Voulons nous encore sauver l'Europe ?

La question peut paraître incongrue tant nous avons pris l'habitude d'invoquer l'Europe comme une solution aux grands problèmes de la période et comme un horizon démocratique mobilisateur pour des peuples qui s'étaient jusqu'alors déchirés dans des conflits particulièrement meurtriers.

La question peut paraître incongrue tant nous avons pris l'habitude d'invoquer l'Europe comme une solution aux grands problèmes de la période et comme un horizon démocratique mobilisateur pour des peuples qui s'étaient jusqu'alors déchirés dans des conflits particulièrement meurtriers.

En effet, c’était devenue une apparente évidence pour tous depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. L'Europe représentait d'abord la Paix pour un continent dévasté à plusieurs reprises par les déchirures franco-allemandes, les fascismes et le nazisme , puis coupé en deux par la guerre froide. L' union des européens symbolisait la volonté d'en finir avec cette folie meurtrière. La construction européenne permit aussi d'offrir un débouché politique à des pays longtemps écrasés sous la botte de régimes autoritaires au Sud puis à tous ceux qui avaient vu le rideau de fer tomber à leurs frontières dans le monde de l’après Yalta. Elle fut ainsi un formidable moyen de diffusion des valeurs démocratiques à l'échelle du continent et un exemple de réconciliations et de transitions pacifiques ,et réussies, pour le monde entier.

L'Europe fut ensuite un espoir de prospérité et de protection dans un monde dominé par la présence puis l'émergence de géants économiques face auxquels chacun de nos pays paraissait bien faible et désarmé. Elle devint enfin aux yeux de beaucoup l'espace pertinent pour résoudre les grandes questions ouvertes par la mondialisation  péril écologique, protection d'un modelé social singulier et maintien d'un haut niveau de développement économique et scientifique. Sur chacun de ces points, il y aurait beaucoup à dire mais admettons que jusqu'à la fin du siècle dernier, une large majorité de citoyens pensaient que l’Europe avait tenu ses promesses. Force est de constater aujourd'hui que la situation s'est renversée dans les opinions publiques au point que c'est l'idée même d'Union Européenne qui est désormais mise en cause.

Certes la crise économique que nous traversons depuis 2008, et sa gestion particulièrement stupide, comptent pour beaucoup dans cette désaffection populaire. Mais il y a, à mes yeux, beaucoup plus grave. Si les peuples se détournent de ce qui fut jusqu'alors le grand projet politique de l'après guerre, ce n'est pas seulement en raison des turbulences économiques et sociales violentes que nous traversons depuis 2007. Les signaux de ce désamour s'étaient d'ailleurs manifestés bien avant cette dernière crise.  Qu'on se souvienne du résultat particulièrement serré du référendum de 1992 puis du rejet clair et net du projet soumis au vote des Français en 2005 notamment. Face à ce désamour,qui devient un rejet, les élites ont recours à la méthode soviétique : le peuple a tort, il nous faut donc changer le peuple...C'est ainsi que les gouvernements se sont assis sans vergogne sur l'expression des peuples en 2005 pour faire revoter par les parlements ce qui venait d'être rejeté par le suffrage universel...Nous payons aujourd'hui au prix fort les conséquences de cet aveuglement par une fièvre nationaliste dont l’extrême droite fait son miel.

Il faudrait maintenant que les yeux s'ouvrent rapidement si nous ne voulons pas voir s'effondrer purement et simplement le projet européen. Tout d'abord en reconnaissant clairement que pour nos concitoyens l'Europe n'est plus synonyme d'espoir et de prospérité mais d'inquiétude et de déclin. Certains penseront que c'est injuste. Sans doute mais c'est la réalité. En basant son fonctionnement sur les préceptes économiques libéraux du libre échange, en réduisant son fonctionnement à celui d'un grand marché ouvert à tous les vents, en tournant le dos à son projet démocratique l'Europe de la Commission à fait plus de perdants que de gagnants.

Les gagnants se recrutent dans les catégories sociales supérieures, influentes mais peu nombreuses , et les perdants dans les classes moyennes et populaires, c'est à dire une écrasante majorité d'européens. Dés lors il n'y a guère de quoi être surpris par les sondages et les résultats électoraux actuels. Les citoyens réclament emploi, croissance , protection , démocratie; on leur répond austérité, libre concurrence et technocratie. L'argent triomphe, les peuples souffrent, ils sifflent logiquement la fin de la partie.

Il est donc urgent de réagir.  Je ne vois pas de solutions pour ce faire  dans le cadre actuel de l'UE  devenue un boulet pour tout le monde par la paralysie politique induite par ses institutions. L'unanimité à 27 bon courage...Il nous faut donc en sortir, c'est à dire repartir de l'avant avec un petit groupe de pays décidés à agir vraiment pour répondre aux aspirations populaires. C'est le rôle de la France, qui aurait d'ailleurs tout à perdre dans l'effondrement prévisible de l'actuelle Union Européenne. Le combat sera rude. Nous aurons face à nous une coalition de conservateurs persuadés qu'il ne faut toucher à rien et une extrême droite qui propose le chemin le plus direct : en finir avec l’Europe et en revenir aux frontières nationales.

 Le combat commence dés 2014 avec les élections européennes qui ne se présentent pas sous les meilleurs auspices. Le Parti Socialiste doit maintenant clarifier ses positions pour retrouver l'adhésion de la population, faute de quoi cette bataille sera perdue avant même d'avoir commencé. 

 

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