Gauche : le triangle des Bermudes

Sondages après sondages, élections partielles après élections partielles, le verdict tombe : l'électorat de gauche proteste, s'abstient et finalement  sanctionne la politique conduite aujourd'hui par le Gouvernement. Il faut prendre la mesure, sans se voiler la face, du désaveu sans précédent qui nous frappe désormais dans le pays.

Sondages après sondages, élections partielles après élections partielles, le verdict tombe : l'électorat de gauche proteste, s'abstient et finalement  sanctionne la politique conduite aujourd'hui par le Gouvernement. Il faut prendre la mesure, sans se voiler la face, du désaveu sans précédent qui nous frappe désormais dans le pays.

Dans toutes les partielles organisées depuis un an, la gauche disparaît dés le premier tour ! Certes la situation économique et financière héritée du quinquennat Sarkozy ne nous rendait pas la tâche facile. Un chômage au plus haut, des déficits hors de contrôle, une Europe en panne et un pays profondément divisé par la dérive droitière de l'UMP... Avouons que la tâche était ardue et le chemin étroit. De ce point de vue, il serait malhonnête d'accabler sans nuance un Président et un Gouvernement confronté à une situation aussi difficile, comme le fait hélas le Front de Gauche. Mais il serait tout aussi irresponsable désormais d'entonner l'air du tout va très bien Madame la marquise comme le fait une partie du PS.

Si nous voulons sauver ce quinquennat, il nous faut avoir le courage d'analyser et de regarder en face les erreurs commises depuis dix huit mois  pour changer de cap avant que la catastrophe qui s'annonce ne devienne réalité. Nul ne pourra dire, comme en 2002, nous n'avions rien vu venir, si notre pays devait connaître un accident politique majeur.

C'est le choix d'une ligne politique qui n'a aucune base sociale qui explique la crise profonde dans laquelle la gauche est aujourd'hui plongée. Cette orientation politique,  vendue par des communicants et des sondeurs qui vivent de concepts irréels,est celle de la triangulation. Cette tactique vise à désarmer le camp adverse en reprenant à son compte nombre de ses thèmes et de ses idées.

Ainsi sur le terrain européen, le choix a t-il été fait de ratifier un traité que nous avions promis de réviser, et  sur le plan économique de nous lancer dans une politique de l'offre alors que nous avions prôné la relance... Quant à la question  de l'immmigration, la décision prise de laisser le Ministre de l'Intérieur mettre ses pas dans ceux du précédent gouvernement, dans l'espoir de contenir la progression du FN, a achevé de démobiliser notre camp.

Ces choix s’avèrent très lourds de conséquences politiques: le PS se trouve en réalité,du fait de cette stratégie, sans base électorale pour soutenir son action. Les gens de droite n'ont été en rien convaincus par les gages donnés par le pouvoir mais les gens de gauche, eux, se sont senti abandonnés, voire trahis par les choix qui ont été faits. Le TSCG, le pacte de compétitivité, l'ANI, les retraites, l'abandon de la réforme fiscale, et pour finir des propos douteux de Manuel Valls sur les Roms, la barque est chargée et désormais le bateau coule.

Cette stratégie empêche qui plus est le Président de la République de s'exprimer avec clarté. Il ne peut assumer ce tournant sans que sa majorité ne le lâche , et se prive par conséquent de la possibilité de pouvoir entraîner et mobiliser les Français. Ces derniers ne comprennent plus rien à la politique conduite, ce qui, dans une situation de crise économique aussi grave, ne pouvait qu'engendrer une anxiété mortifère sur laquelle prospèrerait le FN.

La triangulation s'est transformé en triangle des Bermudes, comme dans l'Oise ou à Brignolles, dans lequel disparaît l’électorat de gauche sans que personne ne paraisse en mesure d'arrêter la descente aux enfers...C'est donc qu'il nous faut changer d'urgence de ligne.

Plus que d'une progression du FN et de la droite, c'est d'une démobilisation sans précédent de notre propre électorat dont nous sommes aujourd'hui victimes et responsables. Les sondages concernant Manuel Valls sont de ce point vue symptomatiques et éclairants: de plus en plus populaire à droite et de moins en moins à gauche. A quoi  nous mène ce paradoxe si ce n'est à la catastrophe électorale ?

La poursuite de polémiques internes ou les réponses bureaucratiques ne nous seront d’aucun secours pour en sortir.

C'est de la définition d'une nouvelle offre politique, qui rassemble toute la gauche, dont nous avons besoin pour redresser la barre avant la fin du quinquennat.Des gestes forts sur le pouvoir d'achat, la fiscalité, la démocratisation de nos institutions, la transition écologique, la réorientation de l'Europe, les champs comme les idées ne manquent pas pour remettre la gauche, toute la gauche, sur ses deux pieds.

Parce que la gauche, c'est aussi l'espoir et l'optimisme, faisons le pari qu'il n'est jamais trop tard. Allez, tous sur le pont, pour un changement...maintenant !

 

 

 

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