Vive la littérature jeunesse par Bérénice Delpeyrat-Vincent

Vive la littérature jeunesse (et merci à ceux* qui la font )

Vive la littérature jeunesse (et merci à ceux* qui la font )

On est là, à essayer de faire que des petites personnes soient et deviennent de belles personnes, capables de rire d'elles-mêmes et avec d'autres, capables d'agir dans le monde et de le penser, aimantes, confiantes, respectueuses d'elles-mêmes et d'autrui, capables de s'émerveiller devant la technique d'une toile d'araignée, le bleu d'une plume de geai, l'ombre de la pile d'un pont, la découverte du boson de Higgs, le piano de Léonard de Vinci, le sourire d'un inconnu... On essaye de leur donner les clefs du pouvoir, celui des mots pour dire les joies, les peines, les idées, les rêves, celui d'un corps qui leur appartient, du plaisir qu'il leur donnera, dans l 'effort, de la course à la danse, du mur construit à la côte montée, ou au repos, calé dans le sable ou repu de caresses, le pouvoir que nous donne notre capacité à faire ensemble .

On est là, humains qui accompagnons des enfants.
On a besoin d'aide, on a besoin d'être nombreux, tout un village dit-on.

Dans ce village, il en est qui inventent et écrivent, dessinent et publient, conseillent, prêtent , vendent de la littérature jeunesse. Ecrivains*, illustrateurs*, éditeurs*, libraires, bibliothécaires, association de lecteurs*, font qu'aujourd'hui, les histoires ne sont plus seulement chantées ou contées (même si heureusement elles le sont aussi encore ), elles sont à portée de mains, à portée de pages, à portée du cœur, libres, lumineuses. .
Le monde est plein de vagues à fabriquer de la colère et de gouttes d'eau à faire déborder le vase, pleins de raisons d'être révolté, de souffrances et d' injustices inimaginables, d' atrocités et d' abominations, de violences, de brimades, d' humiliations .


Eux* veillent à ce que le monde soit aussi plein d'images et de mots qui aident à s'émouvoir, à comprendre, à partager, qui aident à grandir , (quelques soient le nombre de nos rides et de nos cheveux blancs), plein d' histoires, tissées d'humour, de gravité, de poésie, de couleurs, pour regarder dedans, dehors, plus loin .
On ouvre un livre et on les retrouve, on les découvre, on les explore, on les savoure avec la marmaille, les drôles, les marmots, les mouflets, les tout-proches ,enfants , petits enfants , et ceux qui nous sont confiés, une heure, un jour, une année, dans un centre de loisirs , une médiathèque, une association, une classe .

Et c'est bon, magique , précieux! Sur un coin de lit, dont on déborde un peu, la lumière jamais assez vive, vautrés sur des coussins dans un lieu d'accueil pour assistantes maternelles, assis dans une école sur les petites chaises pas très confortables ...
Parfois, ils les connaissent mieux que nous, s'impatientent, nous reprennent, parfois, ils s'endorment .Toujours ils aiment ça et nous aussi .

On est là à se réjouir du bonheur dans leur yeux, de leur appétit, de leur plaisir et du notre, des possibles ouverts comme le sont les livres, à se dire qu'une société qui laisse ses enfants rire et s'émouvoir, se faire un peu peur et s'étonner, a de beaux jours devant elle.
Et on se retrouve nez à nez avec ceux qui braillent pour un ordre ancien, étriqué, étouffant, mortifère, qui jouent avec le feu et la peur comme s'il ne connaissaient pas ce bonheur-là, comme s'il les effrayait.

Mais heureusement, le monde est plein de livres que nos enfants nous font partager. Et en lire plus, blottis contre leur épaule et leur plaisir, le meilleur moyen de clouer le bec des rabats-joie et des trouillards et de les empêcher de fermer les fenêtres.

Allez! Une histoire et au lit!

*évidemment que ces mots-là sont aussi à mettre au féminin


(et merci aussi à Stéphane de me permettre de squatter son blog mediapart )

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