Macron : la dérive autoritaire.

La force et la violence utilisées pour réprimer les mouvements contestataires de cette politique sont révélatrices de la tentative d’intimidation et de mise au pas de la société.

 Notre pays traverse une période très troublée.

L’apparition du mouvement des Gilets jaunes a bouleversé l’actualité politique. Cette colère peut paraître soudaine, pourtant elle répond à des décennies d’accroissement des inégalités, de recul des droits sociaux, de diminution des services publics. Elle répond également à des années de contestations stériles des mouvements sociaux classiques, les gouvernements successifs préférant décrédibiliser et affaiblir les partenaires sociaux plutôt que d’en rabattre sur leur agenda néo-libéral. Elle éclate aujourd’hui au grand jour, parce que depuis un an et demi que M. Macron est au pouvoir, tout dans son attitude et dans sa politique exacerbe les difficultés quotidiennes rencontrées par les Français. Les politiques qu’il a mises en place n’ont fait que creuser les inégalités et accroitre le sentiment d’injustice  : réduction des impôts pour les plus aisés, diminutions des aides sociales pour les plus démunis, recul des droits sociaux. S’affirme aussi désormais de plus en plus clairement une volonté inquiétante de restreindre les libertés publiques et le plein exercice des droits constitutionnels. Nous le voyons ces derniers jours. Le bilan des violences policières s’avère terrible, la tentative de perquisition de Mediapart sonne comme une menace sur la liberté de la presse et la loi « anti-casseurs » remet directement en cause la liberté de manifestation . Lorsque le pouvoir est en difficulté, il répond par la force. Ces manœuvres n’ont d’autre but que d’intimider les citoyens, et les contre-pouvoirs, et relèvent pour nous clairement d’une tentation autoritaire. Cette tentation n’est pas apparue seulement depuis les gilets jaunes. Elle marque l’échec politique des gouvernements néo-libéraux : ils ne peuvent mener leur projet à bien avec une adhésion de la population. Ils sèment au contraire partout colère , ressentiment, et parfois violence, en écho aux violences sociales infligées à leurs peuples et n’ont plus alors que la force pour agir.

Le recours aux ordonnances pour faire passer la loi travail était déjà un premier pas vers l’imposition d’un recul des droits des travailleurs amorcée par le gouvernement précédent.

La suppression de l’ISF en même temps que l’augmentation de la CSG et la diminution des APL confirmait le choix délibéré de favoriser toujours les plus aisés au détriment des plus démunis.

La réforme de l’assurance chômage avec un renforcement du contrôle des chômeurs qui fait porter les dérives de la fraude sur les plus précaires au lieu de combattre la fraude fiscale et les paradis fiscaux instaurés par les plus riches accentue le sentiment de vulnérabilité et limite les libertés individuelles dans le domaine du travail lorsque les travailleurs se voient imposer un emploi qui ne leur convient ni en matière de compétences ni en matière de salaire.

La force et la violence utilisées pour réprimer les mouvements contestataires de cette politique sont révélatrices de la tentative d’intimidation et de mise au pas de la société.

Après la loi sur le secret des affaires qui avait alerté certaines ONG, des syndicats, des juristes et défenseurs des droits, puisqu’elle menaçait, entre autres, les lanceurs d’alerte, c’est une nouvelle menace qui pèse désormais sur la presse d’investigation et la protection de ses sources.

Au nom de la sécurité, ce sont les libertés qui sont bafouées et la société qui est mise au pas.

La République française a pour valeurs « Liberté, Egalité, Fraternité ». La République en marche en a d’autres : « Apolitisme de façade, Arrogance, Autoritarisme ». Comme le triple A accordé par les agences de notation aux pays qui respectent docilement les règles du néo-libéralisme et, s’il le faut, savent passer en force.

Nous voyons désormais clairement ce visage se dessiner avec les réponses apportées par le Gouvernement actuel à tout ce qui peut entraver son action : la force disproportionnée qui met en danger les manifestants et les forces de l’ordre. La « loi anticasseurs » vient compléter cet arsenal sur le plan législatif. Cette loi fondamentalement contraire aux valeurs républicaines représente une atteinte grave à la liberté de manifester et un début déjà à la restriction de la liberté d’expression.

Alors que Charles de Courson, Député de la Marne alertait ses collègues sur la portée d’une telle loi en d’autres circonstances, la droite extrême a déjà développé des idées pour aller plus loin. A l’instar de M. Estrosi qui suggère de mettre en place un système de biométrie pour la reconnaissance faciale.

