Crise du Coronavirus : tirer les leçons sans (trop) faire la leçon.

Dans cette affaire, tous les pays occidentaux ont paru dépassés par les événements à des degrés divers. L'Allemagne a, par exemple, paru bien mieux préparée que la France, l'Italie ou les USA. Il s'agit certes d'un événement exceptionnel mais pas imprévisible comme on nous le dit.

Dans cette affaire, tous les pays occidentaux ont paru dépassés par les événements à des degrés divers. L'Allemagne a, par exemple, paru bien mieux préparée que la France, l'Italie ou les USA. Il s'agit certes d'un événement exceptionnel mais pas imprévisible comme on nous le dit. Tous les scientifiques alertent depuis des années sur ce type de risque , comme ils nous alertent en vain sur le réchauffement climatique et ses conséquences. L'impréparation consternante des pouvoirs publics démontre que leur agenda habituel : croissance, libre échange, maîtrise des déficits publics, est totalement inadapté au monde qui vient. La politique a été totalement cannibalisée depuis 30 ans par les seules considérations économiques et financières. Dans cette logique, l'intérêt général a été peu à peu perdu de vue au profit de la maximisation des intérêts privés, dont la théorie libérale prétend qu'elle constitue, in fine, l'intérêt général. Lourde erreur dont nous payons les conséquences. Les politiques de baisse d'impôt et de cotisations sociales au nom de la compétitivité des entreprises ont eu pour corollaire l'affaiblissement des grands services publics pour contenir les dépenses, au moment où on se privait massivement de recettes. Résultat les hôpitaux manquent de tout : personnel, matériel, et en sont réduits à quémander des masques, des blouses et des médicaments. La recherche de moyen et long terme a été sacrifiée pour réduire la dépense publique. Bilan : des études prometteuses sur le coronavirus et sur certains médicaments ont été interrompues car jugées « non prioritaires ». Le court termisme budgétaire ne permet pas d'anticiper et de préparer l'avenir.

La mise sous tension du service public avec des méthodes managériales importées du privé a désorganisé tout l'appareil d'Etat et le service public hospitalier. Nous sommes entrés dans cette crise avec une administration affaiblie et privée de moyens et nous la traversons grâce au dévouement et la conscience professionnelle de salariés du privé et du public exposés au risque, mal payés et pas assez nombreux. La répartition des revenus et des gratifications sociales en faveur des acteurs de la finance, des grandes entreprises, des cadres et des managers montre clairement ses limites, son inefficacité et son injustice. Ce sont les « premiers de corvée » et pas les « premiers de cordée » versus Macron qui tiennent le pays debout dans la tempête. Comment ne pas en tirer les conséquences demain sur l'emploi et les salaires ?.

Le dogme du libre échange généralisé qui tient lieu de guide aux grandes institutions économiques internationales et européennes a placé notre industrie, et donc notre pays, dans un état de dépendance effrayant vis à vis de la Chine notamment. Nous nous apercevons que notre capacité à faire fonctionner notre économie dépend désormais d'autres acteurs et ce dans des secteurs stratégiques vitaux : médicaments, alimentation, matériel médical etc...Comment imaginer de ne pas demain en tirer les conséquences pour relocaliser de nombreuses activités en nous posant à nouveau la question de la souveraineté ?

 Comme à chaque grande crise le secteur privé appelle au secours pour sauver les meubles. Comment accepter plus longtemps que ceux qui passent leur temps à exiger des baisses d’impôts et des réductions du périmètre des services publics soient à nouveau renfloués demain sans contreparties ? Comment ne pas reposer la question de la nationalisation de secteurs stratégiques ?

Une chaine de décision inadaptée : nous avons pu mesurer en temps réel l'incapacité de notre système administratif à produire des décisions claires : la crainte des tribunaux a conduit depuis des années à multiplier les instances, les procédures et les gardes fous. La priorité des décideurs semble être d'ouvrir tout les parapluies pour s'éviter des mises en causes ultérieures. Dans des situations de crise et d'urgence, cela ne fonctionne plus. Les volte faces des autorités sur le sujet des masques, des traitements ( dont la chloroquine), du confinement, du maintien des élections municipales, en ont fait la cruelle démonstration.

Les européens se sont montrés incapables d'agir de manière efficace et coordonnée. Le chacun pour soi et la panique à bord ont dominé avec quelques exceptions ici ou là. Comment ne pas en tirer les conséquences pour le fonctionnement futur de l'Union Européenne ?

Le mépris pour la science, sauf dans son volet « innovation technique produits » pour faire du cash, et, pour l'environnement , l'idéalisation de l'économie et de «  l'entreprise » se payent cher. Espérons que la prise de conscience actuelle s’avère durable et que les priorités politiques de demain soient conformes au vrai défi auquel nous devons faire face : celui de la préservation d'une planète vivable pour l'humanité.

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.