2011 Année de l'indignation, 2012 année du combat

2011 restera comme l'année des révoltes et révolutions. Des indignés d'Europe et d'Amérique aux jeunesses arabes partout la colère et la révolte gagnent les coeurs et les consciences.

2011 restera comme l'année des révoltes et révolutions. Des indignés d'Europe et d'Amérique aux jeunesses arabes partout la colère et la révolte gagnent les coeurs et les consciences.

Partout les peuples , et particulièrement la jeunesse , prennent conscience de l'injustice , de l'absurdité du système économique qui les broie en même temps qu'il saccage l'environnement et tout ce qu'il trouve sur son chemin dans un élan de cupidité sans limite.

Nous connaissions depuis longtemps les graves défauts du néo-libéralisme.

L'explosion des inégalités sociales, l'incapacité à penser l'avenir , la privatisation et la marchandisation de toute activité humaine , ses effets délétères sur la démocratie par l'individualisation et l'atomisation du corps social ont été , notamment , maintes fois soulignés par différents courants critiques principalement à gauche.

Malgré ses graves défaillances, et les combats du mouvement social , ce système paraissait cependant jusqu'en 2008 indéboulonnable. Dans sa propagande , portée par les courants libéraux et néo-conservateurs, il avait en effet réussi à apparaître comme un système certes injuste , imparfait mais comme le seul capable d'apporter prospérité et efficacité économique.

Une grande majorité de nos concitoyens ,mais surtout des élites politiques, avaient fini par se ranger à cette idée " d'un seul système économique possible ", idée qui s'imposa d'ailleurs avec d'autant plus de force avec la faillite du « contre modèle »soviétique et de ses dérivés.

L'effondrement du mur de Berlin permit en effet aux néo-conservateurs de reprendre la main avec force et de s'imposer comme les vainqueurs par KO d'une Histoire qu'ils s’empressèrent de déclarer finie.

Toutes les politiques économiques mondiales, y compris chinoise , s’alignèrent sur le programme du " consensus de Washington " : libéralisation du commerce, dérégulation des marchés, privatisation de la monnaie, "flexibilité" du marché du travail et compression des salaires.

Le résultat : un effondrement de la part des salaires dans la valeur ajoutée et l'installation d'un chômage de masse partout dans le monde. L'effondrement de la demande globale qui s'en suivit poussa les ménages à s'endetter d'autant plus que la réduction des systèmes de protection sociale absorba leur épargne notamment aux Etats Unis.

Le système pour préserver un minimum de croissance se lança dans un concours Lépine de produits financiers tous plus délirants les uns que les autres pour permettre a des ménages dont le revenu global s'effondrait de continuer à consommer au même rythme.

La dérégulation à peu prés totale du secteur financier permit un temps de faire illusion. Puis la réalité vint frapper à la porte et la bulle explosa , plongeant le monde dans une crise systémique dont nous ne savons pas encore à ce jour s'il parviendra à la maîtriser sans conflits politiques et sociaux dramatiques.

Le constat fut terrible et le choc dans les têtes brutal : non seulement ce système était injuste , inégalitaire , destructeur pour l'environnement mais il s'avéra également totalement incapable d'assurer efficacement la prospérité et le fonctionnement correct de l'économie.

Ce système était déjà amoral et voilà que les citoyens découvrent effarés qu'il est en plus absurde , inefficace et incapable de s'organiser.

Loin d'en tirer les conséquences, les principaux dirigeants politiques et économiques ne semblent s'affairer qu'à une chose , quoiqu'il en coûte aux peuples : sauver un système qui ne marche pas !

La dette privée devint ainsi publique pour " sauver les banques " et les salariés furent appelés à régler la note pour sauver la peau des spéculateurs et des banquiers. Jamais dans l'histoire contemporaine on n'avait connu pareille escroquerie.

Heureusement la révolte des peuples , scandalisés à juste titre de devoir " payer pour les riches " , commence à prendre forme : mouvement des indignés et révoltes sociales scandent depuis 2008 l'actualité.

Le combat majeur de 2012 , au-delà de la question électorale, sera d'apporter des réponses politiques progressistes à cette colère comme à ces révoltes .

Ces réponses devront être fortes pour s'attaquer frontalement aux deux questions centrales dans cette crise : la répartition des richesses et la démocratie.

Redonner sens et justice à la répartition des richesses produites et redonner le pouvoir aux peuples contre les marchés , voilà les deux combats majeurs qui se présentent devant nous et que nous devons gagner si nous ne voulons pas que ce système entraîne la démocratie elle-même dans sa chute .

Il ne faut pas exclure en effet , qu'en l’absence de réponses progressistes convaincantes , la colère des peuples ne finissent par rencontrer les thèses nationalistes et autoritaires.

Disons-le franchement la gauche française , de part sa place en Europe , portera ,en cas d'alternance, une grande et lourde responsabilité.

L'heure n'est plus aux atermoiements et aux accommodements avec un système à l'agonie mais à l'offensive pour imposer, dans le débat d'abord et dans l'action ensuite , des solutions de gauche à cette crise.

Et ces solutions de gauche passent aujourd'hui par un vrai changement de logiciel et de système.

Ne nous y trompons pas pour sortir de cette crise économique et financière deux voies sont ouvertes .

Celle des privilégiés et de leurs porte-voix politiques qui tentent de transformer une dette privée en dette publique ,afin que les riches n'aient pas à prendre leurs pertes, présente la facture au peuple : réduction des droits sociaux , des services publics et du pouvoir d'achat .Elle installe ainsi un véritable combat de classe .

Celle que peut proposer la gauche est diamétralement opposée et doit être tout aussi claire . A cet affrontement de classe , il nous faut répondre sans faiblir et rendre coup pour coup : ne pas céder sur les retraites , imposer le débat sur le pouvoir d'achat et l'emploi , tenir bon sur les services publics et présenter la facture à qui de droit : ceux qui nous ont plongés dans cette crise. Voilà pour l'urgence.

Il nous faut aussi ouvrir un chemin pour une véritable alternative au néo-libéralisme : réguler le système financier , mettre des bornes au libre échange , reprendre le contrôle de la politique monétaire , orienter l'épargne vers l'investissement productif et l'emploi , remettre la politique et l'intérêt général aux commandes et les marchés à leur place, imposer la justice fiscale.


Ce projet implique que nous prenions en Europe la tête du combat pour une mondialisation des peuples et non plus des oligarchies financières . Le combat sera rude . Il mérite d'être conduit faute de quoi la gauche pourrait sortir d'une histoire qui s'écrit déjà depuis trop longtemps sans elle. Les peuples attendent , espèrent que nous prenions la tête de ce combat. L'extrême droite , en embuscade pour rafler la mise , et reprendre pied dans le cours de l'histoire , fait le pari que nous ne serons pas au rendez-vous.

A nous d' apporter , et le plus tôt sera le mieux, le plus cinglant des démentis . Au combat !

 

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