. Ces dernières préfèraient la main d'œuvre docile, non syndiquée, non politisée. Lorsqu'ils arrivaient chez les viticulteurs locaux ils étaient traités comme des animaux, d'ailleurs ils les faisaient dormir dans les étables avec eux.

 

Identitarisme: Aujourd'hui la laïcité est perçue pour l'inverse de ce qu'elle est, un manque de respect des différences. On préfère assimiler la personne au groupe (les arabes sont comme ça), ce qui est pour moi la structure du racisme. Les autorités politiques et intellectuelles en rajoutent en déléguant la gestion de la misère aux religieux et aux travailleurs sociaux qui refusent la politisation de la misère. Un dispositif bien huilé qui développe volontairement les sentiments identitaires, en "attachant l'individu au territoire".

 

Doit-on lutter contre la décadence anti-laïque du sarkosysme ou boire le soupe identitaire jusqu'à la lie ?

Dans les années 80 et 90 le mot d'ordre était "parler de racisme ça fait le jeu de Le Pen". Nous avons sous les yeux le résultat de cette absence de courage politique: tout est devenu affaire de religion et d'origines. La politique c'est l'affaire des politiciens, le progrès social est une notion incompréhensible, chacun cherche son pain et se soumet. "Gazés" aux chauvinismes nous oublions l'essentiel: depuis le début de l'humanité le progrès pour le nombre a commencé avec la remise en question des croyances.

 

Cet identitarisme nouveau permet d'étouffer l'absence de perspectives d'une idéologie de cumul individuel de fortunes. Pour ceux qui ont du mal à prendre place dans la société, cette culture de l'identité tombe à pic : regardez bien le foot et les jeux olympiques, c'est fédérateur ! Vous aurez alors le sentiment d'être de "la race supérieure" quand vous entendrez une présentatrice TV, peinturlurée bleu-blanc-rouge, vous dire "NOUS AVONS GAGNE". Si elle vous dit "les bleus ont perdu" alors vous pourrez détester légalement ces salauds d'étrangers.

 

Delord

 

 

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