Mieux vaut en finir avec la droite allemande qu'avec l'Europe...

L'Union Européenne patauge dans  la crise depuis 2008, sans parvenir à trouver une issue crédible et durable pour faire reculer la spéculation et relancer son économie .

L'Union Européenne patauge dans  la crise depuis 2008, sans parvenir à trouver une issue crédible et durable pour faire reculer la spéculation et relancer son économie . Les sommets " historiques " s'enchainent , nous approchons du vingtième , sans que rien ne change vraiment pendant que la crise s'aggrave et que le chômage atteint des sommets historiques . Au point où nous en sommes, il ne s'agit plus seulement de sauver l'Euro ou de retrouver le chemin de la croissance. Les difficultés sont aujourd'hui telles , économiques , politiques , sociales , que c'est l'idée de l'Europe elle-même qui se trouve mise en question dans de nombreux pays pour ne pas dire dans une majorité d'entre eux. L'inquiétante progression des  partis d'extrême droite sur le continent en témoigne malheureusement. La terreur qui saisit tout gouvernement dès que surgit l'idée ou la nécessité d'un référendum sur la question, démontre de manière absurde et pathétique la coupure béante entre les peuples européens et la machine politique  chargée  en principe de les représenter.  Les solutions pour sortir de cette crise sont pourtant connues et tout les économistes sérieux , de sensibilités différentes , les ont depuis longtemps mis sur la table : faire de la BCE une vraie Banque Centrale agissant comme ses homologues américaine , britannique ou japonaise pour imposer son point de vue aux banques et refinancer si nécessaire directement  les Etats , créer une Union Bancaire , émettre des euros obligations pour relancer l'investissement public et doter l'Euro d'une gouvernance politique efficace.   Et pourtant l'Allemagne, arc-boutée sur des principes d'un autre âge, s'entête à refuser tout cela et préfère imposer à l'Europe une invraisemblable et inefficace cure d'austérité qui loin de résoudre le problème l'aggrave de jour en jour et nous conduit droit dans le mur : a-t-on déjà vu un pays ,ou un ménage, dont les revenus s'effondrent, parvenir à payer ses dettes ? Evidemment non et c'est pourtant ce que la droite allemande s'obstine à défendre contre toute évidence... Cette potion amère s’appuie sur un diagnostic erroné : la crise actuelle serait le produit de l'indiscipline budgétaire des Etats membres..Rien n'est plus faux ! Des pays comme l'Espagne , l'Irlande ou même l'Italie ne présentaient avant la crise financière de 2008 aucun problème sérieux au regard de leurs finances publiques..C'est bien la folie des marchés et des banques dans cette période , et dont nous découvrons ces jours-ci encore avec l'affaire du Libbor les incroyables dérives , qui ont mis l’Europe dans cette situation en brisant la croissance , donc les recettes fiscales , et en faisant exploser les dépenses d'intervention pour éviter l'effondrement total de l'économie.  Dans un incroyable renversement de l'histoire, les criminels se sont fait procureurs et se sont mis à spéculer sur la dette des Etats , qui venaient de les sauver , pour tenter d'effacer leurs pertes et de préserver leurs intérêts. D'accusés, ils se sont fait accusateurs avec la complicité des agences de notation, pour faire supporter le paiement de leurs errements aux peuples plutôt qu'à eux-mêmes ...Une telle escroquerie n'avait de chance d'aboutir qu'avec de solides relais politiques et c'est là qu’interviennent Angela Merkel et ses amis conservateurs européens . Loin de mettre au pas la finance et les banques, les droites européennes ont vu dans cette crise une opportunité : celle de réduire le périmètre des services publics et des systèmes de protection sociale au nom de " la dette " pour mieux justifier les baisses d'impôts réclamés par les entreprises et les marchés.  Reprenant ainsi à leur compte la démarche des néo-conservateurs américains dont le porte- parole au Sénat déclarait récemment :" Notre stratégie est simple : quand nos réformes auront été appliquées ,l'Etat sera si petit qu'on pourra le noyer dans une baignoire.." On ne saurait être plus clair... La droite Allemande ,et plus largement européenne , a fait sienne cette idéologie dite " ordolibérale " dans laquelle toute dépense publique est par nature néfaste , tout impôt malfaisant et toute intervention de la puissance publique dans le fonctionnement de l'économie inefficace. C'est , selon eux , d'un retrait le plus massif possible des Etats de l'économie et de marchés toujours plus " libres " que viendraient les solutions... On voit le résultat aujourd'hui de cette politique conduite peu ou prou depuis vingt ans  en Europe sous la houlette des conservateurs et on comprend mieux le refus obstiné de Merkel dés qu'il s'agit d'avancer vers des solutions renforçant l'intervention du politique dans le fonctionnement de l'économie. L'invocation d'une " tradition historique de l’Allemagne " traumatisée par l'hyperinflation sert d'habillage à cette politique ultra-réactionnaire. L'Allemagne ne s'est d'ailleurs pas privée de s'assoir sur ses grands principes d'orthodoxie financière lorsque ses intérêts l’exigeaient, c'est-à- dire au moment de la réunification : des déficits abyssaux ont été tolérés sans que personne n'y trouve à redire au nom de la " solidarité européenne " et le chancelier Khol ne s'est pas privé d'envoyer paître la Bundesbank pour imposer la parité monétaire ( un mark-est égal un mark- ouest ) sans que nul, là encore, ne s'en offusque..

 La crise européenne est en réalité profondément politique et non économique . Pour fonctionner, l'euro a besoin d'une Europe politique forte . Personne n'imagine voir fonctionner le Dollar , le Yen ou le Yuan sans budget fédéral digne de ce nom , sans gouvernement et sans Banque Centrale jouant pleinement son rôle.  L'Euro pas plus que ces trois autres grandes monnaies mondiales n'a de chance de fonctionner ainsi . Le choix est donc simple mais terriblement compliqué à mettre en oeuvre : seul le saut fédéral permettra de sortir l'Euro et l’Europe de la crise actuelle en dotant notre continent d'un gouvernement politique et démocratique face aux marchés . Les libéraux fidèles à leurs principes n'en veulent à aucun prix . Leur objectif se limite à une zone de libre échange et de mise en concurrence sociale et fiscale des Etats . Leur obstination ne risque pas seulement de tuer l'Euro mais l’Europe elle- même . Les peuples n'accepteront plus très longtemps d'être les dindons de cette farce et de payer , par le chômage , le recul des services publics , du niveau de vie et de la protection sociale, la facture de ce projet délirant conçu par et pour les grandes entreprises au nom de la  "compétitivité " mondiale . Si les gouvernements continuent dans cette voie, le projet européen sombrera sous les coups de boutoir des nationalismes.Le rôle de la France dans cette période est donc immense : celui d'imposer , en ralliant à son projet les pays victimes aujourd'hui de cette politique , une solution progressiste et efficace de sortie de crise . Mieux vaut en finir avec la droite allemande qu'avec l'Europe et c'est pourquoi la gauche ne peut en l'état approuver le Traité Merkel Sarkozy .

 

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