Pour une gauche de combat résolument républicaine et anti-libérale.

Après dix huit mois d’exercice du pouvoir, la gauche enchaîne les difficultés sous le feu roulant des attaques de l'adversaire. Les plus insupportables furent ces jours-ci les insultes racistes infâmes proférées à l’encontre de Christiane Taubira, témoignage d’une République qui perd l’équilibre.

A nous de redresser la barre. Car ces difficultés ne sont pas, contrairement à ce que l’on peut entendre parfois, insurmontables . A condition de faire le bon diagnostic et de s'armer d'une bonne dose de courage politique, nous pouvons sortir de l’impasse dans laquelle nous nous trouvons actuellement.

Depuis quelques mois, deux mouvements contradictoires secouent en profondeur la vie politique française et menacent de faire couler la gauche, non seulement lors des prochaines échéances électorales mais également à plus long terme .

Le premier mouvement est celui de la radicalisation de la droite traditionnelle qui n’hésite plus à pactiser avec le Front National. Les élus UMP, Fillon en tête, ont fait sauter la digue républicaine en laissant la voie ouverte à une alliance avec le FN aux municipales. Cette attitude électoraliste des élus de droite, indigne d’un parti de gouvernement, est complétée par un mouvement de fond au sein de la droite française qui ne cesse de se rapprocher idéologiquement de l’extrême droite. Ce mouvement, impulsé par Nicolas Sarkozy en 2007, s’est amplifié et cristallisé lors des débats sur le mariage pour tous et ses fameux opposants de la « manif’ pour tous » ou du «  Printemps français  ».

La main tendue de l’UMP au FN est devenue évidente et les accointances idéologiques flagrantes, les droites traditionnelle et extrême tenant désormais un discours trés proche . Un discours construit pour rassembler les coléres : réactionnaire sur les mœurs, libéral sur le plan économique, poujadiste sur le plan fiscal avec en arriére fond la stigmatisation des étrangers et la paranoïa sécuritaire. La confusion entre l’extrême droite et la droite classique est à son comble, la première parvenant mal à voiler son racisme derrière un masque républicain, la seconde embrassant les thèmes frontistes avec une ardeur à peine dissimulée.

Le second mouvement est celui du rejet profond du libéralisme alimenté par les déceptions de la politique économique européenne que François Hollande n'a pas osé affronter avec assez de force pour l'instant. Sur des sujets aussi fondamentaux que la réforme bancaire, la loi de sécurisation de l’emploi, les retraites, ou la réforme fiscale (ou plutôt son absence), les électeurs de gauche ne comprennent pas la timidité des réformes entreprises par le Gouvernement, et parfois, l'orientation désespérément libérale qui les anime.

Ni les banques, ni la finance dans son ensemble n’ont été suffisamment régulées, les salariés sont encore plus précarisés, les retraites sont amputées et les impôts frappent trop les classes moyennes. Le risque d'explosion devient dés lors réel. Car si la gauche produit trop de déçus y compris dans son camp , la droite et l’extrême droite peuvent alors coaliser les colères autour d'un discours poujadiste et réactionnaire pendant que les nôtres se réfugient dans l'abstention.

Est donc en passe de se structurer un camp ultra droitier hybride, qui mobilise à la fois un éléctorat populaire déçu par une politique économique qui ne les protège pas assez et des conservateurs réactionnaires sur les questions de société. Il est impératif de ne pas rester les bras ballants devant la fusion très probable de ces deux mouvements et d’y répondre par une ambition et un programme politique fort.

La gauche doit pour cela réaffirmer haut et fort les valeurs républicaines et mener un combat acharné contre toute forme de racisme et de démagogie bien sur, mais aussi mener une politique résolument anti-libérale ( pour l'emploi , le pouvoir d'achat, la régulation de la finance, et la défense de nos services publics ) pour offrir une alternative à l'Europe austéritaire de Merkel et Baroso.

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