Quelques mots sur quelques larmes. A Paname.

Ce sont de petits cafés parisiens joyeux, paisibles et bigarrés. Des conversations s'échappent des rires, des engueulades. Des rêves se font ou se défont. Des amitiés, des amours naissent sous le regard bienveillant des passants. Les gens boivent, fument, s'amusent souvent et pleurent parfois. Ils vivent. Comme tous les jeunes. La musique, le ciné ou le concert après, on l'attend en se tenant chaud. On se raconte des histoires de famille et des histoires tout court, comme dans les films de Sautet «  Vincent , François , Paul et les autres ».

Si la pluie vient on court se serrer à l'intérieur et le serveur râle un peu parce que c'est le bordel. On se donne rendez vous pour l'anniversaire d'un copain,  à la semaine prochaine, à demain salut porte-toi bien... Le dernier bouquin qu'on a lu, on veut que tout le monde le lise tout d'un coup, alors on parle et on fait des grands gestes. On s’inquiète d'une amie qui n'est pas venue: tu sais en ce moment ça ne va pas fort et on se demande ce qu'on pourrait faire pour elle mais on ne sait pas trop. Alors on recommande un café et on rallume une clope parce qu’on se sent con de ne pas pouvoir faire mieux.

On regarde passer les autres qui sont beaux, parfois on se moque un brin et après on a un peu honte alors on rit plus fort. On cherche un regard dans la foule quelqu'un qu'on connait peut-être ou non, peut-être pas mais on aurait aimé le connaître c'est sûr il avait l'air...Enfin un air vous savez qui vous attire. Et puis on s'agite pour payer. Merde j'ai plus de liquide « T'as pris ta carte bleue ? » , « Laisse j'ai ce qu'il faut ». Parce que l'heure tourne et que quand même on doit rejoindre les copains un peu plus loin et qu'il s'agirait pas de les laisser en plan.

C'est là que ces salopards sont sortis de leur voiture noire. Maintenant il n'y a plus de rires, plus de bruits. Seulement des corps par terre.

Ils s'appelaient Pierre, Nathalie, Milko, Djamila, Haalima, Thomas, Stéphane, Suzon …et tant d'autres dont les visages étaient si beaux. Et nous pleurons. Nous sommes inconsolables. Ils avaient 20, 30, 40 ans. Ils étaient plein d'espoir, de rêves, d'amour. Et nous aussi on les aime tellement fort désormais qu'on ne sait trop comment le dire. Alors je le dis comme ça comme j'ai pu, pour eux, pour mes enfants, pour nous tous aussi. Maintenant on a besoin de se serrer, de s'épauler de pleurer et de rire tous ensemble parce que ces salauds qui nous les ont pris ne doivent pas gagner. La haine on en veut pas. On donnera plus d'amour encore à tout ceux qui comprennent ce que ça veut dire , qui peuvent le recevoir, pour retourner au Bataclan tous ensemble écouter tout ce qu'on voudra et même Renaud s'il veut bien revenir nous chanter Paname.

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