Après l’Etat providence, c’est l’Etat de droit que le néo-libéralisme tente de mettre à genoux avec le concours docile, irresponsable, et inconséquent des députés de la majorité et de la droite.

C’est le débat entre liberté et sécurité, toujours latent en démocratie, qui aujourd’hui s’impose à nous. Le néo-libéralisme menacé par des citoyens de plus en plus responsables, donc souhaitant jouer un rôle plus important dans la décision politique, va systématiquement choisir la répression de ces mouvements citoyens.

Le danger qui nous fait face est donc que sous la menace de déséquilibres, dus à une colère citoyenne – qui n’est violente qu’à proportion de la violence sociale et économique qu’elle subit elle-même - que notre modèle économique ne pourrait supporter, nos libertés individuelles et publiques soient sacrifiées au nom de la sécurité.

La relation entre liberté et sécurité est toujours difficile, parce que « en régime démocratique, l’une ne va pas sans l’autre, la sécurité apportant à la liberté les conditions de son bon exercice et la liberté conférant en retour à la première sa raison d’être ». Toutefois, il est fondamental de dissocier la sécurité dont l’objet est de préserver la cohésion d’une République pour permettre à chacun d’exercer ses droits librement ; du sécuritaire qui vise à maintenir des dirigeants et le système qui les entretient en s’accaparant des droits qui leur sont propres et qu’ils ne peuvent avoir qu’en limitant les libertés du grand nombre.

Cette perspective ne peut être tolérée dans une période où, au contraire, les citoyens aspirent à plus de démocratie politique et sociale.

Une démocratie sociale est possible.

Elle repose sur plusieurs piliers : la rénovation démocratique de notre République, un modèle social moderne qui protège chacun, la prise en compte des enjeux environnementaux.

La Vème République n’est plus adaptée à une société dans laquelle les citoyens ont accès à de nouvelles connaissances, sont mieux formés et informés, et revendiquent de fait une nouvelle forme de prise de décision dans laquelle ils pourraient être plus impliqués. Nos institutions ont trop longtemps fait la part belle aux « hommes providentiels » qui ne représentent finalement qu’eux-mêmes et n’agissent que pour leur classe sociale sans considérer l’ensemble de la population. Une nouvelle République doit naître dans laquelle hommes et femmes de tous horizons puissent trouver leur place et contribuer à la construction d’un commun.

Mais une nouvelle démocratie ne pourra être efficace que si elle s’accompagne d’un modèle social réaffirmé dans lequel chacun se sente protégé et donc libre d’exercer son pouvoir de citoyen. Ce sont donc d’abord les services publics qui doivent être renforcés et qui doivent réinvestir les territoires qu’ils ont délaissés depuis trop longtemps. C’est ensuite le monde du travail qu’il faut accompagner dans sa transition due notamment à la numérisation et la robotisation. L’instauration d’un Revenu universel d’existence est en ce sens une innovation sociale, qui permettra à chacun de s’émanciper de sa condition de « travailleur » soumis aux désidératas d’un patron lui-même soumis aux lois du néo-libéralisme, pour leur permettre d’exercer pleinement leurs droits de citoyens et ainsi participer à la vie publique.

Dans le monde que le néo-libéralisme a usé par sa course folle après le profit qui a conduit à exploiter à outrance les ressources naturelles qui étaient à notre disposition et que l’on voit diminuer d’année en année, il faut replacer l’homme comme part indivisible de l’écosystème qui l’entoure. L’écologie doit donc devenir le cœur de la démocratie sociale que nous souhaitons

Il est grand temps que le sursaut démocratique et citoyen ait lieu.

Partout, sur nos territoires, organisons-nous, créons des lieux d’échanges et de réflexion.

L’espoir viendra des citoyens présents sur les ronds-points, engagés dans des associations, élus, journalistes, qui dénoncent les dérives d’un Gouvernement aux abois et proposent des alternatives.

Et portons cet espoir. Portons-le à tous les échelons de notre démocratie, pour enfin changer de modèle économique.

Après avoir trop longtemps subi le libéralisme individualiste, inventons une démocratie qui nous permette de reprendre le pouvoir sur notre quotidien et de donner une dimension nouvelle aux initiatives collectives pour un avenir meilleur.

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