Une nouvelle gauche pour une nouvelle République

La descente aux enfers de l'exécutif,, et de son principal soutien le Parti Socialiste, s'explique sans doute par bien des raisons conjoncturelles. François Hollande pendant sa campagne, en  concentrant ses attaques sur Nicolas Sarkozy, n'a pas trouvé les mots pour que les français réalisent vraiment la gravité de la situation du pays.

Le décrochage économique de la France, son recul industriel, ses difficultés financières, ont été minorés alors qu'il aurait fallu au contraire dramatiser pour créer un choc, une prise de conscience à la hauteur des enjeux .

Une fois élu, il n' a pas davantage cherché, par un audit par exemple, à clarifier la situation aux yeux des citoyens, c'est à dire faire correspondre l'idée qu'ils se font de leur pays et la réalité : une France descendue en deuxième division économique .

Le prix politique de cet atermoiement fut immédiatement très lourd lorsque le gouvernement mis sur la table une stratégie économique qui apparue comme décalée et incompréhensible aux yeux d'une grande majorité de français qui attendaient la relance et reçurent la politique de rigueur comme un reniement de la promesse d'un " changement maintenant ".

La signature du Traité Européen fut le premier symbole de ce tournant (l'acceptation des politiques d'austérité) , puis vint le rapport Gallois, l'ANI, le Pacte de responsabilité et le virage assumé vers une politique pro-entreprise déséquilibrée faisant la joie du MEDEF et le désespoir d'un peuple de gauche abasourdi par le décalage entre le discours du Bourget et la politique menée.

Politiquement ce grand virage, ni débattu, ni partagé par la majorité de gauche, se traduisit, aprés une débacle électorale sans précédent,  par la nomination de Manuel Valls à Matignon, malgré ses 5 % des primaires socialistes, puis le départ d'EELV et de la gauche du PS du gouvernement, pendant qu'au Parlement le Groupe Socialiste se brisait en deux, déchiré entre soutien à tout prix et fidélité aux engagements pris devant les électeurs.

Ajoutons à cela des errements quasi permanents de communication, de gestion de l'équipe gouvernementale, le choc de l'affaire Cahuzac et tout était réunit pour le grand plongeon .

Les erreurs lourdes de politique économique et l'absence de résultats un tant soit peu probants ont transformé ce plongeon en descente aux enfers apparemment sans retour.

Mais au-delà de ces élément déjà lourds, comment ne pas voir qu'une crise plus grave encore structure cette crise politique majeure ? C'est la Vème République elle-même qui montre aujourd'hui son incapacité à résoudre les problèmes contemporains. Ces institutions construites au siècle dernier pour répondre aux enjeux de l'époque sont désormais obsolètes et inefficaces.

La concentration du pouvoir à l'heure de la complexité, sa verticalité à l'heure d'internet, sa lenteur dans un monde rapide, font du monarque républicain un colosse aux pieds d'argile juridiquement tout puissant mais en réalité dépassé par les évènements.

Plus personne ne croit dans le pays que ce système à bout de souffle, qui plus est accaparé par une oligarchie de fait irresponsable politiquement, puisse nous permettre de redresser la situation. La technocratie et les lobbys gouvernant désormais à la place des élus, il est temps de trouver les ressources d'un véritable sursaut démocratique pour une nouvelle République parlementaire moderne redonnant le pouvoir au peuple.

Ce sursaut ne peut venir que d'une gauche rassemblée sans exclusive. Ce rassemblement est rendu actuellemnent impossible par la politique conduite par le gouvernement : il faudra donc dépasser le cadre actuel du Parti Socialiste. C'est d'une nouvelle gauche écologiste , sociale et démocratique dont nous avons besoin pour faire naitre la nouvelle République.

Aucun des partis de la gauche ne détient à lui seul les clefs d'un renouveau. Chacun sait bien qu'un immense travail doctrinal collectif , pour reprendre et gagner le combat culturel, et politique, la construction d'un nouvel outil de rassemblement pour toute la gauche est devant nous . Rien ne serait pire au vu de la gravité de la situation que la perpétuation de multiples chapelles se disputant le label incertain de la  "vraie gauche ". On me dit que ce sera long. Certes. Le passage de la SFIO aux assises du socialisme , ou l'émergence du courant écologiste ne s'est pas fait non plus en un jour . Raison de plus pour nous mettre sans tarder au travail pour qu'un jour à nouveau, la gauche institutionnelle représente véritablement ses électeurs et nos institutions le peuple français.

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