Les politiques conservatrices frappent d'abord la jeunesse


Après le printemps arabe et le mouvement des Indignés espagnols, c'est la Grande-Bretagne qui s'enflamme. Bien sûr, toutes ces situations ne peuvent être confondues. Chacune mérite à elle seule une analyse particulière et approfondie au regard d'histoires nationales et d'un contexte singulier. Malgré tout, comment ne pas être frappé par la concomitance de ces mouvements et leur dynamique commune : une jeunesse qui fait irruption, plus ou moins pacifiquement ou violemment dans l'Histoire.

Actuellement en vacances près de Londres, je suis accablé par la lecture de la presse et les déclarations des grandes formations politiques qui ne voient là que violences gratuites à réprimer et n'imaginent de solutions que policières. Comment rester aussi sourd et aveugle à la colère qui gronde chez les principales victimes du libéralisme et de la crise économique actuelle : des jeunes sans travail, sans revenus et surtout sans espoir ? Les politiques conservatrices conduites partout en Europe, et à travers le monde, frappent pourtant d'abord et avant tout la jeunesse.

La politique économique conduite au service des marchés financiers favorise les rentiers, c'est-à-dire ceux qui ont déjà tout. Lutte contre l'inflation, euro fort, coupes budgétaires dans l'éducation et les programmes sociaux, précarisation du marché du travail… Il s'agit de protéger les actionnaires et les entreprises quel qu'en soit le prix pour les salariés et les chômeurs privés de perspective, si ce n'est celle de reculer toujours et encore. Il suffit de lire les préconisations des agences de notation et des institutions économiques internationales pour s'en convaincre. Vous n'y trouverez nul appel à plus de régulation et d'intervention publique, nulle trace d'un appel à l'impôt pour ceux qui pourraient et devraient l'acquitter : institutions financières, grandes entreprises, gros patrimoines. Pourtant ce sont eux les responsables de la crise financière ! Eux toujours qui, en imposant année après année pour eux-mêmes toujours moins de taxes et toujours plus de sacrifices pour les autres, ont creusé les déficits… Eux qui pratiquent l'exil ou l'optimisation fiscale au mépris de l'intérêt général sous le prétexte, jamais vérifié, d'investir plus pour créer de l'emploi ; eux qui, sans vergogne, font appel aux fonds publics pour les sauver quand leur cupidité et leur irresponsabilité ont mis le système dans le mur.

Vous y lirez par contre de nouveaux appels à la réduction des droits sociaux, à la privatisation de services publics essentiels, à plus de flexibilité et à la baisse des salaires ! Vous croyez rêver, eh bien non ! À la crise du libéralisme, ils ont trouvé la solution : plus de libéralisme ! En réalité, l'inanité de ces propositions peine à masquer leur véritable motivation : défendre envers et contre tous leurs privilèges ! Comment penser que la jeunesse puisse accepter plus longtemps un monde qui la rejette au profit de ceux qui ont déjà un patrimoine, un emploi, du pouvoir ? Les jeunes sont en colère et ils ont raison ! Moi aussi ! Jusqu'à quand pourrons-nous tolérer de telles injustices ? Jusqu'à quand pourrons-nous accepter le démantèlement de nos systèmes sociaux, la persistance d'un chômage de masse, la mise à l'encan de nos services publics et le sacrifice de notre jeunesse ?

Pour redonner un espoir à ces jeunes, nous avons besoin de plus de démocratie et de plus d'État, pas de plus de marché ! Investir massivement dans l'éducation, la culture, la formation et changer radicalement de politique économique pour passer du service de la rente à celui de l'emploi. Ce qui suppose que le politique reprenne les commandes et qu'une fiscalité plus juste et plus efficace redonne aux États les moyens d'agir dont le libéralisme financier les a peu à peu privés. Il y a désormais urgence.

À la gauche de porter cette espérance au lieu de se laisser dicter la loi des marchés qui n'est rien d'autre que celle des rentiers. Une formule pour conclure ce coup de colère. Qu'est ce qu'une gauche qui a perdu le soutien et l'espoir de sa jeunesse ? Une droite comme les autres.

stéphane delpeyrat

vice-président du conseil régional d'aquitaine

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