Changer tout : Pour un Nouveau Parti Socialiste

Le Parti socialiste ne va pas bien. Et il serait illusoire de penser que cette situation politique ne serait qu'un mauvais passage lié à la conjoncture, particulièrement difficile, que nous traversons. Et tout aussi illusoire de renvoyer cette responsabilité vers tel ou tel dirigeant qu'il nous suffirait de remplacer. Ce serait un peu court.

Le Parti socialiste ne va pas bien. Et il serait illusoire de penser que cette situation politique ne serait qu'un mauvais passage lié à la conjoncture, particulièrement difficile, que nous traversons. Et tout aussi illusoire de renvoyer cette responsabilité vers tel ou tel dirigeant qu'il nous suffirait de remplacer. Ce serait un peu court. Ce serait faire peu de cas de la succession d'épisodes déjà très difficiles que nous avons connus : 1993, 2002 ou 2005. Et surtout ce serait faire bien peu de cas des mouvements de fond qui travaillent la société française et particulièrement les catégories populaires, dont la défense est  notre raison d'être et  sans le soutien desquelles nous sommes à terme condamnés.

L'électorat du Parti Socialiste ne ressemble plus du tout, ni sociologiquement ni géographiquement à celui des années Mitterrand. La part des ouvriers et employés votant socialiste a très fortement reculé et c'est essentiellement dans les grandes villes que le PS reste dominant. Dans le reste du territoire, il devient souvent seulement la troisième force politique derrière la droite et le FN.

Dès lors, si aucune réaction forte n'intervient rapidement pour tout revisiter, le projet comme l'organisation, le PS peut s'engager sur la voie d'un long déclin dont les premiers signes sont dès aujourd'hui perceptibles et évidents.

Le PS, avec tout ses défauts, la gauche lui doit beaucoup : l'alternance enfin possible sous la Véme République, l'extension des libertés publiques, la décentralisation et de grandes réformes sociales ( retraite à soixante ans, cinquième semaine de congés payés, 35 heures, CMU, RMI etc..). Et ses plus virulents opposants de gauche  ne se rendent souvent plus compte que leur programme actuel reste bien en deçà de ce que fut le projet de transformation du PS en 1981..Il serait d'ailleurs aussi stupide qu'injuste de nier que nous bénéficions tous encore aujourd'hui de bien des réformes mises en œuvre avec François Mitterrand puis Lionel Jospin.

C'est pour cette raison, et non pour des motifs boutiquiers, que je reste attaché au PS et ne peux me résoudre à le laisser s'engager dans la voie d'une lente agonie politique. Il reste un outil puissant au service de toute la gauche sans la force duquel tout projet de transformation sociale face aux conservateurs ne peut rester qu'une vue de l'esprit.

Et pourtant disons-le sans détour, en dehors de l'action des élus de proximité, rien ne va plus pour le PS.

Le rayonnement intellectuel qui fût le nôtre il y a 30 ans n'est plus qu'un lointain souvenir. Les liens avec le monde associatif ou les organisations syndicales oscillent entre indifférence, éloignement et franche rupture. Notre capacité de mobilisation de la société tend vers le zéro absolu. Et la rupture avec les catégories populaires semblent désormais consommée.

Quand au Parti lui même, il nous faut bien constater que ni son activité militante ni sa capacité à produire idées et projets ne sont à leur zénith...

Alors, comme disait l'autre, que faire ? Tout, tout est à refaire et ce sera le travail d'une génération.

Le plus important comme toujours en politique, ce sont les idées et c'est par là qu'il nous faut commencer. Le Parti Socialiste ne s'en sortira pas tant qu'il se résignera au «  cercle de la raison  » imposé par les catégories dominantes en Europe. L'acceptation mortifère d'une grande coalition continentale droite-gauche, à laquelle nous oblige l'Europe versus intergouvernementale, agit comme un acide qui nous ronge lentement mais sûrement. Elle produit une indifférenciation politique gauche-droite sur les questions économiques, et donc sociales, qui nous prive de toute possibilité de retrouver la confiance des catégories populaires sans lesquelles la gauche n'a plus de base électorale. Elle conduit,de facto, à un ralliement plus ou moins assumé à certaines thèses libérales : libre échange sans précaution, Euro « fort », réduction des dépenses publiques et du périmètre de l'Etat qui achève de désespérer les mieux disposés de nos électeurs.

Par ailleurs le Parti Socialiste ne semble pas prendre la mesure des grandes transformations auxquelles nous sommes confrontés . En s'en tenant à un discours sur la « crise » à laquelle succédera à nouveau la croissance, il semble aveugle aux changements profonds qui rendent obsolète le modèle de référence des « trente glorieuses » et bouleversent en profondeur notre société. La mondialisation, la crise écologique, les révolutions scientifiques et technologiques, les nouveaux équilibres démographiques et politiques mondiaux, la dissolution des collectifs traditionnels et l'émergence d'un nouvel individu, l'allongement de la durée de vie, tout ceci le PS doit le penser pour construire une nouvelle offre politique forte et réellement structurante dans une société en plein bouleversement. Le discours actuel qui alterne éléments de langage creux et rustines programmatiques ne saurait en tenir lieu.

Ces changements profonds ne peuvent non plus rester sans conséquence sur notre façon de faire de la politique et notre organisation partisane.

Là encore, soyons francs: les partis tels qu'ils fonctionnent ne correspondent absolument plus aux aspirations de nos concitoyens. Ni plus ni moins politisés que leurs aînés, ils attendent une évolution radicale de nos pratiques politiques pour réinvestir un champ politique qu'ils ont pour le moment déserté au profit du champ associatif. Nous devons sortir d'un fonctionnement vertical et autoritaire, permettre à chacun d'apporter ses compétences spécifiques au collectif, sans schéma uniforme, utiliser internet comme un véritable outil politique et démocratique et redevenir un lieu de réflexion collective plutôt que de communication et de propagande désuète. Il ne s'agit pas seulement de « rénover » mais de changer de modèle.

Changer de projet, changer d'organisation, c'est tout changer. C'est donc un Nouveau Parti Socialiste qu'il nous faut construire pour être au rendez-vous des défis de l'époque et permettre à la génération qui vient de construire sa propre histoire du socialisme. La tâche n'est pas si difficile qu'il n'y paraît. Elle suppose de nous mettre d'accord sur un diagnostic qui nous sorte de nos illusions puis de nous remettre en action plutôt que de continuer à feindre d'organiser des événements qui nous dépassent. Je souhaite que notre prochain Congrès soit l'occasion, non pas de tout trancher, mais d'imposer vraiment cet indispensable changement et que de premières décisions fortes soient prises sans attendre en ce sens.

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