2012 : François Mitterrand, les socialistes et la mondialisation

L'hommage rendu ces jours-ci à François Mitterrand a bien entendu permis de rappeler utilement l'oeuvre accompli au cours de deux septennats qui ont permis à la gauche française d'imprimer une marque profonde dans la société.

L'hommage rendu ces jours-ci à François Mitterrand a bien entendu permis de rappeler utilement l'oeuvre accompli au cours de deux septennats qui ont permis à la gauche française d'imprimer une marque profonde dans la société.

Des progrès sociaux considérables, actuellement remis en cause par Nicolas Sarkozy, des libertés publiques renforcées et étendues et d'importantes avancées démocratiques auront rythmé ces quatorze années .

 

L'homme de l'union de la gauche se sera battu,dans cette période, pour préserver l'essentiel au moment où la vague libérale commençait à déferler sur le monde via Washington et Londres.

 

François Mitterrand sut également tirer le meilleur de la construction européenne dans le monde de l'après guerre froide et de la réunification allemande. La France avait alors une stratégie sans doute contestable mais le cap était clair.

 

Le Président a tout tenté pour préserver notre modèle social en essayant d'atténuer les effets de la compétition économique internationale, par la construction d'un bouclier européen seul à même d'amortir le choc face aux Etats unis et aux grands pays émergents.

 

Cette stratégie avait de bonnes chances de fonctionner tout en tirant l'ensemble du continent vers le haut mais Londres puis Berlin après 1989 en décidèrent autrement , le projet européen se délita et la politique rendit les armes face au " marché ".

 

La cérémonie de Jarnac a cruellement remis en lumière les échecs successifs des candidats de la gauche à l'élection présidentielle depuis 1988 et les difficultés du moment pour préparer l'alternative.

 

Au-delà du talent irremplaçable de F. Mitterrand, gageons que cette question de la mondialisation et de l'Europe est aujourd'hui au coeur des difficultés rencontrées par le Parti socialiste et plus largement par les sociaux-démocrates européens.

 

Le Parti socialiste , et ses alliés, ne peuvent gagner une élection présidentielle qu'à la condition d'incarner pour la majorité des citoyens une espérance de progrès social. Dans le contexte d'une économie mondialisée de libre échange où le dumping social et fiscal a pris le pas sur les tentatives de régulation et de coopération économiques entre Etats ou Continents, un tel projet relève-t'il encore du domaine du possible ?

 

Le discours dominant véhiculant sans cesse l'idée qu'il n'y a pour nous d'autre choix que de nous adapter au modèle de la mondialisation libérale ou de disparaître, comment porter efficacement un projet progressiste ? De la réponse à cette question dépend l'avenir de la gauche ici et en Europe.

 

Il parait en effet à peu prés certain que, si nos concitoyens finissent par se résigner aux postulats libéraux, désormais présentés comme des remèdes indispensables à une intégration réussie de notre pays dans l'économie mondiale, alors la victoire ne peut être au rendez-vous; quelque soit le talent ou les gesticulations programmatiques des uns ou des autres . La droite est en effet incontestablement la mieux placée pour incarner un tel projet et les électeurs ne s'y tromperont pas .

Pour les socialistes, il est vital aujourd'hui de répondre de manière claire à cette question : pouvons nous encore trouver des marges de manoeuvre pour mettre en pratique un programme de progrès social, ou voulons nous simplement incarner une façon moins brutale d'appliquer peu ou prou la politique des marchés financiers ?

De la réponse à cette question dépendra notre capacité à susciter l'adhésion et à porter à nouveau une espérance de changement.

Pour ce faire, nous ne pouvons plus nous payer le luxe d'occulter la question. La mondialisation, l'Europe, et le libre échange devront être au coeur du débat de 2012.

Nous devrons indiquer clairement à nos concitoyens comment la gauche peut reprendre la main pour que progrès économique et technique se conjugue à nouveau avec progrès social et progrès humain.

Et, si nous voulons être crédibles, il nous faudra dire comment nous pourrons reconquérir des possibilités d'action publique face aux marchés dont chacun voit bien aujourd'hui qu'ils imposent à tous leurs exigences et leur agenda.

 

La réponse de F. Mitterrand était claire: c'était l'Europe politique et sociale. Est-ce toujours la nôtre ?

Dans l'affirmative, il nous faudra alors clairement préciser comment nous comptons faire partager cette stratégie à nos partenaires européens, y compris en menaçant de claquer la porte s'ils se refusent à sortir de la situation d'impuissance et de blocage actuelle.

 

Si nous répondons par la négative, il nous faudra dire alors quelle est l'alternative à la construction d'une « Europe puissance » pour peser sur le cours de la mondialisation avec quelque chance de succès ce qui , avouons-le ne sera pas simple...

 

2012 sera l'élection de l'après crise : celle de la financiarisation de l'économie et de la mondialisation libérale.

 

Partout en Europe les peuples grondent et le nationalisme gagne du terrain. Il nous appartient d'être à la hauteur de ce rendez-vous en faisant preuve de courage et de volonté . Si nous choisissons , comme ce fut trop souvent le cas ces dernières années, de nous plier à la pensée dominante, craignons que la défaite ne soit une nouvelle fois au rendez-vous.

 

Le moment est venu de rompre avec le dogme du libre échange et du monétarisme qui conduit notre industrie au désastre et les salariés à la régression sociale, pour renouer le fil de notre histoire: celle de la construction d'une véritable Europe politique , sociale et démocratique que des élites européennes aveuglées par la puissance de la finance ont abandonné au règne du marché.

 

Faute de quoi les peuples européens, et particulièrement le peuple français, se détourneront définitivement de ce que fut l'idéal européen pour se jeter dans les bras du nationalisme et de la xénophobie.

 

Le prix à payer en serait lourd, très lourd. Je préfère pour ma part prendre le risque d'une crise provisoire avec nos partenaires européens pour remettre l'Europe sur de bons rails que celui de voir ressurgir les démons contre lesquels F. Mitterrand se serra battu toute sa vie.

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.