Touchez pas à nos retraites!

Le gouvernement a annoncé pour l'automne un projet de réforme des retraites. Si chacun peut souscrire à l'objectif de préservation du système de répartition, et à la correction des inégalités les plus injustes de nos régimes, rien ne saurait justifier qu'un gouvernement de gauche se laisse entraîner à cette occasion vers un recul social pour le plus grand nombre.

Le gouvernement a annoncé pour l'automne un projet de réforme des retraites. Si chacun peut souscrire à l'objectif de préservation du système de répartition, et à la correction des inégalités les plus injustes de nos régimes, rien ne saurait justifier qu'un gouvernement de gauche se laisse entraîner à cette occasion vers un recul social pour le plus grand nombre.

La campagne d'intoxication médiatique à laquelle se livre le MEDEF et les libéraux pour dramatiser une situation qui ne mérite pas de l'être, ne doit pas nous impressionner. En effet, grâce à une démographie très favorable, le système de répartition à la française n'est nullement menacé à long terme dans son financement. Nous devons simplement absorber en 2020 le baby boom des années 50 à hauteur de 20 milliards d'euros, c'est à dire l'équivalent du crédit d'impôt emploi compétitivité décidé en 48 heures à la suite du rapport Gallois...Cette somme représente deux pour cent de hausse des cotisations patronales d'ici 2020, ce qui n'a rien d'insurmontable. Les économistes estiment à seulement un pour cent du PIB les besoins nécessaires pour garantir financièrement les retraites de la prochaine génération.

On voit que nous sommes loin de la « crise majeure » que nous prédisent des oiseaux de mauvaise augure dont le véritable objectif est la montée en puissance d'un régime par capitalisation qui fait saliver depuis longtemps banques et assurances. L'argument des thuriféraires de cette logique libérale est d'affirmer sans cesse un argument d'apparent bon sens : «  si on vit plus longtemps on doit cotiser plus longtemps » … Cette assertion fait, volontairement, l'impasse sur les véritables menaces qui pèsent sur l'équilibre de nos régimes : le chômage de masse , les inégalités salariales hommes femmes, l'exclusion des jeunes et des seniors du marché du travail...
La meilleure garantie pour la bonne santé de la répartition, c'est d'abord le niveau d'emploi et la croissance. C'est ensuite le taux d'activité des jeunes, des femmes et des plus de cinquante ans, scandaleusement faible dans notre pays. Aucune réforme ne viendra résoudre le problème si on ne traite pas ainsi d'abord le mal à la racine. Notons d'ailleurs que les mesures Balladur puis Fillon n'ont aucunement permis de résoudre l'équation des retraites. Elles n'ont eu pour seule conséquence qu'un recul de 28% de la moyenne des pensions : bel exploit !
Le regretté Pierre Mauroy dans un beau discours au Sénat rappelait à ce moment là l'importance de la retraite à soixante ans pour les catégories populaires, celles et ceux qui ont trimé toute une vie et dont c'est le seul patrimoine...Il concluait, s'adressant aux bancs de la droite : la différence entre vous et nous, elle est là, notre priorité, ce sont les travailleurs. Il avait raison et nous ne pouvons l'oublier au moment où la crise les frappe durement. Le Parti Socialiste sous l'égide de Martine Aubry puis d'Harlem Désir, a adopté deux textes qui apportent des solutions sans toucher ni aux durées de cotisations ni à l'âge légal. Le gouvernement doit nous entendre sur ce point. Il en va de notre lien avec le monde du travail, de la confiance des électeurs du 6 mai et des valeurs de la gauche.

Nous venons, il y a peu, de célébrer Jaurès lâchement assassiné il y a 99 ans. Dans l'hommage que lui rendit Brel dans une magnifique chanson, on peut entendre «  dans les rêves qui montaient aux cieux des quelques ceux qui refusaient de ramper jusqu'à la vieillesse » et bien c'est d'abord à tous ceux-là que la gauche doit penser lorsqu'elle agit, fidèle à son histoire, faute de quoi le basculement vers le vote FN s'amplifiera et il sera bien tard pour en déplorer les conséquences politiques... « Oui notre monsieur , Oui notre bon maître » ne touchez pas à nos retraites !

 

Stéphane Delpeyrat-Vincent Secrétaire National du PS à la Recherche Vice Président de la Région Aquitaine

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